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Le secret de « la guerre secrète entre la France et l'Algérie »

par Youcef Benzatat

«Rumeurs et coups tordus, la guerre secrète entre la France et l'Algérie », le numéro de complément d'enquête diffusé par le média public français France2 jeudi 22 janvier semble à priori accentuer gravement l'hostilité ambiante de diverse droites et extrêmes droites de la France contre l'Algérie. En effet, depuis le déclenchement de cette hostilité, qui coïncida avec le raz de marée électoral des divers gauches et de l'extrême gauche française aux législatives de juin 2024, sans aucun mobile apparent, sa gravité n'a cessé d'aller crescendo jusqu'à cette date du 22 janvier qui l'amènera à son paroxysme, jusqu'au point de rupture. Car, les pourvoyeurs de cette « guerre secrète » ne se suffisaient plus de « tordre » à outrance les convenances et les usages diplomatiques avec l'Algérie.

En diffusant cette dernière hostilité sur un média public, caractérisée par le grossier et l'obscène, traitant le Président algérien Abdelmadjid Tebboune de voyou, siégeant à la tête d'un état autoritaire dont les services exerceraient du chantage et des menaces sur des élus binationaux sur le territoire français, ils ont redoublé d'imagination en allant jusqu'à recycler les méthodes de propagande en usage pendant la guerre d'indépendance de l'Algérie. Une propagande dans laquelle le FLN était considéré comme une organisation terroriste qui exercerait du chantage et des menaces sur la diaspora algérienne en France pour les racketter pendant la sensibilisation de cette diaspora à sa contribution à l'effort de guerre pour l'indépendance de la domination coloniale. Les témoignages ciblés dans ce complément d'enquête sont généralement soit des séparatistes du MAK, des égarés ou des influenceurs établis sur le territoire français, jouissant de la protection de l'état français contre leur instrumentalisation pour altérer négativement l'image de l'Algérie. Comme ce fut le cas pour les Harkis autrefois.

Le recours à cette méthode n'est pas fortuit, il vise à réveiller l'inconscient collectif français sur son sentiment d'hostilité contre le pouvoir algérien qui est justement issu de la guerre de libération nationale. Mais si la gravité de cette hostilité sans précédent dans l'histoire des relations entre l'Algérie et la France depuis l'indépendance semble à priori dirigée contre l'Algérie, dont le mobile de sa genèse reste problématique, sa qualification de « guerre secrète » contre la France par ce média public français trahi en effet le secret qui l'anime, la motive et la fonde. Car s'il faut chercher son facteur déclenchant, ce n'est certainement pas du côté de la diplomatie algérienne dont la conduite est respectée à l'échelle mondiale par son respect de la souveraineté des autres pays et par la recherche du dialogue et des moyens pacifiques dans la résolution des conflits. Ce secret, qui n'est plus un secret pour personne d'ailleurs, est à rechercher plutôt dans le raz de marée électoral des divers gauches et de l'extrême gauche française aux législatives de juin 2024 qui a provoqué une panique générale chez les divers droites et extrêmes droites françaises en perspective des présidentielles de 2027.

Cette hostilité apparait de ce fait telle une instrumentalisation dans une campagne électorale adressée à l'inconscient collectif des français par la remémoration de l'audace et l'affront des algériens pendant la guerre de libération nationale contre leur patrie. Espérant ainsi réveiller leur fibre patriotique et les inciter à tourner le dos à leurs opposants dans la course aux présidentielles de 2027. C'est le Président français lui-même, Emmanuel Macron, qui a inauguré cette hostilité, qu'il convient d'appeler campagne électorale, par la reconnaissance de la marocanité du SaharaOccidental en juillet 2024, le lendemain de la débâcle électorale de son camps politique. Tout en sachant que cela va provoquer un conflit insurmontable avec l'Algérie. Par l'abandon du principe traditionnel français de neutralité, en violation ouverte des règles du droit international et des résolutions de l'ONUdans ce conflit colonial.

Les politiques et les médias français qui sont solidaires avec cette tendance politique et qui sont majoritaires dans le champ médiatique ont pris le relais en amplifiant les préjugés et les clichés sur tout ce qui se rapporte à l'Algérie. Rien n'a été laissé au hasard.

L'islam, l'immigration, les OQTF, allant jusqu'à semer un climat de terreur au sein de la population française sur une éventuelle attaque au couteau massive des algériens contre la population française de sorte à créer un climat de rejet généralisé de tout ce qui est algérien en France.

L'Algérie est devenue une fixation permanente, paradoxalement aucun autre pays n'a vu son image aussi dégradée dans les discours politiques et médiatiques que l'image de l'Algérie depuis cette date. Il faut s'attendre à un durcissement de plus en plus violent de cette hostilité jusqu'à terme des présidentielles de 2027. Bien que cette hostilité envers l'Algérie de la part de cette tendance politique française soit structurelle, héritée de la guerre de libération nationale, qui n'a jamais acceptée l'indépendance de l'Algérie, elle n'a jamais été aussi extériorisée avec autant de violence. Ce qui laisse présager qu'elle va probablement s'estamper après les présidentielles de 2027. La France a beaucoup à gagner de renouer des relations apaisées avec l'Algérie, beaucoup d'intérêts économiques sont en jeux. Encore faudra-il gagner ces élections et que l'Algérie soit de nouveau prédisposée à renouer avec un partenariat étoffé comme par le passé ! Cette guerre diplomatico-médiatique laissera certainement des séquelles vives et durables. Pendant ce temps, l'Algérie « autoritaire » avance, se développe, se construit, s'industrialise, se modernise et se donne les moyens de défendre son territoire et sa souveraineté.