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L'Algérie au carrefour de la géopolitique et de la transition énergétique
par Said Demmane Les enjeux, choix
opportunités et défis de la transition énergétique nationale
A- Contexte général, état des lieux Notre Pays se trouve aujourd'hui au centre d'une transformation énergétique mondiale sans précédent. Le monde énergétique connaît une mutation profonde : les technologies évoluent rapidement, les alliances géopolitiques se recomposent, et les règles du commerce international changent constamment. L'objectif de contrôler à long terme lessources d'énergies à l'échelle du monde est àl'origine de conflits importants et nombreux y compris armés. Les projets pour de nouvelles routes du gaz et du pétrole n'ont jamais été abandonnés mais plutôt mis à jour. A terme, elles prendraient naissance depuis la mer Caspienne, le littoral de Gaza, en passant par leSoudan sud pour continuer au travers du corridor ouest, via le Sahara occidental à partir du Saharaalgérien mais également, englobant les pays de l'Afrique de l'ouest (Nigeria, Ghana, Côte d'Ivoire, Mauritanie etc...). Les récent conflits au moyen orient (Irak, Afghanistan, Syrie, etc..) n'ont pu aboutir à l'époque de la guerre froide mais aujourd'hui, l'avènement du retour de la Chine...du BRICS, la dé-dollarisation, les nouvelles politiques des USA, de la Russie... incitent les concepteurs à reprendre en réadaptant ce plan de main mise sur la richesse hydrocarbure. Les pays consommateurs à l'instar de l'Europe, l'inde, Asie et sud-est asiatique et même, les Amériquessont les clients potentiels de cet ambitieux programme. La globalisation à l'échelle du monde est à nouveau en route et, les futurs comportements de tous types seront dictés au préalable, dans des directions pas toujours au bénéfice de la promotion de la dimension humaine. A court terme et, pour ce qui nous concerne, trois forces principales se croisent actuellement : - D'abord, l'Union européenne souhaite importer massivement de l'hydrogène vert produit en Algérie pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. - Ensuite, les grandes entreprises américaines du secteur de l'énergie, comme Chevron et Exxon, sont intéressées par de nouveaux partenariats stratégiques. - Enfin, les grandes puissances mondiales (États-Unis, Chine, Inde, Russie) réorientent leurs économies vers un futur moins dépendant des énergies fossiles. Cette transition ne signifie pas la fin immédiate du pétrole et du gaz, mais leur transformation progressive en produits plus propres (changements climatiques....). Pour nous, cela implique d'adapter notre modèle économique, de moderniser les infrastructures, et surtout se positionner sur les technologies d'avenir au lieu de les subir. Trois axes énergétiques parallèles : une problématique complexe ; contradiction ou complémentarité ? 1. Gazoduc Transsaharien (Nigeria-Niger-Algérie) Des accords ont été signés en février 2025 pour accélérer ce projet estimé à 13 milliards de dollars. L'objectif est de transporter entre 20 et 30 milliards de mètres cubes par an de gaz nigérian vers l'Europe via le territoire algérien. 2. Gaz conventionnel et gaz de schiste Nos réserves de gaz conventionnel sont importantes toutefois, des investissements importants ainsi que, des technologies update de nos capacités de production, d'exportation (dont GNL..) et développement sont incontournables pour jouer le rôle à long terme dans cette dynamique visant la transition énergétique. L'Algérie a finalisé les discussions techniques avec les géants américains Chevron et Exxon Mobil pour diversifier sa production dont certainement, le recours au gaz de schiste. L'objectif national est ambitieux : doubler la production de gaz autour de 200 milliards de mètres cubes. Le pays détient la troisième réserve mondiale de gaz de schiste avec 707 000 milliards de pieds cubes, ce qui représente un potentiel énorme. 3. Hydrogène vert avec l'Europe Des accords ont été conclus en octobre 2024 avec des entreprises allemandes, italiennes et autrichiennes pour développer le corridor SoutH2. Ce corridor vise à transporter jusqu'à 4 millions de tonnes d'hydrogène vert par an vers l'Europe d'ici 2030. Une station semi-industrielle de 50 mégawatts à Arzew est en préparation avec le soutien financier allemand et européen. Avant de développer davantage, quelquesdéfinitions en relation avec l'encadrement mis en place pour situer la place du gaz et du pétrole dans les décennies à venir. Hydrogène vert :Un carburant totalement propre produit par électrolyse à partir d'énergie solaire ou éolienne. C'est l'énergie que l'Europe veut importer massivement. Pour l'Algérie, c'est une