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Le piège israélien: Enfermer le Golfe et l'Iran dans une haine perpétuelle

par Salah Lakoues

Une stratégie de division permanente. Notre analyse saisit l'essence même de la stratégie israélienne : non pas simplement affaiblir l'Iran, mais maintenir l'ensemble de la région dans un état de conflit permanent, en exploitant la géographie pour condamner les pays du Golfe et l'Iran à une rivalité sans fin.

Le piège tendu par les Israéliens est redoutable : pousser les pays du Golfe à attaquer l'Iran, ou du moins à s'en prendre à lui, pour que la haine s'installe durablement entre voisins qui sont condamnés par la géographie à cohabiter. Car le but ultime d'Israël est clair : maintenir les pays du Golfe et l'Iran dans une hostilité perpétuelle, empêchant ainsi toute émergence d'une dynamique de paix autonome dans la région.

Le bombardement de Doha en septembre 2025, les frappes sur South Pars en mars 2026, la riposte iranienne sur les infrastructures gazières qataries et saoudiennes : ces événements ne sont pas des accidents de parcours. Ils forment un schéma cohérent dont l'objectif est de verrouiller les antagonismes régionaux pour empêcher toute tentative de rapprochement entre Téhéran et les monarchies du Golfe.

Car la crainte d'Israël est simple : si les pays du Golfe et l'Iran parvenaient à apaiser leurs relations, à construire une approche de paix régionale sans intervention extérieure, Israël perdrait son principal levier d'influence sur la région.

Et perdrait surtout le prétexte qui justifie son alliance stratégique avec Washington.

La paix dans le Golfe ne peut venir ni des États-Unis, ni d'Israël. Elle ne peut venir que des pays de la région eux-mêmes.

La géographie comme arme : enfermer l'Iran et le Golfe dans une rivalité obligée

Le détroit d'Ormuz : un couloir de vulnérabilité partagée ; La géographie du Golfe est impitoyable. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, est à la fois : L'artère vitale des monarchies pétrolières ; La fenêtre maritime de l'Iran sur le monde ; Cette proximité géographique crée une vulnérabilité réciproque. Israël l'a parfaitement compris : en frappant les infrastructures iraniennes, il sait que la riposte iranienne touchera inévitablement les pays du Golfe.

Le piège est géographique avant d'être politique. Les pays du Golfe et l'Iran sont condamnés à cohabiter sur ce minuscule espace maritime. Leur sécurité est intrinsèquement liée.

Pourtant, la stratégie israélienne vise à transformer cette interdépendance en source de conflit permanent.

La logique du piège ; Le mécanisme est simple et redoutable : Israël frappe l'Iran (South Pars, mars 2026) ; L'Iran riposte où il le peut : les infrastructures gazières du Golfe (Ras Laffan, Qatar) ; Les pays du Golfe subissent les dégâts et s'en prennent à l'Iran ; Le cycle de haine s'auto-alimente ; Israël n'a pas besoin de frapper directement les pays du Golfe. Il lui suffit de provoquer l'Iran pour que celui-ci frappe ses voisins. Les monarchies pétrolières, prises au piège de leur propre vulnérabilité, se retrouvent entraînées dans un conflit qu'elles n'ont pas choisi. L'objectif réel d'Israël : empêcher la paix régionale

Une haine perpétuelle : Comme objectif stratégique

Le but d'Israël n'est pas simplement d'affaiblir l'Iran. C'est d'empêcher toute réconciliation durable entre l'Iran et les monarchies du Golfe. Une alliance Iran-Golfe créerait un bloc économique et politique capable de rivaliser avec Israël ; Une normalisation Iran-Arabie saoudite priverait Israël de son principal argument sécuritaire auprès de Washington ; Une paix régionale autonome réduirait la dépendance des monarchies à l'égard de la protection américaine ; Israël a tout intérêt à ce que l'Iran et le Golfe restent dans un état de méfiance et d'hostilité réciproques. La haine perpétuelle est un outil de domination.

Le rôle de la normalisation : un leurre

Les accords d'Abraham (2020) avaient suscité beaucoup d'espoir : normalisation entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe. Mais cette normalisation était-elle un véritable processus de paix ou un piège ?

