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Livres
Marjane - Roman de Malika Chitour Daoudi. Casbah Editions, Alger 2025, 138 pages, 1300 dinars L'auteure explore, cette fois-ci (mais, aussi, pour ne pas changer), les lointaines et fabuleuses contrées comme la Perse, l'Ouzbékistan et la Chine. Tout en exhumant leur passé historique. Loin, très loin, trop loin de l'Algérie et de ses problèmes. Même le titre est... persan. Peut-être pour nous rappeler l'histoire de la « route de la soie » ? Fuyant la maison de sa mère suite aux incessants assauts nocturnes de son beau-père, Marjane, âgée de 16 ans, part d'Ispahan, vêtue comme un garçon pour une nouvelle vie. Bien avant le lever du jour, Marjane dit adieu à son père, enterré dans le cimetière d'Esfahan, avant de prendre la route vers Samarkand, le crâne rasé et les seins bandés. Son père, qui connaît désormais son secret, restera en pensée, à ses côtés. Sur la route qui mène à Samarkand, elle rencontre maître Li, un sage « non-voyant » (du moins c'est ce qu'il fait croire) plein d'enseignements qui lui fait découvrir le monde. Il narre avec justesse sa vie et son expérience à Marjane tout en lui ouvrant les yeux sur ce voyage périlleux. Défile donc l'histoire de la Chine à travers la voix de maître Li avec la révolte de Taiping (XIXe siècle) et le traité de Nankin. Le récit met en relief l'impact délétère des Occidentaux, notamment anglais, dans cette partie du monde afin d'imposer aux Chinois le commerce du « parfum noir » (l'opium). Durant ce voyage avec des caravaniers, la jeune fille apprend les idéogrammes du mandarin et à tisser les tapis. Va-t-elle rester à Samarkand ou poursuivre son exil jusqu'en Chine ? Le destin de Marjane est-il déjà scellé ? La romancière nous embarque dans une épopée en dévidant le fil de sa mémoire en symbiose avec la mémoire collective de ces civilisations anciennes, dont leurs cultures et leurs civilisations remontent à plus de deux millénaires. Une belle narration qui slalome entre la fiction et la réalité et qui permet de mieux aborder cette partie du monde et de son histoire. L'Auteure : Née à Alger. Opticienne installée à Constantine. Première publication, «La Kafrado, un nouveau départ» (2021) et un deuxième ouvrage, «La Kafrado, sangs mêlés, terre mosaïque» (2023). Extraits : « Toute langue est ouverture vers un univers. Chacune d'elles véhicule une culture, richesse, à terme, une arme contre un ennemi dont on pourra connaître la pensée et anticiper les intentions. Si tu apprends à écrire une langue étrangère, tu transmettras tes idées au-delà de ton horizon et tu sèmeras des graines dans l'esprit de l'autre, tu attireras l'attention du plus grand nombre... » (pp 23-24), « La lèpre ronge le corps. L'opium rouge ronge nos esprits (...).Il va jusqu'à violer nos âmes » (p 61), « La fortune fond comme la neige au sommet de la montagne qui, elle, ne bouge pas. Comme la culture, les sciences, les arts et la poésie. Surtout la poésie, c'est le rayon de soleil en pleine tempête. La poésie t'aide à respirer quand tu étouffes, elle révèle la beauté des choses qui paraissent insignifiantes. Elle te fait pleurer et sourire à la fois. Elle est la musique du langage » (pp 92-93). Avis - Un roman « hors de notre temps et de notre espace ». Un bel exercice de style mélangeant prose et poésie .Tout simplement ! Et, comme toujours, une très belle couverture avec une illustration réalisée par de l'auteure elle-même. Du deux en un ! Citations : « Quand nous passons notre existence de voyant à voir sans vraiment regarder, à passer devant les choses essentielles de la vie, nous finissons par n'avoir qu'une connaissance superficielle du monde » (p 16), « Les poètes ne voient pas les choses comme tout le monde. Ce