opportunité économique immense, à condition d'être capable de produire à moindre coût (investissements énormes...), avec une fiabilité totale et des normes strictes (infrastructures etc...). ALTEH2A : Un grand projet de coopération Algérie-Europe pour structurer la filière hydrogène. Il vise à produire et exporter de l'hydrogène vert vers les marchés européens. SoutH2 Corridor : Un pipeline moderne de 3 300 km pour transporter l'hydrogène algérien vers l'Europe. Ce projet transformerait l'Algérie en hub énergétique méditerranéen. CCUS (Captage et Stockage du Carbone) : Technologies permettant de capturer le CO des industries gazières et de le stocker sous terre pour réduire la pollution. C'est une façon de préserver l'industrie gazière tout en devenant compatible avec les nouvelles normes internationales. EIA (Étude d'Impact Environnemental) : Une analyse obligatoire pour vérifier qu'un projet ne détruit pas l'environnement ou ne met pas la population en danger. L'EIA désigne aussi l'Energy Information Administration, l'un des principaux organismes mondiaux qui analyse les tendances énergétiques. Ses rapports influencent les décisions des investisseurs et les politiques énergétiques. Gaz de schiste : Un gaz enfermé dans des roches profondes. Pour l'extraire, il faut fracturer ces roches, ce qui peut consommer beaucoup d'eau et présenter des risques environnementaux importants. Les Atouts Stratégiques, opportunités, risques et contradictions 1-Notre pays dispose d'avantages considérables qui peuvent lui permettre de jouer un rôle majeur dans la transition énergétique : Elle possède une base gazière solide avec des infrastructures déjà reliées à l'Europe. Sa géographie est exceptionnelle pour le développement des énergies solaires et éoliennes. Il bénéficie également d'un réseau diplomatique important permettant des alliances équilibrées. Sa position géostratégique entre l'Europe, l'Afrique et la Méditerranée constitue un atout majeur. Enfin, un secteur de l'énergie en adaptation et, restructuration continuelles pour s'adapter aux exigences stratégiques et, géopolitiques dont la Compagnie pétrolière SONATRACH ; une entreprise nationale ! avec une expérience reconnue. 2- Les Opportunités Majeures pour le Pays Devenir un fournisseur stratégique d'hydrogène vert : L'Algérie peut devenir le principal fournisseur d'hydrogène vert de l'Europe, créant ainsi une nouvelle source de revenus durable pour les générations futures. Attirer des investissements massifs : Les investissements européens et américains peuvent moderniser toute la filière énergétique nationale, des infrastructures aux technologies de pointe. Créer des emplois qualifiés :La transition énergétique créera de nouveaux emplois dans la fabrication d'équipements, l'ingénierie, la recherche, et les énergies renouvelables. Renforcer le rôle géopolitique :L'Algérie peut consolider sa position stratégique comme acteur incontournable de la sécurité énergétique méditerranéenne et africaine. 3- Les Risques et Contradictions à Éviter Surtout ne pas considérer que l'Hydrogène vert est une substitution aux énergies fossiles mai être considéré dans une démarche de complémentarité à celle-ci. Risques environnementaux du gaz de schiste : Se tourner trop fortement vers le gaz de schiste risquerait d'abîmer l'image verte de l'Algérie et de compliquer la coopération avec l'Europe. Le gaz de schiste demande énormément d'eau, alors que l'Algérie est déjà un pays à forte pénurie hydrique. Concurrence gaz conventionnel et gaz de schiste : Ne pas occulter le fait que nos propres ressources conventionnelles en gaz sont encore importantes et, le gaz de schiste dans ce cas,viendrait en concurrence notamment dans les options des contrats de partage production ou, de concessions totales ! Perte de souveraineté technologique : Dépendre trop fortement des grandes entreprises étrangères pourrait réduire la souveraineté énergétique du pays et, limiter le transfert de compétences. Piège technologique : Investir massivement dans le fossile aujourd'hui peut créer des infrastructures qui deviendront obsolètes et inutiles demain, entraînant des pertes financières considérables. Fuite des compétences : L'absence de valorisation des talents techniques pousse les ingénieurs et chercheurs à quitter le pays, créant une dépendance vis-à-vis de l'expertise étrangère. Le Grand Absent : La Ressource Humaine Aucun pays n'a réussi sa transition énergétique sans une élite technique hautement qualifiée et correctement motivée. Or, notre pays souffre aujourd'hui de plusieurs défis majeurs. On observe une déperdition des compétences en direction de l'étranger. La valorisation des ingénieurs et techniciens reste