|
Guerre israélo-américaine contre l'Iran: Pathologie d'une agression
par Djamel Labidi L'un
des aspects essentiels de l'idéologie dominante occidentale, et donc de la propagande
qui la soutient, est l'inversion, la transformation des effets en causes. C'est
ainsi que la principale loi de la rationalité, la causalité, est détournée,
manipulée pour produire l'idéologie de domination. Mais il ne s'agit pas
simplement de désinformation, les choses, comme on va le voir, sont bien plus
complexes.
Quelques exemples récents: les israélo-américains attaquent l'Iran. L'Iran leur répond avec ses missiles et on découvrealors qu'ils peuvent atteindre une partie de l'Europe. Du coup les initiateurs de la guerre crient: «on vous l'avait bien dit, ils sont une menace pour l'Europe». En fait, les agresseurs sont surpris, ils decouvrent le niveau atteint par l'Iran dans la balistique, ils n'en savaient rien, occupés qu'ils étaient à préparer des meurtres ciblés. Mais, surpris par les capacités iraniennes, ils inversent les choses, et ce n'est qu'à posteriori qu'ils réécrivent leur récit, et qu'ils expliquent que la menace balistique iranienne, que «son danger pour l'Europe'» et, allons-y, «pour le monde», est l'une des raisons au départ de leur agression. Autre exemple: Israël envahit le sud du Liban. Il dit que c'est à cause des attaques incessantes du Hizbollah. Or il y a eu au moins 1000 attaques d'Israël sur le Liban du Sud depuis le cessez le feu conclut avec le gouvernement libanais. L'action du Hizbollah est donc une riposte légitime. Elle l'est d'autant plus, d'après le droit international, qu'elle se fait contre la puissance occupante, qu'est en permanence Israël. L'action du Hizbollah est donc l'effet et non pas la cause. Mais tout cela est effacé avec la complicité des médias qui font de l'agressé l'agresseur, et même plus, rendent responsable le Hizbollah des malheurs du Liban. Hamas, de la même manière,par le même procédé d'inversion, avait été rendu responsabledes 150 000 morts dont 15 000 enfants tués par Israël, Une société malade Alors escamotage ainsi des causes profondes de l'agression, par l'inversion des effets et des causes ? Mensonges, désinformation ?Pas si simple. En fait, Israël et ses amis croient réellement à leur récit. C'est exactement le même processus qui consiste à voir l'antisémitisme partout, dans toute critique, dans toute attaque dirigées contre Israël et le sionisme en général. Osons le mot: c'est une pathologie. La société israélienne est malade et elle entraine dans son délire de proche en proche l'Occident, du moins celui qui la suit. Cette maladie s'appelle la paranoïa, une paranoïa à la fois sociale et individuelle. Et, c'est connu, le paranoïaque est dangereux car il voit un agresseur potentiel en chacun. La paranoïa a eu pour objet d'abord les Palestiniens et les Arabes, puis s'est étendue aux Musulmans, puis à ses adversaires en Occident et aux Etats-Unis, puis au monde entier, puis finalement aux juifs antisionistes eux-mêmes. Cette contagion, cette généralisation de ce délire paranoïaque n'est pas une vue de l'esprit, elle est très concrète: elle se traduit par exemple par des lois ou des projets de loi. En France par exemple, des lois sont envisagées pour punir de prison toute critique du sionisme. La peur paranoïaque, si caractéristique par son irrationalité, est un des éléments d'explication de tueries de masse comme à Gaza, Le 25 mars 2026, un évènement d'une grande portée historique est intervenu: en pleine guerre contre l'Iran, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une résolution qui considère et déclare «que la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains et la traite transatlantique des esclaves sont les plus graves crimes contre l'humanité». L'analyse du vote est édifiante. Trois pays ont voté contre: les Etats Unis, Israël et l'Argentine du désopilant président Javier Milei, admirateur proclamé du sionisme. Se sont abstenus