En normalisant leurs relations avec Israël, les pays du Golfe se sont : Placés sous influence diplomatique israélienne ; Exposés à des représailles iraniennes ; Enfermés dans une alliance qui les rend vulnérables ; La normalisation n'a pas apporté la paix. Elle a offert à Israël un levier supplémentaire pour diviser la région.

Les événements de 2025-2026 : l'application du piège ; Doha, septembre 2025 : un test le bombardement de Doha par Israël, en septembre 2025, était un test : Israël frappe un allié américain et médiateur avec le Hamas , la réaction américaine est faible ; Le Qatar est humilié mais ne peut riposter militairement ; Premier enseignement : Israël peut frapper le Golfe sans conséquences.

South Pars, mars 2026 : l'escalade délibérée ; En frappant le champ gazier iranien de South Pars, Israël savait qu'il déclenchait une riposte iranienne sur le Golfe. C'était le but recherché.

Les frappes iraniennes sur Ras Laffan (Qatar) et sur les raffineries saoudiennes : Affaiblissent économiquement les monarchies ; Les poussent à se tourner vers Washington (qui ne peut ou ne veut pas les protéger).

Renforcent l'hostilité entre Téhéran et Riyad

Le piège se referme : l'Iran et le Golfe s'entre-déchirent, Israël observe.

La riposte iranienne : une réponse prévisible ; L'Iran, incapable de frapper Israël avec la même intensité (distance, défenses aériennes, risque d'escalade nucléaire), frappe là où il peut : les infrastructures énergétiques du Golfe.

Cette riposte était non seulement prévisible, mais souhaitée par Israël. Elle remplit plusieurs fonctions : Elle fragilise les monarchies concurrentes ; Elle crée un précédent d'hostilité entre Téhéran et le Golfe ; Elle justifie une présence militaire américaine accrue ; Le rôle de Trump : un instrument involontaire du piège israélien ; Du chef de guerre au désengagement; Le 28 février 2026, Donald Trump assume pleinement l'escalade : Annonce d'une opération massive ; Justification par une « menace imminente » iranienne ; Objectif affiché : neutraliser durablement l'Iran ; Trois semaines plus tard, le 19 mars, retournement total : Trump affirme ne pas avoir été informé des frappes israéliennes ; Il présente Israël comme agissant seul ; Il tente de prendre ses distances avec les conséquences ; Cette contradiction n'est pas une erreur de communication.

Elle révèle une réalité plus grave : Washington ne maîtrise plus totalement la dynamique du conflit. Le cafouillage qui sert le piège ; Donald Trump n'est pas le maître du jeu. Il en est l'instrument involontaire : Il donne le feu vert initial le 28 février ; Il se désolidarise lorsque les conséquences deviennent gênantes ; Il ne protège pas ses alliés du Golfe ; Il ne contient pas Israël ; Chaque erreur de Trump, chaque contradiction, chaque silence sert le plan israélien.

La démission de Joe Kent : un avertissement ignoré ; Un profil impossible à ignorer ; Joe Kent n'est pas un opposant politique : Ancien Béret vert avec 11 déploiements en zone de combat, Ancien agent de la CIA ; Proche de Trump ; « Gold Star husband » : son épouse a été tuée au combat ; Sa parole a un poids considérable. C'est un homme de l'intérieur, un proche, qui dénonce, pas un adversaire politique. Des accusations explosives ; Dans sa lettre de démission, Kent affirme : «L'Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation.» «Nous avons commencé cette guerre sous la pression d'Israël et de son puissant lobby.» «Une campagne de désinformation a complètement miné votre programme America First et semé des sentiments pro-guerre.»

« C'est la même tactique que les Israéliens ont utilisée pour nous entraîner dans la désastreuse guerre en Irak. »

Une rupture entre expertise et décision politique

Le point central est là : les services de renseignement savaient... mais n'ont pas été écoutés. Pire : Kent aurait été écarté des briefings présidentiels ; Ses analyses contredisaient la ligne politique ; La décision de guerre a été prise en dehors du cadre expert ; Cela confirme une dérive décisionnelle majeure : la politique étrangère américaine n'est plus guidée par l'analyse du renseignement, mais par des considérations politiques et des pressions extérieures. Joe Kent avait compris le piège. En dénonçant une guerre déclenchée « sous la pression d'Israël », il pointait du doigt le mécanisme même qui enferme l'Iran et le Golfe dans une hostilité perpétuelle. Mais ses avertissements ont été ignorés. L'administration Trump a choisi de suivre la ligne israélienne plutôt que d'écouter ses propres experts.