insuffisante. Les conditions matérielles sont moins attractives que celles des pays concurrents. Il est difficile de retenir les talents dans les secteurs sensibles. Enfin, il n'existe pas de programme stratégique massif pour la formation continue. La réalité est claire : on ne peut pas prétendre produire de l'hydrogène compétitif ou du CCUS à grande échelle si les ingénieurs, les géologues, les informaticiens et les économistes ne disposent pas d'un environnement stimulant et rémunérateur. Pourquoi les compétences deviennent la première ressource énergétique du pays Les mutations dans les grandes puissances nous montrent une chose essentielle : Les États-Unis attirent les cerveaux du monde entier par des salaires élevés et des conditions de recherche exceptionnelles. La Chine forme à une échelle gigantesque des millions d'ingénieurs spécialisés. L'Europe finance massivement la reconversion technologique de ses travailleurs. L'Inde déploie des ingénieurs qualifiés dans tous les secteurs industriels mondiaux. La Russie mise sur des cercles techniques très spécialisés et protégés. Dans ce contexte, un pays qui ne protège pas ses compétences devient rapidement dépendant des autres. Et un pays dépendant des autres n'a pas de souveraineté énergétique. Les enjeux énergétiques actuels ne sont plus seulement techniques ou économiques. Ils sont avant tout humains. B- Stratégie optimale : Complémentarité temporelle et géographique Deux démarches en simultané avec une planification en deux temps. Phase 1 (2026-2030) : Consolidation gazière - Priorité immédiate : Consolidation, diversification et développement Consolider l'existant, promouvoir le conventionnel sans écarter définitivement le gaz de schiste mais, l'intégrer avec prudence, sur des zones limitées et avec un objectif de court terme. Le développement du gaz de schiste présente plusieurs avantages décisifs : contrôle total des opérations, utilisation des infrastructures existantes, et génération de revenus rapides. Le risque géopolitique est faible car les ressources sont sur le territoire national. De plus, le gaz naturel liquéfié algérien émet entre 20 et 45 pour cent de moins de gaz à effet de serre que le GNL américain, ce qui devient un avantage stratégique important avec le renforcement des normes environnementales européennes. Conditionnalités : Il faut imposer des conditions très claires : transfert technologique obligatoire, formation des ingénieurs algériens, création d'usines et de centres de recherche en Algérie. Le gaz de schiste doit être une option pour le court et moyen terme et surtout, fortement limité sansdes études environnementales strictes et indépendantes. Les entreprises comme Chevron ou Exxon doivent aussi investir dans les technologies propres (CCUS, hydrogène, captation du CO ). Risque environnemental, l'exploitation du gaz de schiste peut susciter une opposition locale pour des raisons environnementales. Il est essentiel de mettre en place une communication transparente avec les populations, d'appliquer des normes environnementales strictes, et de mettre l'accent sur l'excellence opérationnelle et le respect de l'environnement dans toutes les opérations. L'étude d'impact environnemental doit être obligatoire pour tout projet énergétique. Les nappes phréatiques et les zones rurales vulnérables doivent être absolument préservées. Le développement de technologies de dessalement peut réduire la pénurie d'eau. -En parallèle : Hydrogène vert (projets pilotes) Il est crucial de positionner l'Algérie dès maintenant sur cette filière d'avenir. Les projets pilotes permettront d'acquérir l'expertise nécessaire tout en bénéficiant du soutien financier européen pour le développement des capacités. Il faut utiliser le soleil et le vent comme avantage comparatif mondial. L'Algérie doit avancer rapidement sur le corridor SoutH2 et les projets ALTEH2A. Le développement du solaire doit se faire de manière industrielle et à grande échelle. L'Algérie bénéficie d'un avantage de coût significatif : la production d'hydrogène vert coûterait entre 1,2 et 2 dollars par kilogramme en Algérie, contre 5 à 6 dollars en Europe. Les infrastructures gazières existantes peuvent être adaptées et modernisées pour le transport d'hydrogène, ce qui réduit considérablement les investissements nécessaires. Les coûts de production sont élevés mais les avancées technologiques sont en voie de les atténuer. Le recours à l'eau en provenance de la nappe phréatique doit être utilisé avec parcimonie en tenant compte des besoins notamment de l'agriculture et pourquoi en mixte avec le dessalement. Phase 2 (2030-2040) : Diversification stratégique - Gazoduc Transsaharien : approche prudente