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Ils annoncent l'effondrement de la Russie depuis 2022: Pendant ce temps, Moscou gagne la guerre économique mondiale
par Salah Lakoues « Poutine est malade. L'économie
russe va s'effondrer. Les sanctions vont faire plier Moscou. La
contre-offensive ukrainienne va tout changer ».
Depuis février 2022, nous sommes noyés sous une avalanche de prédictions funèbres. Chaque matin, des experts en plateau, des généraux en retraite reconvertis en commentateurs, des journalistes bien intentionnés nous répètent le même credo : la Russie est au bord du gouffre, son régime va imploser, et la mort de Poutine n'est qu'une question de mois. Quatre ans plus tard, force est de constater une vérité dérangeante : aucun de ces scénarios ne s'est réalisé. La Russie tient. Elle affiche une croissance reconnue par le FMI. Elle contourne les sanctions. Elle engrange des milliards grâce aux crises que l'Occident déclenche lui-même - fermeture du détroit d'Ormuz, guerre commerciale contre la Chine, tensions au Moyen-Orient. Pourquoi un tel décalage entre le discours médiatique et la réalité du terrain ? Parce que vous refusez d'abandonner un récit rassurant : celui d'un ennemi fragile, malade, sur le point de tomber. Ce récit vous permez d'espérer une victoire sans avoir à changer vos propres stratégies. Mais à force d'annoncer l'effondrement russe, vous en devenez aveugles. Aveugles à la résilience réelle de la Russie. Aveugles à son alliance stratégique avec la Chine. Aveugles au basculement du monde vers un ordre multipolaire où l'Occident n'est plus le centre. Cette analyse se veut une déconstruction rigoureuse de vos propres mythes. Non pas pour défendre le régime de Poutine, mais pour regarder la réalité en face - aussi inconfortable soit-elle. Car tant que vous croirez que l'ennemi va s'effondrer demain, vous ne verrez pas qu'il est en train de gagner aujourd'hui. Ils annoncent l'effondrement de la Russie depuis 2022 - Pendant ce temps, Moscou gagne la guerre économique mondiale » Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, nous avons entendu une litanie de prédictions funèbres : l'économie russe va s'effondrer sous le poids des sanctions, Poutine est malade et va mourir, le mécontentement populaire va exploser, la guerre est perdue d'avance. Des experts en plateaux télé, des journalistes bien informés, des responsables politiques confiants - tous nous ont répété que la Russie était au bord du gouffre. Quatre ans plus tard, force est de constater un fait dérangeant : la Russie n'est pas tombée. Non seulement elle résiste, mais elle affiche une croissance économique reconnue par le FMI, elle contourne les sanctions, elle tient militairement, et elle profite des crises que l'Occident lui-même déclenche ailleurs dans le monde. Pourquoi un tel aveuglement ? Parce que vous refusez de regarder la réalité en face : le discours de Poutine à Munich en 2007 n'était pas une provocation, mais un diagnostic. La Russie a compris avant vous que l'ordre unipolaire était mort. Pendant que vous vous épuisez à annoncer son implosion, elle bâtit des alliances terrestres avec la Chine, sécurise son approvisionnement énergétique, et encaisse chaque crise (Iran, détroit d'Ormuz, guerre commerciale de Trump) comme une manne inattendue. Cette analyse ne vise pas à défendre le régime russe, mais à déconstruire vos propres mythes. Car à force de croire que l'ennemi va s'effondrer demain, vous oubliez de regarder comment il gagne aujourd'hui. Le récit de l'effondrement : un biais occidental persistant Nous avons tous en mémoire les innombrables unes prophétisant la chute de l'URSS dès les années 1980 qui n'a eu lieu qu'une décennie plus tard, et pour des raisons internes que personne n'avait vraiment anticipées. Aujourd'hui, le même schéma se répète à propos de la Russie de Poutine. Prenons l'exemple récent de Paul Gogo, ancien correspondant en Russie, dont l'entretien dans Le Figaro en avril 2026 illustre parfaitement cette grille de lecture. Il décrit une Russie « pauvre et fiévreuse », avec des enterrements de soldats encadrés, une population sous pression, des restrictions d'Internet et des oligarques mis à contribution. Tous ces faits sont en partie vrais. Mais votre lecture critique montre qu'il commet une erreur d'interprétation classique : il prend des fragilités réelles pour des signes avant-coureurs d'un effondrement certain. Or, un régime autoritaire peut être très fragile sans s'effondrer, surtout s'il dispose d'une administration solide, d'un soutien populaire minimal mais suffisant, et d'une idéologie de mobilisation (le « monde russe », la défense de la Rodina, l'anti-occidentalisme). Ce biais de confirmation - ne voir que ce qui confirme l'hypothèse de faiblesse - est renforcé par un ethnocentrisme politique : vous projetez sur la Russie des schémas occidentaux de contestation (manifester pour ses droits, s'indigner de la guerre, refuser la censure). Mais le rapport à