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Le FMI : pour la «bazardisation» de l'économie

par Benallal Mohamed

« Les sept fautes sociales de l'humanité sont la politique sans principes, la richesse sans travail, le plaisir sans conscience, la connaissance sans volonté, les affaires sans morale, la science sans humanisme et la religion sans sacrifice. » Gandhi.

On devrait admettre, après le discernement de l'évolution financière de la situation économique de l'Algérie et ce depuis la fin des années 70. La dette algérienne était globalement la conséquence directe des intérêts composés cumulés. Le capital servait la consommation, ces intérêts deviennent exorbitants lorsque le système factoriel mathématique se met en marche dans le temps (long terme) et que l'Etat devrait, par principe moral et juridique, honorer les acteurs débiteurs des marchés monétaires mondiaux sur lesquels l'Algérie avait été obligée d'emprunter pour faire remuer ses outils ou plutôt caresser la paix sociale, subventions, consommation, gaspillage…..

La question que nous devrions poser à chaque instant, pour chaque responsable, comment un pays comme l'Algérie se dit être souverain, ayant en plus en stock la matière première, la matière énergétique et la matière grise, peut-il accepter d'être sous le joug d'ordonnances des acteurs des marchés externes ? Le contresens prend toute sa dimension politique, économique et culturelle lorsqu'on mesure la catastrophe subie par l'Algérie sous l'effet des directives draconiennes du FMI.

La Grèce est en train de payer la facture aujourd'hui, ce que l'Algérie avait subi comme pression de tous horizons avec sa dette de 31 milliards, et le risque existe aujourd'hui et peut à tout moment se reproduire. Malheureusement pour l'Algérie, cette fois-ci l'indépendance politique est en jeu ?

Battre monnaie sans raison est le corollaire de la monnaie du singe.

Nous essayons de «depuzzler» les politiques et les agrégats économiques et ce depuis le début des années 80.

1* -La période 1970-80 la situation économique du pays était caractérisée par un investissement colossal à taux d'intégration appréciable, (les industries industrialisantes), le taux d'investissement était à l'époque largement supérieur au taux démographique, la croissance économique écartait devant ce fait tout phénomène de chômage, le bien-être matériel englobait l'ensemble des régions du pays. La planche à billets était fonctionnelle à tel point que la masse monétaire surpassait de loin la quantité de biens et services sur le marché national.

Dans un système dit libéral, l'inflation provoquera systématiquement un désordre général de valeurs. Le système économique dirigé dit socialiste de l'époque faisait que les prix étaient administrés. Par conséquent, l'inflation se manifestait autrement, c'est-à-dire sur les chaînes humaines devant un bien et service limités offerts sur le marché et non sur le prix. Les premiers bénéficiaires étaient les Messieurs «bien placés» ; aujourd'hui ce sont toujours les «gros rentiers» qui bénéficient des mêmes avantages hier. C'était leur responsabilité d'être un Grand Monsieur et aujourd'hui le gros salaire fait d'eux de Gros Messieurs.

La période de participation et de placement des outils de production, une nouvelle situation qui devrait être mise en œuvre, c'est-à-dire la phase de production de ces investissements ajoutés à une bonne gestion qui entrait dans le cadre du modèle de développement de l'époque. Ce long terme a été interrompu par une politique de désinvestissement de l'époque de « Brahimi la science », et d'absence de modèle de développement, période de Chadli, le peuple misérable manquait de gruyère, de fromage, d'outils et de biens de luxe, les achats externes contre remboursement, les A.I.V on vendait des zodiacs à Bechar, les 350 fr. étaient insuffisants pour l'allocation touristique.

L'argent épargné destiné à l'investissement du temps de Boumediene, en plus des emprunts effectués de l'extérieur, était utilisé pour la dépense de consommation directe, jusqu'en 1985 où la chute brutale du prix du pétrole et l'ampleur de la dette faisaient que le «politique» propose officiellement au peuple de faire la grève de la consommation (fameux discours de Chadli). Une force pour le changement issu d'un mode de vie hideux et misérable, force de système économique via la loi 88 où la liquidation, la privatisation de l'outil de production et le FMI faisaient la «une» quotidienne du mauvais remue-ménage de la maison économique algérienne. On va essayer maintenant de rassembler un peu le puzzle pour comprendre les mécanismes monétaires et les forces en présence. Ces mécanismes ont fait et feront plier l'Algérie et son peuple qui les compose, en les mettant littéralement à genoux puis en curatelle. L'Algérie abusait trop de son droit régalien de «battre monnaie» des singes à sa guise en dehors des normes monétaires, financières et économiques, c'est-à-dire qu'elle était autorisée à créer de la monnaie nationale, en l'occurrence le dinar, pour ses propres faux besoins, avec son instrument régalien et légitime qui est la BCA (Banque centrale d'Algérie) et son entreprise d'émission.

