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De la mise en valeur et de la bonification des terres agricoles dans le Sud algérien

par Chabane Mahmoud*

À l'heure où toutes les nations du monde ont compris que le salut de l'humanité toute entière est dans la mobilisation générale pour sauvegarder notre biosphère pour faire face à l'insécurité alimentaire rampante qui menace des populations entières, en Algérie, les ressources naturelles (sol, eau, couvert végétal, espaces de vie et de travail) restent livrées depuis de longues années à des prédateurs et spéculateurs aux appétits féroces, sans aucun respect pour la fragilité des écosystèmes sensibles.

De par l'attitude laxiste, le laisser-faire et le manque de vigilance observée, les autorités en charge de la gestion de ce précieux patrimoine naturel non renouvelable (faut-il le souligner !), semblent hypothéquer inconsciemment le peu de ressources rares que nous devons préserver dans l'intérêt de nos enfants et des générations futures. Pire encore ! C'est souvent que des médias, et pas que, dont la raison d'être est pourtant d'informer objectivement les auditeurs et lecteurs, pour des raisons intrinsèques qui leur sont propres, font, sans retenue, l'apologie du modèle américain prédateur. Il nous est vendu en pack estampillé « rêve américain » contenant les oriflammes suivantes : Californie (pour mettre en exergue le développement agricole), plan Marshall (pour dire l'apport des USA à la reconstruction de l'Europe) et bien entendu, la « démocratie », au nom de laquelle, beaucoup de pays ont été détruits. Quelle naïveté de la part de ceux qui font dans le suivisme aveugle, en faisant de l'américanisme leur modèle d'un développement destructeur de leur biodiversité !

Dans un de ces nombreux articles abordant la question de la souveraineté alimentaire lu le 09.05.2023 et paru dans un quotidien national intitulé pompeusement Sahara : la nouvelle Californie (sans le point d'interrogation), son auteur avait affirmé tout de go, sans précaution d'usage que : « la sécurité alimentaire passe par le désert ». Je dois dire qu'une telle affirmation fallacieuse, galvaudée depuis une quarantaine d'années, a de quoi donner des sueurs froides et inquiéter sérieusement. Cela m'a interpellé en tant que citoyen algérien jaloux des intérêts de mon pays et de surcroît ingénieur agronome averti et soucieux de contribuer autant que faire se peut, à la réalisation de notre indépendance alimentaire sécurisée.

Sans aller jusqu'à douter de la bonne intention des auteurs de ce qu'il convient d'appeler des éléments de langage qui visent, à travers cet exemple, à « vendre » le modèle de développement agricole, la Californie n'est certainement pas le meilleur exemple. Ce n'est-là, qu'un effet d'optique trompeur qui masque outrageusement les méfaits sur la rupture des équilibres écologiques dont on se soucie peu ! Il faut le dire haut et fort ! La Californie, qui symbolise et véhicule une idéologie coloniale que nos ancêtres ont combattue, n'est pas une référence positive pour notre pays. Aussi bien en termes de fertilité des sols, que de voie à suivre pour développer le pays en général, et la mise en valeur des potentialités agricoles en particulier. Je dois faire remarquer à nos concitoyennes et concitoyens que la référence faite à la Californie pour parler de développement agricole date du début des années 1980 marquées par la mise en place d'une économie ultralibérale vendue sous le slogan racoleur « INFITAH ». Avant cette date, quand on évoque la fertilité des sols, on cite fièrement notre Mitidja, les plaines de Mascara, Hama-Bouziane, Benamoussa, Aïn-Defla..., avant d'être défigurées par le bétonnage, l'usage irraisonné de produits chimiques, et la surexploitation de la ressource en eau, ou si besoin, loin de chez nous, les plaines de l'est de l'Ukraine réputées des plus fertiles au monde. Il convient de noter qu'avec ce changement de trajectoire, des mots tels que : autogestion, programmes spéciaux et plans nationaux de développement, démocratie populaire autochtone, sont devenus depuis tabous.

Il faut rappeler, aussi, que l'Algérie des combattants et des bâtisseurs, avant de subir dès le début des années 1980, le règne des consommateurs, du farniente, et des mercantiles, nourrissait son propre rêve d'une société de partage et de justice, qui est aux antipodes du mythique « rêve américain ».

Au lieu de faire de la publicité gratuitement à la Californie, ces médias auraient été bien inspirés de promouvoir l'ingénieux modèle de mise en valeur perpétuelle des potentialités naturelles que recèle notre Sahara, à l'origine de l'émergence d'authentiques oasis pleines de vie.