l'État, à la souffrance et à la patrie est très différent en Russie. Ce que vous percevez comme une humiliation peut y être vécu comme un sacrifice nécessaire. Ce que les chiffres disent : la résilience économique réelle Contrairement aux prédications, l'économie russe n'a pas implosé. Vous devez reconnaître les faits établis par les institutions financières internationales les plus sérieuses, y compris le FMI. Après une brève récession en 2022, la Russie a connu une croissance de 4,3 % à 4,9 % en 2024. Pour 2025-2026, les prévisions restent positives (autour de 0,6 % à 1 %), tandis que la zone européenne stagne (1,2 % de croissance en 2025, qualifiée de « lente et médiocre » par le FMI lui-même). Les sanctions ont certes causé des difficultés, mais elles ont été largement contournées via des pays tiers (Chine, Inde, Turquie, Émirats). La Russie a réorienté ses exportations énergétiques et développé sa propre production de substitution. L'« économie de guerre » a paradoxalement stimulé l'industrie manufacturière. La production militaire a créé des emplois et dynamisé des secteurs entiers. Nous ne disons pas que tout va bien en Russie L'inflation est élevée, la main-d'œuvre manque, les technologies de pointe sont sous embargo. Mais rien n'indique un effondrement proche. La résilience autoritaire est une réalité que l'Occident a du mal à intégrer. Le discours de Munich (2007) : la clé pour comprendre le conflit Pour sortir de ce prisme trompeur, nous devons remonter à l'acte fondateur de la doctrine Poutine : son discours à la conférence de Munich en 2007. C'est là qu'il a exposé, avec une clarté prophétique, la nature du conflit à venir. Il y dénonçait un monde « unipolaire » dominé par les États-Unis, qualifiant ce modèle de « pernicieux » et « impossible ». Il critiquait les « actions unilatérales et fréquemment illégitimes » (en référence à l'Irak). Et surtout, il mettait en garde contre l'expansion de l'OTAN, qu'il considérait comme une menace directe pour la sécurité russe. Ce discours n'est pas une provocation gratuite. C'est une analyse géopolitique cohérente : la Russie, après la chute de l'URSS, a accepté un certain ordre, mais elle a vu cet ordre se transformer en encerclement progressif. Quand vous ignorez cette grille de lecture, vous comprendrez mal pourquoi la société russe, même critique envers Poutine, soutient majoritairement la guerre en Ukraine. Pour beaucoup de Russes, il ne s'agit pas d'une « agression impérialiste » mais d'une guerre défensive contre un ennemi qui a promis de ne pas s'étendre et qui a tenu l'inverse. La crise iranienne : un accélérateur inattendu pour la Russie Notre analyse serait incomplète sans intégrer les événements récents. L'agression conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, en février 2026, a provoqué la fermeture du détroit d'Ormuz. Cette artère par laquelle transite 20 % du pétrole mondial étant bloquée, les prix du brut ont flambé : le baril de Brent a dépassé 100 dollars pour culminer vers 126 dollars. Dans ce chaos, la Russie est le grand gagnant. Pourquoi ? Parce que l'Occident, se privant du pétrole iranien et d'une partie de celui du Golfe, n'a d'autre choix que de se tourner vers d'autres fournisseurs. La Russie vend alors son pétrole plus cher, et les sanctions se sont assouplies pour permettre des achats massifs (notamment par l'Inde). Les estimations varient, mais certains experts avancent un gain quotidien de 150 à 760 millions de dollars pour Moscou. Nous retiendrons le chiffre de 200 millions par jour comme une base raisonnable - une manne qui finance directement l'effort de guerre en Ukraine et la stabilité intérieure. Ainsi, la stratégie occidentale consistant à « punir » la Russie par les sanctions et à « soutenir » Israël au Moyen-Orient produit l'effet inverse : elle enrichit l'adversaire et affaiblit l'économie européenne, déjà fragilisée par la hausse des prix de l'énergie. Le pivot chinois : l'erreur stratégique de Trump Notre regard doit s'élargir encore. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la Chine est devenue la cible principale. Droits de douane atteignant 245 %, restrictions technologiques, pressions sur les alliés pour exclure Huawei et TikTok Pourtant, là encore, les résultats sont inverses à ceux escomptés. L'excédent commercial mondial de la Chine a dépassé 1 000 milliards de dollars en 2025. La Chine a riposté avec des taxes à 125 % et un contrôle des exportations de terres rares, frappant au cœur des industries de défense américaines. Sur le plan énergétique, la Chine et la Russie ont accéléré leur coopération terrestre. L'oléoduc Atasu-Alashankou fonctionne à plein régime, avec une hausse de 40,9 % des importations de pétrole russe début 2026. Surtout, le projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 » (Power of Siberia 2), d'une capacité de 50 milliards de mètres cubes par an, est en bonne voie. Ce corridor traversant la Mongolie permettra d'acheminer du gaz russe vers la Chine sans