Les risques de ce projet sont considérables. Les zones traversées sont instables : le delta du Niger, le nord du Niger, et le sud algérien présentent des défis sécuritaires majeurs. Le coût total est estimé à 13 milliards de dollars et le projet nécessite des garanties d'achat de 30 milliards de mètres cubes par an pendant 20 ans. Il existerait également une concurrence et une dépendance forte vis-à-vis de la production nigériane. La recommandation est d'avancer par étapes conditionnées : d'abord vérifier la stabilisation sécuritaire régionale, ensuite obtenir des accords d'achat fermes européens à long terme, puis sécuriser une participation financière multilatérale impliquant l'Union européenne, la Banque africaine de développement et la Banque mondiale. Enfin, procéder à une construction par tronçons avec validation progressive de chaque section. C- Pourquoi l'approche stratégique de « l'en même temps » s'inscrit dans la complémentarité et non dans la contradiction 1. Temporalité différente Les trois ambitions opèrent sur des horizons temporels distincts. Le gaz de schiste offre une production immédiate de 2026/27 à 2050. L'hydrogène vert connaîtra une montée progressive de 2027/28 à 2060 et au-delà. Le gazoduc transsaharien, s'il se réalise, aurait un horizon 2030 à 2070 (tronçons algériens déjà opérationnels). 2. Marchés différenciés Chaque projet répond à des besoins spécifiques. Le gaz naturel répond aux besoins transitoires de l'Europe pendant sa période de décarbonations, sur une durée de 15 à 25 ans. L'hydrogène vert cible la décarbonations profonde de l'industrie et du transport après 2035. Le gaz nigérian servirait de complément si la demande européenne reste élevée au-delà des prévisions actuelles. 3. Synergie infrastructurelle Le corridor SoutH2 transportera également de l'hydrogène bleu, produit à partir de gaz naturel avec capture du dioxyde de carbone. Les gazoducs existants peuvent être progressivement adaptés au transport d'hydrogène. L'expertise acquise dans l'exploitation du gaz de schiste facilite le développement de la filière hydrogène. Il s'agira de faire de l'hydrogène vert la priorité nationale absolue. 4. Diversification des partenaires Cette stratégie permet de travailler avec différents partenaires internationaux. Les États-Unis apportent la technologie pour le gaz de schiste et offrent un équilibre géopolitique. L'Europe garantit des débouchés stables à long terme pour l'hydrogène vert. L'Afrique de l'Ouest permet l'intégration régionale et renforce le leadership continental de l'Algérie. Anticiper aussi le fait quesur le court terme les États-Unis pourraient lier le développement du gaz de schiste au dossier du Sahara occidental, avec des pressions sur l'Algérie concernant la Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Les solutions consistent à diversifier également vers la Chine, où Sinopec est déjà présent sur le territoire algérien. Il faut également accélérer l'autonomie technologique et utiliser la compétition sino-américaine à l'avantage de l'Algérie. D- Des préalables majeurs 1-Mettre en place un programme national de compétence énergétique Le pays peut s'inspirer des modèles américains et sud-coréens de formation technique. Il faut attirer et retenir les talents par des conditions matérielles compétitives : salaires alignés sur les standards internationaux, logements fonctionnels modernes, mobilité internationale pour les formations, primes de mission attractives, accès aux laboratoires et aux technologies de pointe. La création d'un corps d'ingénieurs de souveraineté énergétique avec un statut attractif, comparable à celui des cadres supérieurs des pays avancés, est indispensable. 2- Encadrer strictement les partenariats avec les entreprises étrangères L'implication des ressources humaines algériennes compétentes et, motivée à tous les niveaux et étapes de négociations depuis le montage des opérations de partenariats va limiter les éventuels impacts pénalisants pour le pays. Par la suite, faire participer nos cadres et responsables aux phases de réalisations des investissements et, exploitation des gisements non sans occulter, le volet commercial et enfin, adapter les dispositifs réglementaires aux nouvelles exigences. Mettre l'accent sur le patriotisme économique ; Le nationalisme moderne n'est pas un slogan vide. C'est la capacité concrète à défendre les intérêts du pays dans la compétition mondiale, en développant des compétences nationales solides et en gardant le contrôle des décisions stratégiques. 