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Changeons de méthodes en passant de la précipitation à la participation et l'anticipation (1ère partie)

par Djahed Benyounès*

Un projet de développement ou de réforme de loi de quelque nature que ce soit, engage et génère des impacts qui doivent être identifiés et quantifiés dans le temps et l'espace au moment de l'étude.

C'est la gestion prévisionnelle des événements qualifiée par le principe de l'anticipation Dans notre pays je suis persuadé qu'on ne tire pas de leçons des expériences précédentes bien qu'elles aient coûté temps et argent en plus de résultats allant de médiocres à catastrophiques pour la nation. Parmi toutes les répercussions, la plus remarquable dans le domaine des aptitudes et du savoir, bases fondamentales du développement : c'est d'avoir inculqué chez les candidats tous cycles confondus, le besoin, voire la nécessité d'aller le plus loin possible dans les études, par tous les moyens, y compris la fraude ou la falsification.        

Cette situation est la conséquence directe de la dévalorisation des diplômes principalement dans le pourvois d'emplois.

Une synthèse rétrospective des principales réformes confirme cette affirmation. Il y a près d'un demi-siècle commencèrent les changements dans les différents cycles de l'éducation et d'enseignement, l'arabisation de l'enseignement, modification du mode d'examen du baccalauréat (une seule session au lieu de deux) ont été décidés ; suivit une décennie plus tard par la disparition des écoles normales alors qu'elles formaient des enseignants de qualité, ou du moins d'une grande moralité, discipline et rigueur, s'ensuit l'amputation des programmes des sciences du savoir dans les CEG (CEM) et lycées (zoologie, botanique, géologie, biochimie, génétique… biochimie, etc.) remplacées par des notions du savoir-faire (pédologie, agriculture, élevage… etc.), surviennent ensuite la disparition des CEA et CET et la transformation des centres de formation professionnelle en instituts, (formation universitaire parallèle)…, mettant fin ainsi à la formation de main-d'œuvre qualifiée et de maîtrise ainsi que celles d'ouvriers professionnels (électricien, maçon, menuisier, ferronnier, mécanicien etc.) dont le pays a indubitablement besoin.

Les évaluations faites ces deux dernières décennies sur la situation générale, telle que perçue par les différentes parties du secteur, font ressortir que les politiques adoptées n'ont pas donné les résultats escomptés, et la preuve est faite par la proposition de nouvelles réformes! Donc les questions qu'on devrait se poser à juste titre : que visaient toutes les réformes précédentes ? Pour quel coût à la nation ?… et faut-il présentement tout remettre en cause et retourner à la case départ ? Et le fait qu'on veuille de nouveau réformer ces secteurs prouve bien que les réformes étaient soit inappropriées, soit mal appliquées …et donc ce qu'on pourrait qualifier par le vocable de précipitation.

Actuellement les débats sur des probables améliorations semblent se limiter à la langue d'enseignement des matières scientifiques, cause essentielle des déperditions et échecs à tous les niveaux. Pour d'autres, les constantes de l'identité et de la composante nationale ne doivent en aucun cas faire l'objet de débat ou réforme pour quelque motif que ce soit.

Ignorant ainsi tous les autres facteurs et aléas qui peuvent être à l'origine des « mauvais résultats » enregistrés par l'enseignement et ses répercussions sur la nation.

Alors la question qui se pose est: pourquoi ces perpétuelles expérimentations, réformes, et remises en cause de ce qui a été mis en application, qu'ont-ils apporté de remarquable au système de formation depuis 1962 à ce jour ? La réponse la plus évidente qui vient à l'esprit, ce sont des expériences coûteuses, non rentables et parfois irréversibles, voire catastrophiques, pour le système éducatif, non pas parce que les réformateurs n'avaient pas de compétence, mais c'est la méthodologie adoptée qui est à remettre en cause.

Aussi je pense et je crois avec conviction qu'il est impératif de changer d'approche et de mettre fin aux débats antinomiques, stériles, et sources d'opposition et de division.  Sachant que tous changement ou projet qui n'a pas une adhésion massive et un consensus majoritaire rencontrera des entraves et par conséquent est voué à l'échec.

Cette fois-ci encore, il m'est avis que les objectifs visés par les réformistes et anti-réformistes ne visent point la perfection et la qualité des enseignements et d'aller vers l'élitisme, seul processus en mesure d'induire une dynamique pour développer, améliorer et résoudre les problèmes auxquels est confrontée notre nation. On sait qu'une élite formée est capable de constituer une force motrice à même de tirer vers la perfection de l'usage des sciences et de l'éducation.

Selon les informations rapportées par la presse, l'appréciation de la situation de l'éducation se base uniquement sur le taux des réussites et des échecs pour évaluer la qualité des enseignements dans les différents paliers (exemple: 60% d'échec en 1er année LMD) et donc les objectifs serait fondamentalement liés seulement à la fluctuation des taux de réussites, donc si les statistiques s'élèvent, alors c'est que tout va bien. Les avisés et précautionneux savent qu'on peut leur faire dire ce qu'on veut aux statistiques, et à mon avis les meilleurs indicateurs de bons résultats de l'enseignement c'est le développement et la disparition des écueils quotidiens ; autrement dit, c'est viser la qualité et non la quantité.