En filigrane, il est suggéré d'importer produit en main ce modèle de développement agricole californien basé sur la grosse propriété foncière industrialisée, inhumaine, avec bien évidemment, la panoplie de moyens nécessaires (matériels, intrants, semences OGM, technologies, expertise...) pour sa mise en œuvre, pour le reproduire au Sahara, en se gardant de nous parler de l'échec cuisant du projet GASSI TOUIL confié aux Américains et d'El Bayadh. Complexe de colonisé quand tu nous tiens !

Ce complexe théorisé par l'immense patriote algérien Omar France FANON, décédé trop jeune le 6 décembre 1961, privé de ce fait du temps de nous laisser un protocole thérapeutique pour en sortir, guérir les atteints et prémunir les enfants, semble, si l'on juge, entre autres, à travers ces éléments de langage, perdurer. Copieusement irrigué et entretenu par la politique de l'oubli, instillée insidieusement dans le corps social visant à déconsidérer tout ce qui est fait chez nous, notre patrimoine culturel, notre Histoire et notre socle de valeurs qui fondent notre « vivre ensemble », nos réalisations, ce complexe continue de dévitaliser de manière inquiétante notre société. C'est pourquoi, l'objet de ma présente contribution est de rétablir certaines vérités et d'alerter sur le contenu apologétique de ces éléments de langage claironnés à tout va et repris en chœur par les réseaux sociaux pour susciter chez les lectrices et lecteurs non avertis, la précaution à interroger les apparences pour distinguer le bon grain de l'ivraie.

RAPPEL SUCCINCT DES FAITS QUE CACHENT CES ÉLÉMENTS DE LANGAGE :

1)- La Californie, une terre agricole (ce n'est pas du sable, il est important de le souligner), dont les habitants autochtones furent chassés par des colons blancs venus d'ailleurs, véhicule le modèle nord-américain basé sur l'exploitation minière et outrancière, prédatrice, jusqu'à l'épuisement des ressources naturelles dans le seul but de faire du biseness et ce, sans se soucier de la préservation des écosystèmes, et encore moins, de l'état des travailleurs réduits à l'esclavage. C'est vrai que les yankees n'ont pas fait dans la demi-mesure. Ils ont d'abord liquidé des millions d'indigènes et favorisé la ruée vers l'Ouest, présenté comme l'eldorado. Il faut savoir aussi que les terres mises en valeur de la Californie sont irriguées essentiellement à partir de l'eau douce superficielle, donc renouvelable, riche en oligoéléments indispensables à la croissance des cultures, charriée par le fleuve Colorado qui prend sa source dans « les rocheuses » enneigées. Sur ce fleuve qui échoue dans le delta éponyme au Mexique, depuis asséché, sont érigés pas moins de 10 barrages, dont le plus impressionnant retient 45 milliards de m³ d'eau douce. Les surfaces cultivées reçoivent annuellement une hauteur 1.500 millimètres d'eau douce qui a permis l'installation de cultures spéculatives gourmandes en eau.

Quant aux bénéficiaires de cette ruée vers l'Ouest américain, ce ne sont pas de petits exploitants amoureux de la terre, mais bel et bien des latifundistes dont les propriétés s'étendent à perte de vue sur des dizaines de milliers d'ha. La pratique de la monoculture dégageant une plus-value consistante, et l'usage irraisonné des produits chimiques et de synthèse ont détruit à jamais les écosystèmes sur des millions d'hectares, poussant des exploitants à faire venir par avion à partir de lointaines contrées des abeilles pour booster la pollinisation des cultures. Il faut savoir que ces latifundistes ne font pas de l'agriculture pour nourrir l'humanité et contribuer grandement pour chasser la misère de ce bas monde, mais bel et bien pour se remplir les poches en surexploitant les potentialités naturelles et, bien sûr, les humains. Ce qui est certain, c'est le fait que ces derniers n'hésitent pas à abandonner sans aucun état d'âme les lieux dès lors que les conditions agronomiques qui ont prévalu à leurs installations sont épuisées, laissant derrière eux désolation et paupérisation, comme cela a été le cas chez-nous à Gassi-Touil (Ouargla).

La Californie est une fabrique des inégalités, l'ADN de l'idéologie ultralibérale qui a façonné et formaté la société américaine gavée à l'idéologie suprématiste prégnante et de nature hégémonique. Pour avoir une idée des conditions inhumaines de travail imposées par ces latifundistes, il est recommandé vivement de lire la grandiose œuvre littéraire de Georges Steinberg dont le titre à lui seul est édifiant « Les raisins de la colère » parue en 1947. C'est vrai aussi, que l'odeur enivrante et alléchante de l'argent n'a pas de frontières et neutralise tout scrupule.

