Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Quatorze manifestants arrêtés: Affrontements entre policiers et habitants de la cité «Boudraa Salah»

par Abdelkrim Zerzouri

Chaude soirée à la cité «Boudraa Salah». Les habitants de ce quartier ont entamé leur mouvement de protestation dans l'après-midi du dimanche, aux environs de 14h, en procédant au blocage de la route de la descente vers El Menia, au rond-point situé en milieu de cet axe névralgique de la circulation routière ; chose qui a provoqué une asphyxie totale sur tous les axes d'accès au centre-ville et ceux menant vers plusieurs quartiers satellites de la ville. C'était « un après-midi d'enfer » pour les automobilistes et les citoyens qui rentraient chez eux. Les habitants de la cité ont, à plusieurs reprises, ces derniers jours, bloqué la route qui passe, en contrebas de leur quartier, mais cette fois, ils ont ciblé cet axe stratégique de la RN 79, pour faire plus de pression sur les pouvoirs publics qui n'ont pas voulu, selon leurs dires, répondre, favorablement, à leurs préoccupations, leur relogement en l'occurrence. Le coup d'éclat a été réussi : toute la ville a entendu parler de cette manifestation, et bien évidemment, les autorités locales. En début de soirée, donc, la route était, toujours, bloquée par les manifestants qui ont parsemé la route de pierres et de pneus enflammés. Dans la nuit du dimanche au lundi, un impressionnant renfort des services de sécurité a été dépêché sur les lieux pour libérer la route. Le chef de Sûreté de wilaya, lui-même, s'est déplacé sur les lieux pour débloquer la situation. Le chef de la police locale a pris langue avec un groupe d'habitants, tentant d'apaiser les esprits et promettant aux manifestants que leurs préoccupations seront transmises à qui de droit. Mais rien à faire, les protestataires campent sur leur position, exigeant la présence du wali sur les lieux. Le chef de Sûreté tentera, encore, de discuter avec un second groupe de représentants des manifestants, sans les convaincre de stopper leur mouvement de protestation. Pis, le chef de Sûreté et les officiers qui l'accompagnaient ont été ciblés par des jets de pierres. Immédiatement, les responsables se mettent à l'abri, laissant place nette à un autre langage. Ainsi, les éléments d'intervention sont entrés en action. Les manifestants ont été dispersés, après avoir été arrosés à l'eau chaude, lancée par les camions de la police. Après avoir tenté de ramener le calme parmi les habitants, les services de sécurité sont, donc, passés à l'action, usant de la force pour disperser les manifestants et ouvrir la voie aux automobilistes. La situation dégénère et les affrontements entre policiers et manifestants ont imprégné un rythme d'émeute, durant une longue partie de la nuit du dimanche au lundi, à la cité ?Boudraa Salah'. On nous signale, dans ce contexte, que 14 manifestants ont été arrêtés par les services de sécurité et transférés vers le Commissariat central. Des policiers ont été touchés par des jets de pierre mais sans provoquer de sérieuses blessures dans leurs rangs. Hier, encore, les manifestants ont investi la rue, continuant leur mouvement de protestation et exigeant leur relogement. « La goutte d'eau qui a fait déborder le vase a été la réponse négative qui leur a été donnée par le chef de daïra de Constantine, lors d'une audience avec des représentants des habitants, dans la matinée du dimanche », nous ont appris des habitants. Ces derniers rappellent que « les habitants avaient obtenu de fermes promesses de la part de l'ex-chef de daïra, ce dernier leur ayant assuré qu'ils figuraient, dans la liste des quartiers à reloger, et les concernés ont été très déçus lorsqu'ils ont entendu le nouveau chef de daïra leur dire le contraire !».

Pour rappel, les habitants de la cité ?Boudraa Salah' vivent dans des conditions très pénibles. Le quartier date de l'époque coloniale, la cité ayant été réalisée, dans le cadre du Plan Charles de Gaulle, et ce qui ajoute, encore, à la dégradation des lieux, c'est que plusieurs bâtiments, inoccupés depuis le relogement des habitants, sont devenus de véritables nids de délinquance, où tous les vices sont pratiqués, et ce, malgré les nombreuses descentes opérées par les services de sécurité.