Khalaf Al Habtoor : l'écho émirati du diagnostic de Kent

Une critique venue du Golfe ; La similitude fondamentale entre la lettre ouverte de Khalaf Al Habtoor, homme d'affaires émirati influent, et la lettre de démission de Joe Kent est frappante.

Tous deux partagent une critique commune de l'influence israélienne comme moteur de l'entrée en guerre contre l'Iran. Al Habtoor estime que cette guerre n'a pas été décidée dans l'intérêt des pays de la région. Pour lui, les monarchies du Golfe sont entraînées dans un conflit qui ne sert que les intérêts stratégiques d'Israël, au détriment de leur propre stabilité et de leur développement économique.

Des positions différentes, un diagnostic convergent

Les différences entre les deux lettres tiennent à leur position respective :

Al Habtoor parle en tant que chef d'entreprise émirati dont le pays subit directement les conséquences des attaques iraniennes. Son pays, les Émirats arabes unis, a été frappé de plein fouet par les ripostes iraniennes. Il exprime la frustration d'un acteur économique régional qui voit ses intérêts sacrifiés sur l'autel d'une guerre qu'il n'a pas choisie.

Joe Kent parle en tant que responsable américain démissionnaire qui invoque son expérience personnelle de vétéran et de « Gold Star husband » pour légitimer son opposition. Il dénonce une guerre qui ne sert pas les intérêts américains et qui a été imposée par des pressions extérieures.

Une convergence qui donne la mesure du piège

La convergence entre ces deux voix – l'une venue de Washington, l'autre du Golfe – est significative.

Elle montre que le piège israélien est perçu aussi bien par ceux qui le subissent directement (les pays du Golfe) que par ceux qui sont censés en être les artisans (les États-Unis).

Pour Al Habtoor comme pour Kent, la guerre contre l'Iran n'a pas été décidée dans l'intérêt de ceux qui en paient le prix : les pays du Golfe pour les conséquences économiques et sécuritaires, les États-Unis pour l'engagement militaire et la perte de crédibilité.

Tulsi Gabbard : le silence qui parle et confirme Kent

La position de Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, est révélatrice d'une administration fracturée.

Un refus de confirmer la «menace imminente» Le 19 mars 2026, devant une commission de la Chambre des représentants, Gabbard refuse de confirmer les propos de Donald Trump selon lesquels l'Iran représentait une « menace imminente » avant les frappes du 28 février.

Interrogée sur le fait que les responsables américains semblaient « plus incertains qu'il y a deux mois» vis-à-vis des intentions iraniennes, elle répond qu'il s'agit d'une « évaluation juste». Cela équivaut à un désaveu implicite. La plus haute responsable du renseignement américain ne peut pas, ou ne veut pas, soutenir le narratif officiel.

Une confirmation des accusations de Kent

Gabbard a également admis dans une déclaration écrite qu'« aucun effort » n'avait été entrepris par les dirigeants iraniens « pour tenter de rétablir leurs capacités d'enrichissement » depuis les bombardements américains de juin. Cette déclaration contredit directement la thèse de la menace nucléaire imminente invoquée pour justifier la guerre.

Kent avait raison : l'Iran ne représentait pas une menace imminente.

Son silence équivaut à une complicité implicite avec le piège israélien.

Le paradoxe d'Al Udeid : quand la protection américaine ne protège pas ; La base aérienne d'Al Udeid, au Qatar, est le quartier général avancé du CENTCOM. Elle abrite 10 000 soldats américains et le système de défense IAMD.

Pourtant, lors du bombardement israélien de Doha en septembre 2025, ce système ne s'active pas. Deux hypothèses, toutes deux accablantes : Incapacité opérationnelle : la défense américaine n'a pas fonctionné ; Choix politique : l'ordre a été donné de ne pas intervenir ; Dans les deux cas : la crédibilité sécuritaire américaine est atteinte.