2)-Plan Marshall : Cet instrument qui porte le nom d'un militaire de carrière formé pour occuper des territoires, tuer, détruire tout sur le passage de son armada, conçu et élaboré par des stratèges étatsuniens et mis en œuvre aux conditions dictées par ces derniers, a permis à ses promoteurs de réaliser deux objectifs essentiels, à savoir :

- S'approprier et vassaliser des peuples d'une Europe meurtrie, exsangue, ruinée par la Deuxième Guerre mondiale ;

- Relancer le développement économique des USA frappés de plein fouet par la récession économique des années vingt.

À l'évidence, de par sa finalité, ce plan qui n'a rien de philanthropique, ne constitue certainement pas un modèle à suivre pour élaborer un plan de développement national orienté vers le progrès partagé.

3)-La démocratie : pour un système de gouvernement qui a à son actif quelques 525 interventions musclées qui ont fait couler le sang de citoyens de contrées lointaines pour y installer la démocratie (ce machin du made in USA), qui constitue un levier que ces derniers n'hésitent pas à actionner pour soumettre, déstabiliser des pays qui osent emprunter une voie autre que celle labellisée « Oncle Sam ».

LA MISE EN VALEUR DES POTENTIALITÉS NATURELLES EN ALGÉRIE :

La mise en valeur au sens où il est question d'exploiter rationnellement les potentialités naturelles, les acquis scientifiques, techniques et technologiques, pour améliorer qualitativement et quantitativement les productions agricoles et les revenus des producteurs, sans détruire les écosystèmes, constitue, de par la situation géographique de notre pays en zone semi-aride à aride, naturellement le passage obligé pour étendre les surfaces agricoles productives.

La mise en valeur des potentialités naturelles, œuvre complexe et exigeante en termes de moyens d'études, de financement, de moyens de réalisation et d'exploitation, s'inscrit dans le cadre d'une agriculture durable respectueuse des écosystèmes. Il demeure entendu que celle-ci ne se résume pas en la réalisation d'un puits ou d'un forage sur les terres concédées alimenté en énergie électrique par l'État, l'installation d'un système d'irrigation fortement subventionné, la culture sous perfusion des cultures spéculatives..., à des fins d'enrichissement personnel.

C'est pourquoi, pendant les vingt premières années de notre indépendance, la mise en valeur des potentialités naturelles avait été confiée à des organismes dédiés spécifiquement à cette tâche d'importance stratégique pour mener à bien les travaux de génie civil, de production d'engrais verts et amendements des sols pour reconstituer la couche arable, le choix et l'installation des équipements, l'application des techniques culturales éprouvées, le choix judicieux des cultures adaptées aux conditions du milieu...

Cette façon de faire fut abandonnée par les décideurs en responsabilité, dès promulgation de la loi 83.18 du 31.08. 1983 portant accession à la propriété foncière agricole par la mise en valeur pour favoriser la destination Sahara présenté comme la future Californie algérienne. Pourquoi pas la future Mitidja ???

Nonobstant les contradictions que comporte la loi et le flou qu'elle installe dans ses objectifs (dans son article premier, la loi fixe les conditions de mutation de propriété portant sur des terres privées agricoles et à vocation agricole et exclue du champ d'application les terres relevant du régime de l'autogestion et du FNRA) elle reste silencieuse sur la nécessité de sauvegarder les écosystèmes et de la vocation originelle des zones d'implantation des projets. Plus grave, la loi stipulant explicitement que l'accession à la propriété par la mise en valeur porte sur des terres relevant du domaine public situées en zone saharienne ou présentant des caractéristiques similaires précise que les actions de mise en valeur peuvent porter sur des travaux de mobilisation de l'eau (sans aucune précision sur l'origine de cette eau, pluviale, souterraine...) et de défrichage...

L'option « sud », cette « Californie algérienne » vendue par les décideurs dès le début des années quatre-vingt, prélude au démantèlement des Domaines Agricoles Socialistes et le transfèrement des terres à haut potentiel agricole qu'ils exploitaient, au privé, où il est désormais possible d'accéder à la propriété foncière agricole, a appâté toutes sortes de candidats mus par des objectifs individuels.

