Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

LA DERIVE DES ELITES

par K. Selim

La France n'est pas un pays arriéré, les progrès de l'éducation sont réels et continus malgré les éternels débats sur le recul du niveau scolaire. Et dans certains segments, le savoir français est en pointe. Voilà un pays où l'irrationnel devrait avoir été réduit à la portion congrue, insignifiante. Quand le président de la République en titre, qui joue sa réélection, claironne que le « halal» est au cœur des préoccupations des Français – il y a deux semaines seulement, il estimait que la polémique n'avait pas lieu d'être –, on ne doute pas vraiment de la réception d'un tel discours par le rationalisme des Français.

On ne doute pas mais on constate qu'une partie de la droite dite «républicaine», terme utilisé pour la différencier de l'extrême droite et des néofascistes, en vient à manquer singulièrement de respect pour les Français et à insulter carrément leur intelligence. Après l'absurde association entre vote des étrangers et le « halal» d'un ministre de l'Intérieur français, tellement obsédé par les musulmans qu'il les voit comme des étrangers même quand ils sont français, le très effacé Premier ministre François Fillon a décidé d'apporter son obole à cette basse manipulation. Le thème a été lancé par le leader d'un Front «national» qui s'impose comme l'inspirateur des débats de la droite française et de sa crétinisation accélérée.

Pourquoi tenter de faire croire que le halal est la principale «préoccupation» des Français ? Il est clair qu'en l'absence de bilan à défendre et hors de tous scrupules moraux et éthiques, on embraye sur les peurs, les haines et la fabrication de l'ennemi extérieur. Jean-Luc Mélenchon constatait, avec une ironie mordante, que Marine Le Pen «veut nous faire croire qu'on attrape l'islam par le manger !» : elle met «sur la table comme ennemi public, premièrement les musulmans, deuxièmement les juifs» avec les viandes halal et casher.

Le propos concerne plus que Mme Le Pen, mais une partie de la droite institutionnelle présumée «respectable» et «républicaine». Les Français n'étant pas des demeurés – l'école a fait son œuvre malgré tout –, ils décodent parfaitement que l'objet de la vindicte n'est pas un rituel d'abattage mais des «étrangers», des «races», des «couleurs» et des «religions». On peut être contre le vote des étrangers sans développer un argumentaire raciste et odieux. Dans la majorité des pays de la planète, le droit de vote est limité aux nationaux. Accorder un droit de vote aux étrangers dans des municipalités est un progrès, une idée généreuse et parfois motivée par des raisons pratiques. Mais le refuser n'est pas une hérésie non plus. A condition de ne pas se fonder sur des argumentaires racistes et imbéciles. Associer le halal et le vote des étrangers est une assertion insultante pour l'intelligence des Français. Et même des faire-valoir de la «diversité» comme Rachida Dati n'ont pu empêcher de constater que l'on est en train d'assimiler les «musulmans français à des étrangers».

Mais peut-être faut-il féliciter MM. Sarkozy, Fillon et Guéant pour leurs positionnements. Leurs outrances les situent à mille lieues de ce qui fait le meilleur de la France…