
L'Algérie
est-elle le pays le plus heureux ou le plus malheureux au monde?
A supposer que le Malheur tout comme le Bonheur ait encore un sens dans un
monde où vivre, c'est un peu comme se divertir, à âme éperdue, à chasser la
Licorne ! A sonder « l'âme» des Algériens eux-mêmes, l'on se rend bien compte
des raisons à l'origine de la mise à plat du moral national.
Mais selon
une lecture « démythifiée » faite par un médium en smoking-gandoura, les
Algériens sont malheureux parce qu'ils ne savent plus quoi faire ni de leur vie
plate, ni de leur temps qui avance à rebours de leur âge, ni même de leur pays,
si grand qu'il donne le vertige. Comme le vide cosmique. Poussant plus loin la
cryptanalyse psycho-physico-sociologique, le médium, né sans le souffle de la
vie, parle de ces Algériens qui ont perdu jusqu'à l'envie de célébrer le Nouvel
An comme cela se fait sous des cieux plus « riants », tellement, sous le toit «
ombrageux » de notre grande maison, les années se suivent mais ne se
ressemblent pas, un peu comme un homme qui court à perdre haleine derrière son
ombre chinoise sans jamais réussir un jour qui viendra à la rattraper. Mais à
interroger l'histoire ancienne mais aussi la nouvelle sur les raisons
cabalistiques d'un tel « coup de savate » au moral des Algériens, d'aucuns, en
regardant par le chas de nos contradictions
existentielles, y voient le « résultat trop logique » de celui qui veut jouir
d'un rire zygomatique sans jamais faire frétiller le moindre muscle ni de sa
bouche ankylosée ni même d'une seule de ses paupières atrophiées. D'autres
croient d'une foi cosmogonique que pour être heureux, il faut d'abord croire
que la joie vit elle-même heureuse parmi ceux qui courent après elle. Mais sans
jamais réussir à faire la course avec elle (la joie) avec en face, ceux qui en
profitent comme le fait un ver de terre livré à son cadavre esseulé. Un peu
comme un ballon de football rempli d'air: il y a ceux
qui courent après sans jamais attraper le bout de son bout, ceux qui tirent
dedans pour atteindre leur but, et ceux qui jouent avec pour montrer aux autres
que l'on peut devenir heureux juste en différenciant entre son pied gauche et
sa jambe droite. Etre heureux comme un martyr qui n'a rien vu, c'est un peu se
mettre dans la peau d'un homme qui a cessé de vivre, c'est-à-dire, selon une
philosophie nirvanique, ne rien voir de ses yeux, ne rien entendre de ses
oreilles, ne penser à rien, ne s'en éprendre de rien, ne rien sentir de tous
ses sens éveillés. Mais comment un peuple dont la terre a engrangé 1000
milliards de dollars en vingt ans peut-il être malheureux ? La réponse, au-delà
du poncif démoralisant du « à pays riche, peuple pauvre », est peut-être dans
le passé d'un pays privé du droit de vivre pendant trop longtemps avec un passé
qui hante les adultes et un présent qui refuse net de prendre la peau d'une
peine de bonheur à perpétuité pour les plus jeunes ! Parce qu'un peuple qui
croque la vie d'une mâchoire brisée n'a pas d'autre choix que de rêver à un
monde dit « meilleur ». Quand il n'a reçu de la vie qu'un seul cadeau: le désespoir, qu'est-ce qui lui reste encore à
perdre ? Seul son malheur peut alors devenir son seul courage? A donner une
folle envie de vivre à une dépouille exhumée « réchauffée » des profondeurs
abyssales de la terre !