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Macron plutôt à droite qu'à gauche

par Pierre Morville

Emmanuel Macron, 8ème président de la Vème République, s'était décrit comme «ni de gauche, ni de droite ».

Mais il a pris comme Premier ministre, Edouard Philippe. Cet inconnu du grand public est maire du Havre, député du grand parti de droite, Les Républicains. Il a été secrétaire général de l'UMP, la formation qui a précédé la formation des Républicains et enfin, c'est un très proche d'Alain Juppé. Bref, un Premier ministre clairement à droite. Et le gouvernement annoncé hier ?

Parmi les désignés, dans 7 ministères stratégiques :

Affaires étrangères: Jean-Yves Le Drian

Armées: Sylvie Goulard

Intérieur: Gérard Collomb

Economie: Bruno Le Maire

Justice: François Bayrou

Travail : Muriel Pénicaud

Transition écologique: Nicolas Hulot

Sports: Laura Flessel

Parmi ceux-ci on compte un nombre donc un certain de personnalités de droite et du centre. Mais Emmanuel Macron a réussi son 1er coup, après son élection surprise en nommant comme Pemrier ministre, Edouard Philippe : il a réussi à fracturer la droite. Deux camps s'opposent, en effet, d'ores et déjà chez les Républicains, le principal parti de la droite traditionnelle. Avec les débauchages à droite d'Emmanuel Macron, ce parti se voit couper en deux, entre les tenants de la droite modérée, partisane d'une alliance avec Macron, et ceux d'une droite dure qui souhaite être clairement dans l'opposition, au nouveau gouvernement. Edouard Philippe peut, en effet, convaincre d'autres personnalités de droite de le rejoindre, en soutenant de fait le gouvernement et le mouvement ‘La République en Marche', le nouveau nom de la formation impulsée par Emmanuel Macron. Déjà, les supporters d'Alain Juppé et Bruno Le Maire, deux candidats exclus de la primaire, à droite, au bénéfice de François Fillon appellent au soutien au gouvernement.

Plus modéré, Alain Juppé lui-même a, néanmoins, qualifié Edouard Philippe d' « homme de grand talent » qui a « toutes les qualités » pour être Premier ministre, tout en réaffirmant qu'il soutiendrait les candidats de droite aux législatives. En réalité, il dit qu'il faut attendre le résultat des législatives : car « si la droite et le centre ne sont pas majoritaires » en juin, « le pays ne comprendrait pas que nous nous engagions dans une opposition systématique. Il faudra, alors, trouver les voies et les moyens d'un travail constructif, dans l'intérêt de la France », a insisté le maire de Bordeaux.

De l'autre côté de Républicains, il y a des opposants déjà nettement déclarés à Emmanuel Macron. Déjà, il y a tous ceux qui excluaient de voter pour lui au second tour de la présidentielle. « Il a commencé, dans sa jeunesse, au Parti socialiste (NDLR : il était rocardien) . Il revient juste à ses premières amours », se moque Nadine Morano, dans les colonnes du ‘Parisien'.

Le chef de file de la droite aux législatives, François Baroin à qui François Fillon avait promis la place de Premier ministre en cas de sa victoire , veut incarner l'opposition de droite au nouveau gouvernement et se défend de toute collaboration avec celui-ci, et surtout au niveau parlementaire : « Ce que propose Emmanuel Macron, c'est du dynamitage (...), ce n'est pas une recomposition politique », a estimé François Baroin sur RMC/BFMTV, jugeant que « la recomposition, c'est les Français qui vont le décider, sur la base d'un projet clair, au moment des élections législatives ». « Ce sera projet contre projet », a-t-il affirmé, faisant état de « désaccords profonds » entre son camp et celui d' ‘En Marche', notamment en ce qui concerne la fiscalité et la hausse de la CSG voulue par le camp Macron.

Des législatives décisives et très ouvertes

La prochaine étape sera, évidemment, les législatives dont le 1er tour se déroulera le 11 juin et le 2è, le dimanche suivant. Au Front national, c'est à droite toute. La première liste de candidats aux élections législatives confirme le recentrage très radical de la stratégie de Marine Le Pen, qui lors de la campagne présidentielle avait tenté de gagner les voix populaires par des promesses très « sociales ». Sa nouvelle campagne veut transformer la leader du FN en «chef naturel de toute l'opposition » à Macron. A l'occasion de ces élections, le secrétaire du mouvement Nicolas Bay identifie « de vraies perspectives de victoire » : dans 45 circonscriptions, Marine Le Pen a « la majorité absolue » au second tour de la présidentielle, et « entre 45% et 50% des suffrages » dans 67 autres.

Côté PS, on se remet, difficilement, du très faible score de Benoît Hamon (6,3%), le plus bas depuis 1969, enregistré par ce parti. La aussi la division règne entre les responsables, élus locaux et députés qui ont, d'ores et déjà, rallié le nouveau président Macron et ceux qui penchent plutôt pour incarner une opposition. Tous ont, en tous cas, compris qu'Emmanuel Macron ne souhaite aucun accord de gouvernement avec le PS, ni même avec ses « sortants ». Manuel Valls, l'ancien Premier ministre de François Hollande en a fait l'amère expérience: alors qu'il annonçait son ralliement à Macron, celui-ci à été sèchement refusé par le mouvement ‘En Marche' Le mouvement ‘France insoumise' de Jean-Luc Mélenchon et la direction du PCF ne sont, toujours, pas parvenues à un accord pour les élections législatives. Le Parti communiste a dévoilé une liste de 253 candidatures, pour faire pression sur son allié pour la présidentielle de mai 2017. La formation de la ‘France insoumise' est déterminée à profiter de l'élan de la campagne présidentielle où Jean-Luc Mélenchon est arrivé 4ème et présentera ses propres candidats sur les 577 circonscriptions. Il sera, lui-même candidat à Marseille, avec des chances de victoire dans la 3ème ville de France Et les sondages ? Selon l'étude de l'organisme ‘Kantar' réalisée les 4 et 5 mai 2017, seulement 34% des Français souhaitent qu'Emmanuel Macron dispose d'une majorité pour gouverner. La simulation de ‘Kantar' donne, également les intentions de vote. Le parti d'Emmanuel Macron est crédité de 24% des voix, l'alliance LR-UDI de 22% des suffrages, le FN de 21%. Derrière ces trois formations, la gauche apparaît éclatée : la ‘France insoumise' est créditée de 15% des suffrages, le PS de 9% des voix. Mais tout peut changer très rapidement…