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La
manifestation grandiose qui a réuni, ven dredi place Tahrir, plus d'un
million de Cairotes a été sans effet sur la détermination du Conseil suprême
des forces armés à passer outre les deux exigences scandées par les
manifestants. A savoir le report des élections législatives et la remise du
pouvoir aux civils par les militaires.
Le Conseil suprême des forces armées ne s'est pas incliné devant la place Tahrir et a ignoré l'appel de Washington le pressant de donner immédiatement suite à la demande de transfert du pouvoir aux civils, parce que, nous semble-t-il, sûr d'avoir l'aval de l'Egypte profonde et la bienveillante neutralité du mouvement des Frères musulmans, intéressé à ce que les élections législatives se tiennent au délai fixé par les militaires. C'est pourquoi, bien que les anti-CSFA et partisans du report des élections législatives occupent toujours la mythique place Tahrir, l'armée a fait ouvrir les bureaux de vote hier, au jour donc arrêté par le CSFA. Premier pari gagné pour les militaires, puisque l'opération s'est déroulée sans incidents notables et qu'apparemment, il y a eu affluence d'électeurs dans ces bureaux de vote. Pour autant, il faut se garder de conclure que le CSFA a remporté le bras de fer qui l'oppose aux occupants de la place Tahrir. Rien ne dit en effet que l'affluence populaire vers les bureaux de vote constatée ce lundi, premier jour du scrutin, se vérifiera pendant tout le long du processus électoral appelé à s'étaler sur plusieurs semaines. Les partisans du report pourraient en effet prendre des initiatives aptes à dissuader les électeurs à s'y rendre. Ce qui durcira inévitablement leur face-à-face avec l'armée et provoquera un basculement vers la confrontation entre eux. C'est que les occupants de la place Tahrir et les forces politiques qui appuient leurs revendications sont animés eux aussi par la détermination d'empêcher les généraux du CSFA de réaliser le plan de sortie de la crise tracé par eux, considéré comme favorisant les desseins de l'institution militaire et non le triomphe des idéaux de la révolution qui a fait tomber Moubarak. Rien n'est donc joué en Egypte au premier jour du scrutin. L'armée fera tout pour montrer qu'elle contrôle la situation et est en phase avec la majorité du peuple égyptien. Bien implantés dans la population et jouant de leur influence, les Frères musulmans feront tout eux aussi pour persuader les électeurs de ne pas suivre le mot d'ordre de boycott lancé par la place Tahrir. L'enjeu est pour eux de gagner ces élections en restant dans les bonnes grâces de l'institution militaire. Tactique qui leur a fait prendre leurs distances avec les partisans du retrait total des militaires du champ politique et accepter le processus de transition tel qu'arrêté et mené par ces derniers. Tout se jouera donc sur le climat dans lequel se dérouleront ces élections législatives et l'ampleur de la participation populaire au scrutin. Chaque camp espérant que ces deux facteurs auront l'effet convergent qui fera triompher le but recherché par lui. C'est dire toute la volatilité de la situation qui règne en Egypte en ces jours qui vont être déterminants pour son avenir. |
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