la plupart des pays de la Communauté européenne et de l'Occident global.Leur raison est que cette résolution de l'ONU ne considère pas la dite Shoah comme le principal crime contre l'humanité, comme le fait l'idéologie occidentale officielle. Les faits parlent donc d'eux-mêmes. Les évènements se croisent et s'expliquent les uns les autres.On retrouve contre cette résolution de l'ONU la même alliance qui soutient ou qui excuse les crimes d'Israël. Trump, l'affaire Epstein, Netanyahu, les symptômes d'une pathologie ? Mais poussons le raisonnement plus loin. La raison de cette contamination par la paranoïa intrinsèque à l'idéologie sioniste, est qu'elle s'intègre parfaitement à l'idéologie dominante occidentaliste. La caractéristique de celle-ci est d'être unilatérale au sens où les évènements sont sélectionnés, triés, décryptés, lus uniquement en fonction des objectifs de l'hégémonie et de la suprématie occidentale, c'est-à-dire d'une rationalité qui obéit non plus aux faits, à la réalité des faits, mais à celle fictive d'une représentation idéologique. C'est l'indice même d'une pathologie. Israël est malade, comme l'occidentalisme peut l'être. Vu sous cet angle, disons de psychiatrie sociale, les délires du président Trump, sa sortie de la réalité par le mensonge, la cruauté extrême de Netanyahu ou bien les pratiques monstrueuses révélées par l'affaire Epstein ne sont plus des épiphénomènes, ils sont les symptômes d'une pathologie sociale avec une paranoïa qui se manifeste dans un déni de réalité, la création par la propagande d'un monde parallèle et de vérités alternatives. Les dirigeants que se choisissent alors les élites de ces sociétés sont à leur image. Qui disait qu' «on a les dirigeants qu'on mérite». Epstein, Trump, Netanyahu ne sont plus alors des accidents mais un produit de ces sociétés, «Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark» faisait dire Shakespeare à son héros, Hamlet. Dans son génie, Shakespeare décrit bien ce moment où se concentre au pouvoir ce cocktail explosif de facteurs à la fois sociaux et individuels, psychologiques et politiques qui vont en causer la dégénérescence.Le pouvoir est quelque chose de complexe. Une fois compris tout cela, on peut mieux économiser son indignation devant les mensonges mediatico-politiques, en comprenant leur mécanisme, leur source, et, de proche en proche, les comportements du pouvoir. Les dérives actuelles du pouvoir aux Etats Unis sont terriblement inquiétantes pour le monde.Une telle situation exige beaucoup de prudence dans la gestion des crises internationales. Le paranoïaque a peur. Sa paranoïa, sa peur permettent de mieux comprendrele langage si particulier des medias mainstream et des élites politiques dirigeantes occidentales actuelles: l'adversaire est toujours un «terroriste», qu'il soit un individu, un groupe ou même un Etat, il s'agit toujours de «l'éliminer», y compris quand il s'agit de dirigeants d'autres pays, c'est toujours lui qui «attaque», qui «menace» etc.. Ce n'est pas seulement de la propagande, un abus de langage, de la désinformation, c'est, pourrait-on dire, une perception pathologique de la réalité:le résistant fait peur au monde paranoïaque, il est donc perçu comme un «terroriste», les massacres massifs des enfants de Gaza sont pour lui «des dégâtscollatéraux», des morts dus au «bouclier humain» utilisé par les terroristes, au mieux les inévitables conséquences de la guerre «qui ne peut être propre». Poursuivons l'analogie avec les désordres mentaux: L'Occident malade de son déclin n'est pas que paranoïaque, il est aussi narcissique, il s'aime, il adore son image il veut qu'elle se reflète comme dans un miroir dans les yeux de ses victimes. Discutez avec un paranoïaque, un narcissique obsessionnel, il est terriblement convaincant. Lui ne veut que le bien de l'autre, il ne veut que la paix. Mais ceux qui sont en face sont «méchants», «ils ne sont pas «gentils, sympathiques», comme dit Trump