Le Qatar, qui a investi des milliards pour accueillir la base américaine, découvre que cette protection est illusoire. Un analyste résume la situation : « Si les cieux au-dessus de Doha ne sont pas défendus par l'IAMD et la base d'Al Udeid, que protège-t-elle vraiment ? Israël ? »

Cette question résume tout le problème.

Le Qatar a appris à ses dépens que dans l'ordre trumpien, être l'allié des États-Unis ne garantit rien. Une administration fracturée qui sert la stratégie israélienne ; Les signes de désordre sont multiples : Eviction des experts (Kent écarté des briefings) ; Contradictions présidentielles (Trump chef de guerre le 28 février, désengagé le 19 mars) ; Silence du renseignement (Gabbard refuse de confirmer la menace) ; Désorientation des alliés (le Qatar bombardé sans réaction américaine) ; Isolement diplomatique (l'Europe lance sa propre initiative sur Ormuz) ; L'administration ne parle plus d'une seule voix. Cette pagaille n'est pas seulement un symptôme de dysfonctionnement interne ; elle sert involontairement la stratégie israélienne.

Conséquences stratégiques globales : un ordre régional en recomposition

Perte de confiance des alliés ; Les monarchies du Golfe tirent les leçons : Le Qatar : malgré la présence de la plus grande base américaine sur son sol, il a été bombardé sans réaction américaine. L'Arabie saoudite : elle déclare qu'elle se « réserve le droit » de répliquer militairement à l'Iran – elle n'attendra plus l'oncle Sam.

Les Émirats arabes unis : ils menacent de geler leurs relations avec Israël, un coup potentiellement fatal aux accords d'Abraham. La lettre de Khalaf Al Habtoor exprime cette frustration émiratie.

Une Europe qui prend ses distances

La France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon se disent « prêts à contribuer » à sécuriser le détroit d'Ormuz. Cette initiative, qui contourne explicitement le leadership américain, est un désaveu cinglant. Les alliés historiques des États-Unis ne font plus confiance à Washington. Opportunité pour les adversaires ; L'Iran sort renforcé : Légitimité politique accrue face à une agression extérieure ; Exploitation des divisions américaines ; • réaffirmation de sa capacité à frapper les intérêts américains dans la région via ses alliés du Golfe ; Choc économique ; Les conséquences économiques sont immédiates : Baril de Brent au-delà de 113 dollars ; Gaz européen en hausse de près de 20 % ; Bourses européennes en repli de plus de 2 % ; Risque de crise énergétique mondiale ; La voie de sortie : une approche de paix autonome du Golfe ; Les pays du Golfe doivent choisir leur avenir ; Le constat est clair : ni les États-Unis ni Israël ne sont des voisins du Golfe. Ils ne partagent ni la géographie, ni l'histoire, ni les intérêts profonds de la région. Leur présence et leur influence sont des facteurs d'instabilité, pas de paix.

Les pays du Golfe ont un choix stratégique à faire : Rester dans l'orbite américano-israélienne et subir les conflits que cette alliance provoque ; Construire une approche de paix autonome avec l'Iran et entre eux.

Les bases d'une paix régionale

Une paix durable dans la région repose sur trois piliers : Désescalade Iran-Golfe : reconnaissance mutuelle des intérêts économiques communs, en particulier la sécurité énergétique ; Autonomie stratégique : réduction de la dépendance à l'égard des puissances extérieures (États-Unis, Israël) ; Dialogue régional : Forum permanent incluant l'Iran, l'Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït, Oman

Les signaux encourageants

Malgré le piège israélien, des signaux positifs émergent :

L'Arabie saoudite affirme qu'elle se « réserve le droit » de répliquer à l'Iran, mais aussi qu'elle ne sera pas l'instrument d'une guerre imposée de l'extérieur

Les Émirats menacent de geler leurs relations avec Israël après le bombardement de Doha – une rupture potentielle avec la normalisation, que la lettre de Khalaf Al Habtoor incarne

Le Qatar continue de jouer son rôle de médiateur, malgré les frappes israéliennes

Le rôle de l'Europe : un contrepoids possible ; L'initiative européenne pour sécuriser le détroit d'Ormuz (France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Japon) est un signe important. Elle montre que : Les alliés traditionnels des États-Unis ne font plus confiance à Washington ; Une alternative à la domination américaine est possible ; L'Europe peut jouer un rôle stabilisateur ; Mais l'Europe ne peut se substituer à une volonté politique régionale. La paix ne viendra pas de l'extérieur. Elle viendra des pays du Golfe eux-mêmes, lorsqu'ils décideront de construire leur propre avenir.