Sans tarder, nous avons entendu des néo-colons appâtés et soutenus par les pouvoirs publics, partis en aventurier à l'affût du Grand Sud qu'ils ne connaissent pas, ignorant tout des techniques les plus élémentaires de mise en valeur, ne disposant pas d'étude technico-économique, se plaindre, souvent pour justifier leurs échecs et demander plus de subventions et de soutien aux pouvoirs publics, du manque de main-d'œuvre et de l'éloignement des centres d'approvisionnement.

Pendant que les projecteurs sont braqués sur cette fantomatique « Californie algérienne », pour entretenir le mythe d'un Sahara grenier de notre pays (ce qu'il n'a jamais été) qui produira pour nous arracher à la dépendance alimentaire, les accapareurs des terres arrachées aux colons au prix du sang, à l'affût de la moindre parcelle, sont détournées de leur vocation agricole et leur destination (produire pour nourrir correctement la population) au profit de zones industrielles, de cultures spéculatives ou carrément bétonnées ou non travaillées.

LES OASIS : UN MODÈLE DE MISE EN VALEUR QUI FAIT ÉCOLE :

Notre Sahara n'est pas et ne sera pas la Californie ! Et à titre personnel, je ne le souhaite sincèrement et objectivement pas, je préfère le label Oasis à celui de Californie et ce, pour plusieurs raisons, d'ordre culturel, civilisationnel, agronomique et symbolique...

1)- L'oasis, cet écrin de verdure dans un océan de sable, évoque une intense aventure humaine qui force le respect et la considération de tous, que l'homme, par son labeur, sa persévérance, son amour de la nature, a patiemment façonné, bichonné, élevé au point de faire corps avec elle. Une oasis suggère un endroit où on se sent bien, où l'on ne manque de rien, un bout de paradis sur terre qui se visite comme une merveille, et suscite de l'admiration pour ces habitants accueillants et hospitaliers à souhait.

2)- En cultivant des espèces adaptées à l'écosystème dont le majestueux palmier-dattier régnant en phénix des lieux, dans un sol qu'il a amendé pour lui rendre sa fertilité, restaurer son complexe humique favorisant la rétention de l'eau, le paysan laboureur pionnier de la mise en valeur à l'échelle humaine et de l'agriculture durable, a mis en place des règles et un code de conduite où le partage, l'entraide, l'hospitalité sont des valeurs légendaires non démenties. D'ailleurs, s'il vous arrive de poser la question à un oasien pourquoi le palmier-dattier, il vous répondra par cette métaphore : « La maison a un toit pour protéger la maisonnée, le palmier c'est le toit de l'écosystème saharien » ! Il protège le sol, la flore et la faune, l'eau et l'homme du soleil... nourrit le biotope et permet l'installation de Ksour, ces établissements humains millénaires qui soulignent fortement le génie de l'Homme oasien, à contrario du « yankee » destructeur et source de malheur pour les peuples du strict minimum de la « kanâa » habitués à la parcimonie, cette valeur primordiale qui façonne le développement durable !

3)- Le système d'irrigation par foggaras, œuvre ingénieuse de nos ancêtres qui témoigne du savoir-faire et du respect qu'ils avaient pour l'eau, cette ressource vitale, demeure la solution appropriée et adaptée aux conditions du milieu naturel. Hélas, cet inestimable patrimoine millénaire, subissant les contrecoups de la pseudo-modernisation de l'agriculture saharienne, risquent l'assèchement, causant le désarroi des petits exploitants de ces oasis exubérantes, fruits d'un travail acharné de populations qui ont donné la vie à des endroits où il ne pleut pas.

SOLUTIONS PRÉCONISÉES :

La mise en valeur est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des aventuriers qui ont pour seul capital l'argent, partis à la recherche de l'Eldorado. Seules des études très poussées élaborées par des équipes pluridisciplinaires (agronomes, géo-nomes, hydrauliciens, botanistes, sociologues, pédologues, économistes...) basées sur des analyses de sol et de l'eau, des enquêtes socioéconomiques, de l'étude de l'écosystème..., peuvent déterminer l'assiette foncière de chaque périmètre à mettre en valeur, donner le descriptif des travaux à engager, fixer le choix des espèces végétales adaptées à cultiver, répondant aux besoins en produits agricoles essentiels de la population... C'est pourquoi il est important de :

1)- mettre en place de véritables périmètres de mise en valeur encadrés par des organismes spécialisés chargés de conduire et/ou de superviser les actions (amendement, drainage, hydraulique, infrastructures, acquisitions des espèces animales et végétales retenues, et des équipements, formations...) à réaliser dans le processus de mise en valeur adapté naturellement aux possibilités agronomiques qu'offre le milieu de façon à exploiter rationnellement les potentialités que recèle la zone considérée en prenant soin de sauvegarder les écosystèmes.