3- Nouer des partenariats académiques de haut niveau La collaboration avec les universités techniques américaines, européennes et asiatiques est essentielle. L'investissement massif dans les laboratoires de recherche appliquée doit se concentrer sur le solaire, l'hydrogène, la digitalisation des réseaux, et le CCUS. 4- Assurer un équilibre diplomatique L'Algérie doit travailler avec l'Europe, les États-Unis, la Chine, la Russie, sans dépendre d'un seul partenaire. Une souveraineté forte dans toutes les négociations est nécessaire. La diversification des alliances maximise les transferts de technologie. E- Recommandations stratégiques prioritaires 1. Activer massivement le gaz de schiste (2026-2030) Cette activation rapide et limitée territorialement, permettra de sécuriser les revenus immédiats nécessaires aux autres investissements, de réduire la dépendance aux exportations transitant via les infrastructures des pays partenaires, et de financer le développement des projets hydrogène et les études approfondies sur le transsaharien. 2. Investir pour le long terme et, lourdement dans l'hydrogène vert (2026 et au-delà) Cet investissement doit porter sur trois axes majeurs : le déploiement d'infrastructures solaires et éoliennes à grande échelle, la formation massive de ressources humaines qualifiées, et la recherche et développement sur les technologies de stockage et de transport de l'hydrogène. 3. Conditionner strictement le gazoduc transsaharien Il ne faut pas s'engager dans ce projet avant d'avoir obtenu des garanties totales sur tous les aspects : sécuritaire, financier, et commercial. Il faut exiger un partage équitable des risques avec les partenaires internationaux. Ce projet doit être considéré comme une option complémentaire et non comme une priorité immédiate. 4. Créer un fonds souverain énergétique Ce fonds permettra de capitaliser les revenus du gaz pour financer la transition énergétique à long terme et, d'éviter le piège de la dépendance à la rente à court terme. Il assurera la soutenabilité financière de la stratégie sur plusieurs décennies. 5. Diplomatie énergétique agile Notre Pays doit jouer sur la compétition entre les États-Unis, l'Europe et la Chine pour maximiser ses avantages. Il faut renforcer les partenariats techniques sans créer de dépendance politique vis-à-vis d'un seul partenaire. L'objectif est d'affirmer la position de hub énergétique méditerranéen, servant de pont entre l'Afrique, l'Europe et potentiellement l'Asie. F- Conclusion : La Course Mondiale a Déjà Commencé Cette situation n'est pas contradictoire mais stratégiquement opportune. L'Algérie peut devenir le pont énergétique tridimensionnel entre trois continents, combinant gaz conventionnel et de schiste, transit de gaz africain, et production d'hydrogène vert. La clé du succès réside dans un séquençage intelligent des investissements : utiliser le gaz de schiste comme base financière immédiate, développer l'hydrogène comme pivot pour l'avenir, et considérer le transsaharien comme une option conditionnée aux garanties obtenues. Cette approche constitue un portefeuille énergétique diversifié et résilient, plutôt qu'une contradiction stratégique. Elle permet de gérer les risques tout en maximisant les opportunités sur le court, moyen et long terme. La réussite dépendra de la capacité à maintenir une vision stratégique cohérente tout en restant flexible face aux évolutions géopolitiques et technologiques. Les technologies énergétiques évoluent à une vitesse vertigineuse. Les alliances changent. Les marchés se réorganisent. Le temps où l'Algérie pouvait se contenter d'un rôle traditionnel d'exportateur de gaz est révolu. L'Algérie dispose d'un potentiel énergétique considérable : gaz, soleil, vent, infrastructures déjà reliées à l'Europe, position géostratégique unique. Elle peut consolider sa position stratégique tout en préservant son environnement et sa souveraineté. Mais ce potentiel ne se réalisera que si le pays affronte le monde avec des compétences fortes, formées, valorisées et retenues sur le territoire national. Il faut des technologies modernes, maîtrisées localement et non simplement importées. Une vision souveraine qui refuse la dépendance technologique est indispensable. La transition énergétique doit être équilibrée, moderne, et protectrice des générations futures. La clé du succès réside dans une vérité simple mais fondamentale : les enjeux énergétiques actuels ne sont plus seulement techniques ou économiques. Ils sont avant tout humains. Sans femmes et hommes compétents, motivés et valorisés, aucune stratégie énergétique ne peut réussir, quelles que soient les technologies mobilisées ou les investissements réalisés. La course mondiale a déjà commencé. L'Algérie doit agir maintenant, avec lucidité, méthode et anticipation |
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