passer par les océans, donc sans risque de blocus naval. Notre analyse souligne ici un basculement historique : la Chine, en sécurisant ses approvisionnements par voie terrestre, réduit sa dépendance au détroit de Malacca et aux routes maritimes sous contrôle américain. La Russie, quant à elle, compense la perte du marché européen L'axe sino-russe se consolide, tandis que l'Europe paie le prix fort de la rupture avec Moscou. Des généraux en retraite qui habitent les studios TV Nous ne pouvons pas comprendre l'aveuglement occidental sans parler de ce petit monde bien connu : les généraux en retraite qui ont élu domicile sur les plateaux de télévision. Chaque jour, nous les voyons défiler - médailles épinglées, regard grave, voix autoritaire - pour nous expliquer, avec des cartes et des flèches, comment l'armée russe est à bout de souffle, comment les missiles vont manquer dans quinze jours, comment la contre-offensive ukrainienne va tout changer. Leurs prédictions se succèdent, toutes aussi spectaculaires les unes que les autres, et toutes, invariablement, se révèlent fausses. Ces généraux, pourtant pas très respectables dans leurs fonctions passées, deviennent en studio des machines à produire du récit. Le format télévisuel ne récompense pas la prudence ni l'humilité, mais l'assurance et la dramatisation. Alors ils vous annoncent l'effondrement russe pour la énième fois, sans jamais en tirer les leçons. Pourquoi devraient-ils le faire ? Leur carrière médiatique ne dépend pas de l'exactitude de leurs prévisions, mais de leur capacité à capter l'attention. Et rien ne capte plus l'attention que l'espoir d'une victoire prochaine. Pendant ce temps, dans la réalité, la Russie tient. Ces généraux en plateau ignorent - ou taisent - des faits pourtant accessibles : la croissance économique russe reconnue par le FMI, le contournement des sanctions, la hausse des revenus pétroliers grâce aux crises provoquées par l'Occident lui-même (Iran, détroit d'Ormuz). Ils ne vous parlent jamais du discours de Munich de 2007, parce qu'ils ne l'ont probablement jamais lu. Ils projettent sur la Russie leurs propres schémas de pensée occidentaux - une armée qui s'épuise, une population qui se révolte, un dictateur qui tombe. Mais la Russie n'est pas la France ou les États-Unis Elle a une mémoire longue, une tolérance à la souffrance que vous avez perdue, et une lecture du monde que vous refusez d'entendre. Nous ne disons pas que ces généraux mentent délibérément. Nous disons qu'ils sont prisonniers de leur cadre d'analyse, et que ce cadre est obsolète. Tant que vous continuerez à écouter ceux qui habitent les studios TV plutôt que ceux qui habitent le terrain, vous resterez aveugles à la réalité d'un monde multipolaire où la Russie, loin de s'effondrer, gagne chaque jour du terrain - économique, diplomatique et stratégique. Un monde multipolaire en train de naître sous nos yeux En rassemblant tous ces éléments, nous voyons se dessiner une nouvelle carte du monde. L'erreur fondamentale de l'Occident a été de croire qu'il pouvait isoler et affaiblir la Russie et la Chine simultanément, sans subir de dommages collatéraux. Chaque sanction, chaque guerre par procuration, chaque pression commerciale a produit l'effet inverse : elle a renforcé la coopération entre les deux puissances eurasiatiques. La résilience russe n'est pas le fruit du hasard. Elle repose sur des ressources naturelles abondantes, une mémoire historique de long terme (la Grande Guerre patriotique, les sièges, les famines), et une capacité à transformer l'adversité extérieure en ciment national. Les annonces d'effondrement relèvent plus de l'espoir que de l'analyse. En Occident, vous avez besoin de croire que Poutine est malade, que son régime va exploser, que les sanctions finiront par le faire plier, parce que l'alternative - une Russie stable, revancharde et alliée à la Chine - est trop angoissante. Mais ce besoin ne fait pas la réalité. Notre conclusion, aussi dérangeante soit-elle, est la suivante : la Russie ne s'effondrera pas de sitôt. Elle traverse des difficultés, mais elle tient, et elle bénéficie même des crises que l'Occident déclenche ailleurs (Iran, détroit d'Ormuz, guerre commerciale). Le discours de Munich de 2007 n'était pas une menace en l'air ; c'était le diagnostic d'un basculement que nous vivons aujourd'hui. Les généraux en plateau continueront à vous promettre la victoire pour demain. Les journalistes comme Paul Gogo continueront à voir dans chaque fissure le signe d'un effondrement prochain. Mais la réalité est têtue : la Russie tient, la Chine avance, et l'Occident recule - économiquement, diplomatiquement, stratégiquement. Pour sortir de l'impasse, vous devriez peut-être cesser de projeter vos fantasmes sur la Russie et commencer à l'écouter - non pas par complaisance, mais par réalisme stratégique. Car à force d'annoncer sa mort prochaine, vous risquez de la voir gagner la partie. |
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