2)- abandonner l'idée répandue consistant à faire croire que le salut ne peut venir que de la grosse exploitation et qui avait conduit à faire des concessions se chiffrant en milliers d'hectares à des individus friqués, excluant de fait les véritables acteurs de l'économie agricole, ces fourmis qui vivent de leur labeur soucieuses de la sauvegarde de la fertilité des sols. Et le meilleur exemple à taille humaine nous est administré par la mise en valeur pratiquée depuis des lustres par les oasiens, ces paysans laboureurs responsables qui rejettent le « après moi le déluge ! ».

3)- admettre que notre Sahara n'est et ne sera pas la Californie pour de multiples raisons agro-pédologique, climatique et hydrographique. Faire le parallèle entre ces deux contrées relève de la tromperie. Notre Sahara, notre « Amazonie », recèle, dans les domaines divers et variés (agriculture, hydrique, tourisme exotique, historique, artistique, sensationnel, culturel...), des potentialités insoupçonnées très caractéristiques. Leur mise en valeur doit se faire dans le cadre d'un plan global visant une exploitation intelligente des ressources respectant le type agriculture oasienne dite « agriculture à trois étages », et les écosystèmes fragiles, comme pivot agrégeant les actions de développement harmonieux, multisectoriel et pérenne de notre Sahara. Il est important de garder à l'esprit que la nature finit toujours par reprendre ses droits !

CONCLUSION :

Envisager de transformer notre Sahara en Californie pour produire notre alimentation essentielle et de façon sécurisée et durable (il est important de rappeler que le Sahara n'a jamais été un grenier à blé), relève de la gageure. Pour s'en convaincre, il suffira de prendre connaissance des édifiants résultats des expériences des périmètres irrigués de Gassi Touil, et de Abadla où le rendement moyen obtenu sur cinq ans ne couvre pas les frais d'exploitation engagés annuellement. Autrement dit, sans l'intervention de l'État à tous les niveaux par le biais de subventions des matériels, des énergies, des semences, d'appui à la production, et de soutien des prix des céréales, cette culture sous perfusion serait abandonnée.

Pratiquer dans notre Grand Sud de la céréaliculture, une culture hautement stratégique, irriguée et sous perfusion dont les produits (nutriments) sont importés, coûte à l'évidence très cher et comporte des risques sur lesquels l'homme n'a pas prise. Tout incident technique, retard de livraison, négligence, accident naturel (sirocco ou gelée coïncidant avec la floraison provoque la coulure...), engendre de graves conséquences sur la récolte et réduit à néant les efforts de toute une année.

Je dois dire que cette propension à copier l'autre, alors que nous avons le meilleur, me fait peur pour l'avenir de l'agriculture dans mon pays. Le modèle d'agriculture pratiquée dans nos oasis, adaptée aux conditions du milieu naturel que l'homme a su préserver pour en tirer respectueusement sa subsistance, son bien-être, à y vivre en harmonie, est à bien des égards, un exemple à suivre et à promouvoir. D'où ces questions lancinantes : sommes-nous plus intelligents, plus prévoyants... que ceux qui ont façonné laborieusement les merveilleuses oasis qui font la réputation positive de notre Sahara, et où l'emblématique palmier-dattier trône en sphinx ? Pourquoi ne pas respecter la vocation agricole originelle de chaque écosystème ? La sagesse voudrait que l'on se remette à faire de l'agronomie... tout simplement !!!

Pour conclure cette modeste contribution, il m'est apparu utile de recommander vivement aux lectrices et lecteurs deux très intéressantes contributions du professeur Abdelkader KHELIL, intitulées : « Quand la canne à sucre et autres cultures industrielles s'invitent dans les oasis » et « Plaidoyer pour la sauvegarde de l'agriculture oasienne » dans lesquelles il a traité avec des mots simples, précis, accessibles et de manière scientifique, la question de la mise en valeur oasienne, publiées par Le Quotidien d'Oran, les 28 mai et 11 juin 2020. Ma contribution s'inscrit dans la continuité de ces deux articles dans la perspective d'un plus large débat autour de cette question majeure qui interpelle tous les spécialistes qui se doivent d'apporter leur concours, afin d'assurer une maturation correcte de cet ambitieux programme de mise en valeur, tout en prenant en ligne de compte les expériences passées et les erreurs enregistrées à ne plus reproduire sous risque de rupture des équilibres des écosystèmes fragiles...

*Agronome