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Israël : une peine de mort conçue pour décapiter les Palestiniens

par Khider Mesloub

Le Parlement israélien a adopté, lundi 30 mars, une loi instaurant la peine de mort, législation taillée sur mesure pour ne s'appliquer qu'à des Palestiniens. Selon cette loi, « quiconque cause intentionnellement ou par indifférence la mort d'un citoyen israélien pour des motifs de racisme ou d'hostilité envers une communauté, et dans le but de nuire à l'État d'Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays, sera passible de la peine de mort ».

Cette loi raciale a déjà ses condamnés : les Palestiniens

Sous une apparente neutralité juridique, la mécanique est limpide. La loi ne définit pas seulement un acte, elle encadre la victime, politise l'intention et, ce faisant, désigne implicitement le coupable, d'emblée assigné sur une base ethnique : l'Arabe palestinien. Cette loi suprémaciste israélienne ne se contente pas de punir un crime, elle en désigne d'avance les auteurs : les Palestiniens.

Ainsi définie, la peine de mort ne peut frapper que selon une seule logique : une logique ethnico-religieuse. Un Palestinien qui tue un Israélien entre pleinement dans ce cadre. Un Israélien qui tue un Palestinien n'y entre, lui, jamais.

Pire : en qualifiant la motivation du crime de « racisme ou haine envers la communauté juive ou l'État d'Israël », le texte de loi opère une inversion sémantique radicale. La lutte palestinienne, qui se revendique anticoloniale et indépendantiste, est requalifiée en acte de haine raciale. Le colonisé palestinien devient le raciste, l'Israélien juif la victime. Le cadre colonial disparaît du droit. La victime structurelle palestinienne est transformée en coupable. Elle est jugée, condamnée à mort, tandis que le système colonial israélien est ainsi absous.

La conséquence est claire : l'effacement juridique de la Palestine comme sujet politique. Si tuer un colon en territoire occupé est juridiquement qualifié de crime de haine raciale, alors il n'y a plus d'occupation : il n'y a qu'une communauté juive victime de haine. Il n'y a plus de résistance palestinienne : il n'y a que des criminels racistes. Il n'y a plus de peuple palestinien colonisé : il n'y a que des Palestiniens coupables de haine envers les Juifs pour avoir résisté à la colonisation.

Ce déplacement n'est pas une simple qualification : c'est une opération politique. La lutte du peuple palestinien est transformée en faute morale, doublée de haine envers les Juifs. La résistance devient crime. Le conflit disparaît derrière l'accusation morale, poussée jusqu'à celle de « judéoicide ».Les Palestiniens engagés dans la résistance contre l'occupation ne sont plus des combattants antisionistes : ils sont désormais assimilés à des « judéocides ».

On ne discute plus la question palestinienne : on la disqualifie. On ne réfute plus le Palestinien résistant : on le condamne à mort.Cette loi raciale ne juge plus des actes mais désigne des vies à supprimer. Avec cette loi sioniste mortifère, ce n'est plus la justice qui tranche : c'est la mort des Palestiniens résistants qui s'inscrit en lettres de sang dans le droit israélien. L'histoire éclaire ce mécanisme. Si le régime nazi avait pu imposer l'idée que toute critique du nazisme relevait de la haine du peuple allemand, alors l'antinazisme lui-même aurait été requalifié en racisme. Si la France coloniale avait réussi à faire reconnaître la lutte pour l'indépendance de l'Algérie comme une forme d'antifrancisme haineux, les combattants algériens n'auraient plus été des résistants, mais des ennemis du peuple français. Dans les deux cas, la même opération : effacer le conflit, dissoudre la politique, interdire la contestation. Le mécanisme se referme. La critique devient suspecte. L'opposition illégitime. La résistance impensable. Ce n'est plus seulement un peuple colonisé qui est jugé : c'est la possibilité même de sa lutte qui est abolie.

Une loi pour tuer les Palestiniens, un droit pour absoudre les Israéliens

Cette logique ethno-religieuse suprémaciste trouve sa traduction directe dans le droit israélien. Le dispositif est double : dans les territoires occupés, notamment en Cisjordanie, la peine de mort peut être prononcée par des tribunaux militaires, y compris pour des actes ayant entraîné la mort sans intention homicide. En Israël et à Jérusalem-Est, elle relève du droit pénal, mais uniquement lorsque la victime est un citoyen ou un résident israélien. Deux régimes, une même logique : une justice raciale différenciée selon les personnes et les territoires.

