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Les vierges effarouchées du Golfe et leurs prête-mouchoirs européens
par Jamal Mimouni* Le spectacle
diplomatique actuel offre une mise en scène d'un cynisme rare. Alors que l'Iran
subit des frappes massives ciblant non seulement ses capacités nucléaires, puis
militaires, mais désormais ses infrastructures vitales, raffineries et ports,
une étrange mélodie s'élève des capitales du Golfe. Entre condamnations
feutrées et appels à la « désescalade », ces monarchies jouent la carte de
l'innocence bafouée. Pourtant, derrière ce rideau de fumée, la réalité
technique et militaire dément leur prétendue neutralité : ces États ne sont pas
des spectateurs, mais les rouages essentiels de la machine de guerre qui frappe
leur voisin.
La fiction de la neutralité aérienne Pour rassurer leurs opinions publiques et s'épargner des représailles, les pays du Golfe affirment haut et fort interdire l'usage de leur espace aérien pour des frappes directes contre l'Iran. Cet argument est une duperie technique. Dans la guerre moderne, l'agression ne se résume pas au passage d'avions dans un couloir aérien.En abritant des bases américaines qui servent de tremplins opérationnels, ces pays fournissent l'infrastructure invisible sans laquelle l'attaque serait impossible. Ces bases sont des nœuds de gestion de guerre : elles opèrent le brouillage électromagnétique, la dégradation des signaux GPS adverses et le guidage des missiles et avions. Permettre à ces bases de fonctionner, c'est, de fait, signer l'autorisation d'attaquer. L'argument de la souveraineté de ces États est d'autant plus pathétique qu'ils n'ont, en réalité, aucun droit de regard sur ce qui se passe à l'intérieur du périmètre des bases américaines. Le personnel local n'a aucun moyen de vérifier si un missile d'interception est tiré pour protéger le territoire hôte ou pour intercepter des projectiles visant Israël,tout en coordonnant les mouvements aériens qui vont bombarder le sol iranien.De plus, leurs radars et leurs avions leur ont été livrés bridés, y compris les AWACS saoudiens de reconnaissance électronique, et seulement après avoir reçu l'aval d'Israël. Ces installations sont en dernière analyse des enclaves d'agression qui ont transformé les pays du Golfe en boucliers actifs pour l'allié israélien, En acceptant d'être des centres de surveillance et de communication pour le compte de Washington, ces monarchies se sont constituées complices de fait, perdant toute légitimité à jouer les « saintes-nitouches » lorsque le conflit s'embrase. L'ami insignifiant et les prête-mouchoirs européens À ce tableau s'ajoute le rôle tout aussi déshonorant des puissances européennes, symbolisée jusqu'à la caricature par une diplomatie française dont l'insignifiance n'a d'égale que l'hypocrisie. Le président Macron, dans une pirouette rhétorique dont il a le secret, a déclaré l'attaque « contraire au droit international » tout en affirmant que l'Iran l'avait provoquée par ses « actions déstabilisatrices ». Ne pourrait-on pas, suivant cette même logique, invoquer les actions «déstabilisatrices » que la France mène au Maghreb, au Sahel et en Afrique en général, et ce depuis des décennies, pour justifier une guerre contre elle ? Ces « prête-mouchoirs » européens accourent au chevet des pleurnicheurs du Golfe, condamnant fermement les réactions iraniennes tout en restant étrangement aphones face à l'agression flagrante, massive et non justifiée menée par les États-Unis et leur « âme damnée » Israël. Ce « deux poids, deux mesures » décrédibilise totalement la parole occidentale : on ne peut se draper dans le droit international tout en tolérant l'agression d'un État souverain et la tentative actuelle de son asphyxie économique par la destruction de ses infrastructures vitales. Conclusion : Une Realpolitik de la lâcheté Le réveil sera brutal pour les pays du Golfe. En pariant sur une protection américaine qui n'est, en réalité, qu'une plateforme d'attaque, ils ont transformé leurs territoires en cibles légitimes. L'attaque contre le Qatar par Israël en Septembre dernier contre les hauts responsables du Hamas, dont Khalil al-Hayya et de surcroit toute l'équipe de négociation Palestinienne pour un arrêt des hostilités à Gaza, a été menée au vu et au su des États-Unis, ce qui prouve amplement ce point :elle démontre l'inanité de la «protection» offerte, alors même que le Qatar abrite sur son sol la base d'Al-Udeid, la plus grande installation militaire américaine de toute la régionet en fait le centre névralgique du CENTCOM. De leurs gémissements actuels, l'histoire ne retiendra ni leur prétendue « neutralité », ni leur statut de victimes, mais leur rôle de base arrière dans une entreprise de déstabilisation régionale sans précédent. Entre le cynisme des agresseurs et la duplicité des hôtes, la vérité du terrain est claire : le Golfe n'est plus un espace de paix, mais un poste de commandement avancé du «Ministère de la Guerre», nouveau nom du Pentagone sous l'administration Trump. *Université Constantine1, Constantine |
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