
Après tant
d'années qu'il se trouve sur la table, le fichier national des personnes
démunies s'est-il perdu dans ses recettes de préparation?
Il « est en bonne voie », et plusieurs départements ministériels « seront
associés à son élaboration », a affirmé récemment la ministre de la Solidarité
nationale, Kaoutar Krikou.
Difficile d'évaluer cette appréciation qui ne donne ni taux de réalisation ni
délai pour en terminer avec ce travail qui semble s'éterniser. Un travail resté
en suspens, et qu'on s'attelle à passer en consigne de ministre à ministre, depuis une décennie, au bas mot. Comment y
est-on allé, alors, durant toutes ces années, pour venir en aide à ces familles
nécessiteuses si à la base on ne possèderait aucun fichier de référence pour
identifier cette classe sociale ? Ou agissait-on dans des conditions qui
peuvent cibler les concernés, sans vraiment être en mesure de vérifier ou
contrôler où chute réellement l'aide destinée aux démunis ? D'après des
constats sur le terrain, l'élan de solidarité envers les personnes en situation
précaire n'est pas limité à un seul secteur. De nombreux acteurs ou
organisations interviennent dans ce domaine, en sus du secteur de la
Solidarité, tous agissant dans une autonomie quasi-totale dans la gestion des
ressources matériels et financières, ainsi que des listes ou des fichiers de
personnes démunies propres à chaque acteur intervenant dans ce champ de la
solidarité, dont le Croissant- Rouge algérien, les Associations religieuses
(mosquées) et de bienfaisances, les directions sociales des Assemblées
communales et les administrations de wilayas. Mieux, certains acteurs gardent,
jalousement, leur fichier des personnes démunies et refusent de le partager
avec d'autres par principe de l'indépendance des actions des uns et des autres.
Cela mène à une dispersion des efforts, faisant que certains nécessiteux se
trouvent inscrits sur trois différentes listes, accédant à une triple aide sans
que les distributeurs ne puissent s'en rendre compte, par manque de
collaboration entre eux. Forcément, dans cette organisation désordonnée, il
s'en trouve que d'autres nécessiteux arrivent difficilement à faire parvenir
leur voix. Aussi, faut-il en convenir, cette manière d'agir qui reste localisée
dans des périmètres réduits aux communes, voire aux quartiers, avec ce travail
de proximité propre aux Associations religieuses, ne permet pas d'avoir une vue
d'ensemble sur le plan national qui permettrait aux pouvoirs publics d'établir
un fichier national des personnes démunies.
Le
département de la Solidarité travaille, actuellement, à réunir toutes les
données susceptibles d'aboutir à l'élaboration, dans un proche avenir, de ce
fichier national des personnes démunies, qui permettra d'assurer une meilleure
prise en charge de cette catégorie de la société », selon la ministre, mais
est-ce possible de réaliser cette tâche en impliquant seulement d'autres
départements ministériels ? Vu l'importance de ce fichier national, qui devrait
servir de base pour l'élaboration d'une nouvelle politique qui permettrait à
l'Etat d'en finir avec la politique de subvention des prix aux produits de
larges consommations, en concédant directement l'aide sociale aux concernés, ne
serait-il pas plus adapté de consolider ces listes au niveau local avant de
regrouper au niveau central, tous les fichiers locaux cimentés par un travail
collaboratif entre les différents acteurs agissant dans le domaine ? Sans
oublier le paramètre fréquent des changements périodiques ou mises à jour à
apporter à cette liste, avec les sorties probables d'anciens bénéficiaires, qui
auraient enregistré une amélioration de leur niveau de vie, et l'entrée de
nouveaux prétendants au soutien social suite à la dégradation de leur niveau de
vie. Le mécanisme est simple mais il cherche encore une efficacité dans le mode
opératoire.