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Mali : un enchaînement d'événements qui étaient prévisibles

par Kharroubi Habib



L'agenda des autorités de la transition au Mali que préside Diancounda Traoré exclut l'option d'une solution politique à la crise dont le Mali est le théâtre. C'est par tactique qu'elles ont accepté de prendre part au processus de dialogue incluant des groupes armés de la rébellion touareg du nord du Mali, proposé par les médiations burkinabé et algérienne. Processus qu'elles ont bloqué par leurs atermoiements à s'engager franchement dans des négociations de paix avec cette rébellion malgré la renonciation par elle à la création de l'Etat azawad au nord du Mali et à toute alliance avec les groupes terroristes et narcotrafiquants qui sévissent dans la région. Elles n'ont fait acte de présence à Ouagadougou qu'avec l'espoir qu'en faisant traîner l'entame véritable du dialogue politique, le temps serait donné aux préparatifs de l'intervention militaire internationale, qui est la seule qu'elles envisagent pour le règlement du conflit malien.

Ansar Eddine, l'un des groupes armés du nord du Mali à avoir accepté d'entamer le dialogue avec ces autorités, avait pourtant averti celles-ci que le temps du dialogue ne saurait s'éterniser et qu'il n'était pas dupe de ce que cachait leur valse-hésitation à ouvrir de vraies négociations avec la rébellion touareg. Il avait clairement menacé de cesser de prendre part au dialogue si celui-ci n'a pour objectif que de maintenir le statu quo dans la crise malienne qui offre aux partisans de la solution militaire l'avantage de préparer et de peaufiner leur plan d'intervention au nord du Mali.

Avertissement et menace qui ont rendu prévisibles des initiatives de la part de la rébellion du nord du Mali destinées à briser le statu quo en train de jouer en faveur des partisans de l'intervention militaire internationale dont les autorités de transition à Bamako. L'attaque jeudi par des groupes armés du Nord des dernières localités de cette zone sous contrôle de l'armée régulière malienne a incontestablement fait voler en éclats le statu quo. Depuis jeudi, les événements se précipitent dans la crise malienne. Le vent de panique provoqué à Bamako par l'offensive de la rébellion et la débandade de ce qui reste d'armée malienne a permis aux partisans de la militarisation de la crise de se départir du faux-semblant de ne pas être fondamentalement réfractaires à une solution politique. Le président Dioncounda Traoré a ouvertement appelé à une intervention militaire internationale au plus vite, immédiatement si possible, et officiellement invité la France à venir au secours des autorités maliennes.

L'enchaînement des événements depuis l'ouverture à Ouagadougou du processus de dialogue inter-malien se produit comme ont dû l'espérer les officines et les milieux qui au Mali et ailleurs ont travaillé à rendre impossible l'aboutissement de ce processus. Paris obtient tout ce que la France voulait. Les autorités françaises sont officiellement saisies d'une demande malienne d'intervention directe de leurs forces militaires. Le Conseil de sécurité de l'ONU n'aura pas à redire si François Hollande décide d'engager l'armée française au Mali, car il a donné jeudi son aval à une intervention internationale rapide au Mali qu'il sait n'être possible que si la France en assure militairement l'essentiel.

Mais Dioncounda Traoré dont les revirements et les reniements sont cause pour une grande part de l'impasse dans laquelle a été remisée la solution politique, peut-il légitimement faire prévaloir l'option militaire alors qu'il est très fortement contesté au sein de la classe politique et de la société malienne ? A preuve les manifestations qui ont éclaté jeudi à Bamako et ailleurs au Mali exigeant son destitution et l'ouverture d'un véritable dialogue national pour la paix et l'unité du pays.