dans son vocabulaire si particulier. Ce sont ceux qui s'opposent à lui qui sont coupables de violence. La paix occidentale, la pax americana, la paix israélienne seraient la fin de la violence. Mais «l'autre» ne veut pas le comprendre. Il faut donc «faire la paix par la force», slogan préféré de Trump, Et dans les cas extrêmes, lorsqu'il est difficile, sinon impossible,de justifier le crime par la violence del'autre, lorsque la tuerie est gratuite, on parlera «d'animaux». L'humanité de l'autre sera tout simplement niée. Il faut en effet comprendre qu'on ne peut pas être criminel 24h sur 24, nazi 24hsur 24, le génocidaire a lui aussi des enfants, des amis, une société où il évolue,et sans laquelle il ne pourrait exister. Tout un système est ainsi construit qui lui permet de revenir chez lui et d'avoir des relations humaines. La propagande est alors une nécessité morale, l'information unilatérale et donc la désinformation une intimité, un monde partagé. Le génocidaire, lorsqu'il a lavé le sang sur ses mains, a soif d'humanité. Sa violence, il la présente comme une question de survie, une nécessité existentielle. Je me souviens d'un épisode qui m'avait marqué: c'était une confession terriblement douloureuse d'un appelé militaire français de la guerre d'Algérie habité par le remord. Il racontait qu'il avait participé activement à une séance la torture. D'abord spectateur, il n'avait plus pu «tenir» devant la résistance du supplicié et il l'a torturé encore plus, le secouant et lui criant de parler pour mettre un terme à ses souffrances. Il ne pouvait en supporter le spectacle. Un changement aux conséquences incalculables Le droit international est d'évidence violé par l'agression. Mais c'est surtout à l'Iran qu'on reproche de ne pas le respecter dans sa riposte contre les intérêts américains ou leurs bases militaires dans les pays du Golfe. On retrouve ce dont on parlait au début, la séparation, dans le récit occidentaliste, des effets et de leurs causes profondes. Les pays du Golfe sont coupables de comportements inamicaux voire hostiles envers l'Iran au moins parce qu'ils hébergent des bases militaires américaines utilisées contre l'Iran et parce qu'ils n'ont pas utilisé leur influence pour empêcher l'agression de leurs voisins mais c'est l'Iran à qui il va être reproché de les agresser. L'économie iranienne est dévastée par les bombardements mais c'est à l'Iran à qui on reproche de s'attaquer à l'économie de ses voisins et à l'économie mondiale par le blocage du détroit d'Ormuz. Les universités iraniennes sont bombardées par les israélo-américains et on condamne l'Iran de vouloir s'attaquer aux universités américaines dans le Golfe et au Liban. L'inversion est totale. En somme on reproche à l'Iran de riposter. On pourrait dire que cette inversion relève évidemment d'un déni total de réalité, de l'absence d'un minima de logique. Certes,mais cela est plus profond.Et c'est là où on touche au cœur du problème, aux nouvelles réalités que l'agression contre l'Iran vient révéler. L'Occident global n'a pas l'habitude qu'il lui soit fait une réponsesymétrique. Il reproche en réalitéà l''Iran de riposter au même niveau que lui. Il lui reproche de ne plus se contenter d'un combat asymétrique comme tous ceux qu'a menésce qu'on appelait le Tiers monde. Les agresseurs occidentaux disent qu'ils sont les seuls à avoir le droit de bombarder l'autre, de le détruire comme à Gaza et au Liban. Or L'Iran oblige l'ennemi à la retenue sous peine de souffrir de la réciprocité de sa violence. C'est insupportable, inacceptable pour le suprématisme occidental. On se retrouve, pour la première fois dans une guerre déclenchée contre un pays dit en développement, et donc un pays en situation économique et technologique supposée inférieure, devant une réponse quasiment symétrique. C'est un grand moment. C'est un changement aux conséquences incalculables pour l'avenir. |
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||