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Rencontre Trump - Kim Jong-un Poker menteur

par Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med

Après avoir «déchiré» l'accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump laisse planer le doute sur sa rencontre avec le leader nord-coréen. Donald Trump est-il vraiment pour la non-prolifération des armes nucléaires ?

La probable, éventuelle, inévitable, évidente rencontre entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un tient le monde en haleine et cela amuse le président américain Trump... et les médias. Comme le suspense qui caractérise les fictions dans les romans noirs où le dénouement ne se fait qu'aux dernières lignes du dernier chapitre. A la différence qu'il s'agit pour le cas de cette confrontation Usa - Corée du Nord d'une histoire vraie avec des acteurs vivants qui jouent avec les nerfs du reste du monde, flirtent avec le risque d'une déflagration régionale, voire mondiale, qui menace la paix et la vie de millions de gens. Le monde a les yeux fixés sur la date fatidique du 12 juin comme celle du basculement dans un «autre monde» que celui vécu à ce jour par l'humanité. Une sorte de l'au-delà angoissant, terrifiant. On ne parle plus ici du risque d'une guerre conventionnelle, d'un conflit localisé pour des enjeux économiques. Derrière la guéguerre diplomatique américano-nord coréenne apparaissent des bombes nucléaires 100 fois plus puissantes que celles lancées sur Hiroshima et Nagasaki à l'été 1945. A proximité de la tension américano-nord coréenne, il y a la Chine et la Russie qui disposent elles aussi de quelques milliers d'ogives et bombes nucléaires et qui observent, jaugent, prévoient au cas où... Voilà le reste du monde qui tremble et prie pour que l'apocalypse ne s'abatte sur tous, y compris sur les Américains et les Coréens du nord. C'est ce qu'ont compris Donald Trump et Kim Jong-un et jouent dessus et avec. Pour quel but? La Corée du Nord ne représente aucun intérêt économique pour les Usa, déjà installés en Corée du Sud et au Japon. Mais alors pourquoi Donald Trump en fait une obsession? Enjeu stratégique disent les spécialistes en la matière. Lequel ? La limitation de la prolifération des armes nucléaires et la menace sur la paix mondiale affirment en chœur diplomates et autres analystes. D'ailleurs, c'est le même scénario joué contre l'Iran par ce même Donald Trump et ses amis.

Sauf que Trump a «déchiré» l'accord sur le nucléaire iranien, c'est à dire courant le risque de pousser l'Iran à relancer son programme nucléaire militaire. Autrement dit Trump souhaite, d'une part la destruction de l'arsenal nucléaire de la Corée du Nord et pousse, d'autre part, l'Iran à l'éventualité d'en fabriquer. Face à autant d'inconséquence et de coups portés au consensus international sur la question de la «prévention du risque de guerre nucléaire», les autres puissances ont claqué la porte à la logique américaine: elles restent dans l'accord nucléaire iranien et se préparent à toute aventure américaine en Corée du Nord ou en Iran. Particulièrement la Russie et la Chine voisines de la Corée du Nord. Cela Donald Trump le sait. Du moins ses conseillers en la matière le lui soufflent. Du coup, les tergiversations de M. Trump sur sa rencontre avec le leader nord-coréen ne s'apparentent plus qu'à un jeu de surenchère gratuite destiné plus à faire peur au reste du monde et à satisfaire son égo démesuré qu'à aller jusqu'au bout de sa menace et à appuyer sur le bouton nucléaire. C'est pourquoi aussi les signataires de l'accord sur le nucléaire iranien n'ont pas suivi Trump dans ses provocations envers l'Iran. Ne pouvant compter sur l'engagement et la parole américaine, les signataires de l'accord iranien nouent entre eux et avec le reste du monde d'autres stratégies sur tous les plans: économique, commercial, sécuritaire, etc.

En continuant à agir et changer d'avis sur les questions du monde, en persistant dans ses surenchères et provocations sur le fragile équilibre des forces dans le monde, Donald Trump isolera de plus en plus son pays avec les conséquences que cela induit pour le peuple américain. Un peu comme la Corée du Nord qui l'obsède.