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«Quand le Maroc s'allie aux Sionistes : test stratégique pour l'Algérie»
par Khaled Chebli* L'alliance
MarocSionistes n'est plus un événement ponctuel dans le calendrier des
relations militaires, ni un simple choix tactique dicté par des circonstances temporaires.
Ce que nous observons aujourd'hui est une transformation structurelle de la
doctrine sécuritaire marocaine, fondée sur l'intégration de l'État sioniste
comme acteur central dans la recomposition des équilibres de force en Afrique
du Nord, dépassant la logique d'une simple coopération bilatérale pour aller
jusqu'à la refonte du dispositif sécuritaire régional au détriment de la
stabilité collective.
La signature du plan d'action militaire conjoint pour 2026, accompagnée de projets de fabrication de drones armés et de véhicules aériens sans pilote sur le territoire marocain, confirme que Rabat a choisi de sortir délibérément du cadre de l'équilibre régional et de s'engager dans une alliance militaire de nature offensive, historiquement liée à la production d'instabilité et à l'exportation de crises. Une alliance hors contexte régional La véritable dangerosité de cette alliance ne réside pas seulement dans le transfert de technologies ou l'échange d'expertises, mais dans la logique qui la sous-tend. L'État sioniste ne conclut jamais de partenariats militaires neutres : il établit toujours des relations fonctionnelles servant ses stratégies expansionnistes et son influence dans le renseignement. L'implication du Maroc dans ce schéma signifie, en pratique, l'ouverture du champ maghrébin à des intrusions sécuritaires et de renseignement incontrôlables. Ce choix exprime une rupture claire avec la logique de sécurité maghrébine commune et la volonté de Rabat d'internationaliser les équilibres régionaux via un acteur externe générateur de divisions, au lieu d'investir dans des mécanismes de confiance et de stabilité entre les pays voisins. Du renforcement à la perturbation de l'équilibre La possession de drones armés de précision, soutenue par l'expertise sioniste en ciblage, surveillance et renseignement, ne peut se justifier par une logique purement défensive. Nous sommes confrontés à un changement de nature de la puissance marocaine, passant d'une force défensive limitée à une force à vocation proactive, ce qui impose à l'Algérie de considérer ce nouvel élément comme une menace stratégique potentielle, et non comme un simple partenariat militaire ordinaire. Introduire ce type de technologie dans un espace déjà marqué par la fragilité de la confiance politique et des conflits non résolus n'engendre pas la stabilité, mais augmente le niveau de risque et les probabilités d'erreurs de calcul aux conséquences imprévisibles. L'Algérie : entre retenue et protection de sa souveraineté L'Algérie, forte de son expérience historique et de sa position géopolitique, n'est pas dans une posture de réaction impulsive, mais elle n'est pas non plus tenue de tolérer une politique de complaisance lorsque la sécurité nationale est en jeu. L'intérêt national impose une lecture rigoureuse et réaliste de l'alliance MarocSionistes, loin de tout discours rassurant ou de toute évaluation naïve. Le pari algérien ne réside pas dans une course aux armements effrénée, mais dans la construction d'un dispositif de dissuasion intelligent, fondé sur : - un renseignement militaire de haute qualité; - un contrôle technologique avancé dans le domaine des drones et de la défense aérienne; - la cybersécurité capable de neutraliser les menaces non conventionnelles ; - et une industrie de défense nationale garantissant l'autonomie stratégique. 4. La diplomatie comme prolongement de la force. Parallèlement au volet militaire, l'Algérie dispose d'un atout non négligeable : la légitimité régionale et diplomatique. L'alliance MarocSionistes place Rabat dans une posture où elle apparaît comme l'acteur ayant impliqué un partenaire externe contesté, ce qui offre à l'Algérie une marge de manœuvre politique et diplomatique considérable, à l'échelle régionale et internationale, pour affirmer que ce choix ne sert ni la stabilité ni la sécurité collective. La diplomatie algérienne doit adopter une posture stratégiquement offensive : non pas justificative, ni défensive, mais proactive, exposant les risques de cette alliance et encadrant ce choix unilatéral comme une menace pour l'équilibre régional. Conclusion : l'intérêt national avant tout L'alliance MarocSionistes n'est pas seulement un test des intentions marocaines, mais un examen de la résilience stratégique algérienne et de sa capacité à conjuguer retenue et fermeté, dissuasion et diplomatie, protection de la souveraineté et prévention de l'épuisement stratégique. L'Algérie n'a pas besoin de provoquer des crises, mais elle refuse qu'un nouvel ordre sécuritaire lui soit imposé sans évaluation critique. L'intérêt national exige clarté, préparation et refus de tout déséquilibre. Le choix rationnel consiste à transformer ce défi en levier pour renforcer la souveraineté défensive algérienne et affirmer son rôle de puissance stabilisatrice en Afrique du Nord. *Chercheur universitaire |
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