Plus encore, la loi prévoit de rendre la condamnation à mort quasi automatique, sans véritable marge d'appréciation pour les juges. Une fois prononcée, la sentence, par pendaison, peut être exécutée dans un délai de 90 jours, sans possibilité de grâce. En outre, cette loi autorise les tribunaux à prononcer la peine de mort sans réquisition du parquet ni exigence d'unanimité, la décision étant rendue à la majorité simple. Les tribunaux militaires en Cisjordanie occupée sont également habilités à prononcer des condamnations à mort.

Dans cet État israélien colonial fondé sur le suprémacisme et sur une lecture religieuse essentialisée, ce n'est plus une justice impartiale qui juge des actes : c'est une justice raciale ségrégationniste qui cible le peuple palestinien autochtone en lutte pour son indépendance. Cette loi ne punit pas un crime.

Elle organise la décapitation nationale du peuple palestinien sous couvert de « racisme ou hostilité envers les Juifs », alors que les Palestiniens en sont les véritables victimes : victimes du régime d'apartheid que la colonisation sioniste institue depuis 1948.

Permis de décapiter les Palestiniens, gravé dans la loi israélienne

Cette loi israélienne guillotineuse ne criminalise pas seulement la résistance palestinienne : elle vise à l'anéantir. Avec son adoption, la résistance palestinienne n'est plus un fait politique à combattre, mais une infraction capitale, un crime à éradiquer. Dans ce cadre, tout Palestinien engagé dans la lutte indépendantiste devient un coupable désigné. Et la sanction qui lui est promise n'est pas une peine parmi d'autres : c'est la peine de mort.

Ce droit racial différencié n'a rien d'inédit. L'Amérique ségrégationniste des lois Jim Crow et l'Afrique du Sud de l'apartheid ont déjà fait du droit un instrument de domination, organisant la séparation des populations, la hiérarchisation des vies et la sélectivité de la répression. Aux États-Unis, les Afro-Américains étaient plus lourdement condamnés, tandis que les crimes commis contre eux restaient massivement impunis. En Afrique du Sud, les lois de circulation, de résidence et de sécurité intérieure transformaient toute la population noire en suspect permanent, passible d'arrestation et de répression au moindre écart.

Mais ici, en Israël, un pas supplémentaire est franchi : ce que ces régimes produisaient par l'application inégale du droit est désormais inscrit dans la lettre même de la loi. L'inégalité n'est plus un effet du système, elle en devient le principe explicite de l'État israélien suprémaciste. Même le régime nazi cherchait à envelopper ses discriminations meurtrières d'une apparence juridique et éthique.En Israël, elles ne sont plus dissimulées : elles sont assumées, revendiquées, institutionnalisées. La loi israélienne grave désormais le permis de décapiter les Palestiniens en lutte contre l'État colonial, en lettres de sang. L'Autorité palestinienne elle-même dénonce une loi destinée à « légitimer des exécutions extrajudiciaires en leur donnant une apparence légale ». Le droit israélien légalise la mise à mort des Palestiniens et absout les meurtres commis contre eux par des Israéliens.

En réalité, la politique menée par l'État israélien n'a pas attendu cette loi pour tuer des Palestiniens en toute impunité : elle en consacre désormais le rituel macabre.Cette loi n'introduit rien de nouveau : elle ne fait qu'officialiser une pratique déjà à l'œuvre. Depuis 1948, les Palestiniens sont tués sans autre forme de procès. Le génocide en cours à Gaza en constitue l'illustration la plus manifeste : depuis octobre 2023, l'armée israélienne y a exécuté, en toute impunité, 70 000 Palestiniens, dont une majorité de femmes et d'enfants.

Israël, vestige d'un ordre colonial occidental, s'inscrit, par ses exécutions extrajudiciaires contre les populations autochtones, dans la continuité de l'Allemagne nazie, de l'Amérique ségrégationniste, de l'Algérie coloniale et de l'Afrique du Sud de l'apartheid.