Pour mémoire et en comparaison avec ce qui se passe dans les pays développés, les taux élevés de réussite des différents cycles d'enseignement sont relatifs, et s'expliquent par une sélection rigoureuse et stricte à tous les niveaux d'enseignement, et de ce fait n'arrive aux grades les plus élevés de l'université qu'une faible minorité, possédant de réelles capacités et aptitudes d'assimilation et de compréhension, le reste est orienté au fur et à mesure vers des formations professionnelles, arts et métiers etc.

En outre, en ce qui concerne l'handicap linguistique pour la compréhension et assimilation, je peux affirmer sans équivoque que la langue ne présente qu'un faible désavantage lorsque l'apprenant est bon ; preuve à l'appui, des Algériens sont revenus porteurs d'honorables titres et diplômes à partir de pays comme la Russie, Bulgarie, Suède, Angleterre, USA…alors qu'ils ne maîtrisaient pas du tout leurs langues.

En plus de ces divergences, il semblerait que les réformes ne sont en fait que des mesures palliatives ne faisant pas l'unanimité chez le corps des enseignants censés appliquer les nouvelles dispositions d'enseignement. Le commun des mortels sait que la non-adhésion massive à un projet de développement du sommet à la base est à coups sûr voué à l'échec. D'ailleurs, la qualité première d'un dirigeant c'est sa capacité à convaincre et non à contraindre et les plus grandes réussites sont généralement le résultat de compromis et c'est la méthode dite de participation.

Comment déterminer nos insuffisances dans l'enseignement ? Un simple examen de ce qui se passe tous les jours sous nos yeux et autour de nous est révélateur d'une problématique profonde, complexe et de manque de compétences (qualité et capacité d'engager de vrais changements en mesure d'améliorer des situations données)… en effet, malgré la disponibilité de diplômes de valeur internationale dans tous les domaines, obtenus de surcroît dans les universités prestigieuses de pays développés, et pour lesquels l'Etat a déboursé des sommes colossales… ils n'ont pas la confiance des décideurs ou sont très mal employés ou exploités.

Et donc nous continuons à vivre les maux de la vie quotidienne, entraves, misères, complications, embarras, dus aux mauvaises formations et/ou utilisations… malgré toutes les volontés, les compétences et les richesses de la nation… alors manquons-nous de génie ? Pour :

- Importer au lieu de produire et d'exporter, productions faibles ou de qualités médiocres…

- Ouverture des administrations aléatoires (9 h ou 9h 30 ?)…ferment à 12h, rouvrent à 14h et cessent l'activité à 15h 30 c'est du continu-discontinu, la charge horaire quotidienne ne dépasse pas les 5heures !

- Dos-d'ânes et pattes d'oie pour réguler la circulation au lieu et place d'une gestion informatisé de la circulation, sachant que ce mode de ralentissement de la circulation facile coûte des pertes astronomiques au pays sur le plan économique et environnemental.

- Des radars pour réduire les accidents, or le taux d'accidents n'a pas baissé pour autant.

- Des permis de conduire sont délivrés après des cours et examen, et pourtant tout le monde roule à gauche, pas de respect de la priorité, des signalisations, des feux de circulation, des sens interdits…etc.

- Chômage invisible et déguisé au lieu de la création d'emplois stables et rentables.

- Des ordonnances médicales comprenant de 05 à 07 médicaments (voire plus), avec l'espoir que l'un d'entre eux fera de l'effet.

- Disparition des facteurs et du courrier physique, les factures d'eau et d'électricité sont transmises par SMS…, et celui qui ne dispose pas de portable ou ne sait pas lire ? On exige des enveloppes timbrés aux lycéens et étudiants dans les dossiers d'inscription mais ne reçoivent jamais de courrier.

- La rue en guise de garderie, terrains de jeux, loisirs et d'éducation pour les enfants.

- Schwarzenegger pour résoudre les problèmes de gestion des déchets solides; alors que nous disposons d'une batterie de lois et textes en mesure de faire des jaloux dans les pays les plus développés dans le domaine.

- Des étrangers pour construire des routes, bâtiments (logements), etc. faute de main-d'œuvre spécialisée.

Toutes ces contraintes sont les résultats de mauvais diagnostics et résolutions se limitant au traitement des symptômes et non des causes qui concourent au sous-développement. Ces situations ne sont pas dus au manque de savoir mais à sa mauvaise utilisation, ou plus précisément à l'absence d'éducation civique et morale, du manque d'imprégnation au sens du devoir et des obligations, à l'apprentissage au comportement en communauté et à la vie en société; toutes ces valeurs de citoyenneté sont logiquement cultivées (culture) dans les écoles et les lycées…ceci est un tout petit aperçu sur les résultats et les lacunes des formations reçus « ne dit-on pas que science sans conscience n'est que ruine de l'âme».

A suivre

*Retraité de l'enseignement supérieur