L'Algérie était tributaire, pieds et mains liés, du marché financier international faute de ressources suffisantes en provenance de l'extérieur à part la rente pétrolière. Pour mieux comprendre le phénomène, il faut savoir qu'un pays qui crée la monnaie ne devrait pas s'endetter selon le principe régalien, car il existe dans le mécanisme un certain nombre de leviers monétaires, à savoir le taux d'intérêt et le taux de change par rapport aux devises (monnaies étrangères), qui devraient se ramener à un équilibre de valeurs aujourd'hui 1$ équivaut à 100DA.

Par contre, la dette, par les variations des taux de change et d'intérêt, ressemble au même titre avec le même mécanisme économique sur les variations de l'offre et la demande, pour entraîner un équilibre des prix sur le marché des biens et services comme ceux des marchés financiers. Le taux de change et le taux d'intérêt sont des éléments clés qui permettent d'équilibrer le mécanisme « de l'offre et de la demande monétaire » en terme financiers ; ce qui veut dire aussi un équilibre du différentiel de compétitivité en termes économiques dans le marché international. Cette notion est importante dans la mesure où elle nous permet de bien comprendre la difficulté qui existe entre les pays pauvres et les pays riches en terme de compétition financière et d'échange. Comme par exemple :

*Un pays non compétitif ou inadapté sur la qualité et la quantité des biens et services produits, ne pourra avoir qu'une monnaie faible (dévaluation de la valeur) ce qui se passe pour notre DA qui pratique le jeu du toboggan (glissement sans frein).

*Pour un pays à forte économie, la baisse de la valeur de sa monnaie sera favorisée par un avantage compétitif sur les prix des biens et services. Ces prix seront plus faibles, de l'extérieur, en devises étrangères ; cela favorisera les exportations.

C'est à partir de ce mécanisme que se trouve la raison de la destruction des économies des pays les plus faibles comme l'Algérie, et il s'ensuit des hausses drastiques et irrémédiables du chômage qui veut tout dire en termes économiques. Ajoutez l'absence de modèle de développement, absence de projet de société, absence de bonne gouvernance, absence de normes et de valeur socio-économique.

 La solution immédiate dans une économie maîtrisable ne pourrait être qu'une baisse effective du coût de production des biens et services suivie d'une baisse de toutes les prestations sociales (coût social insupportable cas de la Grèce d'aujourd'hui et de l'Algérie de demain). Les réformes sont importantes sinon essentielles, elles permettent d'augmenter la compétitivité et de sortir d'une économie moribonde vers une économie étudiée pour permettre la survie du système économique.

Les leviers de l'économie nationale (taux de change et taux d'intérêt) ne sont pas efficaces ni appropriés dans ce modèle ou système de « bazardisation » (le taux d'intérêt à atteint 22% chez Khalifa Bank). Il s'agit de réévaluer l'esprit du travail et miser sur la productivité du travail comme norme de travail, avec un passage obligé de la réduction du niveau de vie en commençant par les « gros rentiers ».

Dans notre mode de production, il est le moins productif, il s'agit dans un premier temps de réduire selon un coefficient de rationalisation les dépenses sociales, les dépenses de santé, les dépenses de services publics, les dépenses de retraites, les dépenses de l'armée, les dépenses des moudjahidine, etc. Ce processus de réduction de la dépense se nomme la « rigueur » ! Les budgets devront être équilibrés. Le déficit budgétaire n'est plus permis, et la dette n'est plus possible avec une productivité en dessous de zéro. Notre système actuel où la synarchie prime nous revient à dire, selon une ancienne philosophie datant de la «République» de Platon où le statut de celui qui dirige le système est décrit. Qu'il soit politique, économique, financier ou idéologique, pour Platon, si on veut réduire il faut être discipliné et ordonné. Selon Platon, l'oligarque est quelqu'un qui sait se tenir, parce qu'il a un intérêt au système. Cela nous amènera à dire que l'oligarchie détruit obligatoirement tout ce qui n'est pas rentable en terme économique.

Vous avez probablement compris pourquoi on nous occupe à longueur de journée, de mois et d'années avec des problèmes de sociétés (bureaucratie, populisme, violence, islamisation, football….) pendant que les décisions importantes, qui touchent notre avenir mais aussi celui du pays et de la nation, sont prises à notre insu et ailleurs. Le peuple algérien est manipulé comme ce troupeau de moutons (ceci n'est pas une insulte mais une évidence caractérisée) et ce depuis des années, car la ploutocratie rentière a su infecter cette société via le Bazar de son économie spéculative. Ce n'est pas trop tard, il ne faut plus chercher la faute, chercher plutôt le remède pour construire le bien, le beau, l'agréable et surtout l'utile…