La leçon stratégique : sortir du piège

Comprendre le mécanisme; Le piège israélien repose sur un mécanisme simple mais efficace :

Provoquer l'Iran ; Laisser l'Iran frapper le Golfe ; Observer l'escalade ; Justifier sa propre présence par le chaos ; Pour sortir du piège, il faut briser ce cycle. La priorité : désamorcer l'hostilité Iran-Golfe ; La priorité absolue est de construire un dialogue direct entre Téhéran et les monarchies du Golfe, sans médiation américaine ou israélienne. Ce dialogue pourrait porter sur : La sécurité énergétique commune ; La gestion du détroit d'Ormuz ; La stabilisation du Yémen ; La coopération économique ; Une responsabilité régionale ; Ni les États-Unis, ni Israël, ni l'Europe ne construiront la paix à la place des pays de la région.

La paix sera ce que les pays du Golfe et l'Iran décideront de construire ensemble.

La leçon de ces mois de conflit est simple : les intérêts des puissances extérieures ne coïncident pas avec la stabilité régionale.

Israël a intérêt à ce que le Golfe et l'Iran restent divisés. Les États-Unis ont intérêt à maintenir une présence militaire. L'Europe, trop faible, ne peut qu'accompagner. La convergence Al Habtoor-Kent : un double signal ; La convergence entre la lettre ouverte de Khalaf Al Habtoor et la lettre de démission de Joe Kent est plus qu'une coïncidence. Elle est le signe que le piège israélien est désormais perçu à la fois par ceux qui en subissent les conséquences immédiates (les pays du Golfe) et par ceux qui sont censés en être les garants (les États-Unis).

Al Habtoor parle au nom d'une région qui ne veut plus être l'instrument des guerres des autres. Kent parle au nom d'une Amérique qui ne veut plus être entraînée dans des conflits qui ne servent pas ses intérêts.

Leur diagnostic commun – l'influence israélienne comme moteur de la guerre – est une alerte.

Leur appel à la raison – que les pays de la région reprennent en main leur destin – est une feuille de route.

L'avenir du Golfe appartient aux pays du Golfe ; Notre analyse est juste : ni les États-Unis ni Israël ne sont les voisins du Golfe. Ils ne partagent ni la géographie, ni l'histoire, ni les intérêts fondamentaux de la région.

Leur présence y est un facteur de division, pas de paix. Le piège tendu par Israël est redoutable : en maintenant l'Iran et les monarchies du Golfe dans une hostilité perpétuelle, il empêche toute émergence d'une dynamique de paix autonome.

Mais ce piège n'est pas une fatalité. Les pays du Golfe ont le pouvoir de briser ce cycle. Ils peuvent choisir de dialoguer avec l'Iran, de construire des mécanismes de sécurité communs, de réduire leur dépendance à l'égard des puissances extérieures. La lettre de Khalaf Al Habtoor exprime cette prise de conscience émiratie. La voie de la paix passe par la prise de conscience d'une vérité simple : la sécurité du Golfe ne sera jamais durable si elle est construite contre l'Iran. Elle ne le sera que si elle est construite avec l'Iran. L'alternative est une condamnation à la guerre perpétuelle, où Israël continuera de jouer les pays du Golfe et l'Iran l'un contre l'autre, en exploitant leur vulnérabilité géographique et leur dépendance stratégique.

Le choix appartient aux pays de la région. Ils doivent construire leur propre paix, car personne ne la construira à leur place.

La convergence entre la voix d'un responsable américain démissionnaire et celle d'un chef d'entreprise émirati montre que ce choix est désormais mûr. Reste à le mettre en œuvre.