qu'ils ressentent, ils l'expriment d'une manière inattendue (...).C'est pourquoi la lune, là-haut, est leur amie » (p 35), « Tout peu disparaître, sauf les traces que laisse ton nom sur les pages des livres d'histoire. Rares sont les fortunes qui résistent au temps » (p 92), « Notre monde est fait de fragiles équilibres et d'interactions continues entre les éléments. La moindre petite vibration apporte un trouble, aussi vrai que la plus fine plume dessine des ondes sur la surface de l'eau » (p 127). L'Âne d'or ou Les Métamorphoses - Roman de Apulée (traduit par Désiré Nisard). Editions l'Odyssée, lieu d'édition (????), 2009, (Imprimerie Arc en ciel, Tizi Ouzou), 274 pages, 500 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en août 2029. Extraits pour rappel. Fiche complète in www.almanach-dz.com/société/bibliotheque d'almanach) Parti de Thessali (berceau de la lignée maternelle), notre héros, Lucius va se retrouver, un jour de bonne fortune amoureuse et mû par la (mauvaise ?) curiosité, transformé en... âne. La belle et accorte servante Photis s'était trompée de potion magique (...) Il traversera le pays de bout en bout, changeant de propriétaire, volé ou vendu moult fois, frôlant la mort (échappant même de peu à la «casserole»), cajolé - rarement - pour «services rendus», ayant même eu pour «maîtresse», à Corinthe, une riche criminelle assez dévergondée (une «cougar» des temps anciens) «condamnée aux bêtes». Des brigands, un jardinier, un boulanger, un meunier, un ânier, un groupe de prêtres débauchés, un «acteur» de théâtre... Mille et une vies, mille et une misères (infligées par les hommes... et les femmes), et quelques rares plaisirs (...). La route se terminera à Rome avec de nouvelles initiations (Osiris, cette fois-ci) et la réussite professionnelle en tant qu'avocat. Une religiosité et de la foi (en un ou plusieurs dieux) qui s'avèrent payantes ! L'Auteur : Apulée (en latin Lucius Apuleius, en berbère Afulay), est né vers 125 à Madaure, actuelle M'daourouch (...). Il se désignait lui-même comme mi-Numidien et mi-Gétule. Son père était duumvir (membre du gouvernement bicéphale de la ville. (...). Il est mort probablement après 170. Ecrivain, orateur et philosophe médio-platonicien. (...) Apulée a aussi écrit des poèmes, et a publié des discussions sur divers thèmes, en particulier philosophiques, ainsi que des discours. Une grande partie de ses œuvres a été perdue. Extraits : «Ma jeunesse studieuse a fait ses premières armes par la conquête de la langue grecque. Transporté plus tard sur le sol latin, étranger au milieu de la société romaine, il m'a fallu, sans guide et avec une peine infinie, travailler à me rendre maître de l'idiome» (p 5. Prologue), (...), «Que voulez-vous ? telle est la flamme de l'amour. Au premier abord ce n'est qu'une douce chaleur dont la sensation est délicieuse ;mais à la longue le feu devient fournaise, et son ardeur dévorante consume l'homme tout entier» (p 164), «Allez maintenant, stupide cohue, vautours en toge, allez vous récrier sur le trafic universel de la justice au temps où nous sommes, quand, aux premiers âges du monde, un homme, arbitre de trois déesses, a laissé la faveur lui dicter son jugement .Or, c'était l'élu du maître des dieux, un homme des champs, un pâtre qui, ce jour-là, vendit sa conscience au plaisir ; entraînant ainsi la destruction de toute sa race» (p 247). Avis - Un style qui date (d'autant que la traduction, du latin au français, est assez méticuleuse, respectueuse de l'époque et de ses manières de dire et d'écrire), mais des histoires passionnantes nous plongeant dans un autre monde... qui n'est certes plus mais qui a été le nôtre... et une humanité qui n'a pas changé. De la philo, de la magie, du rêve, de la réalité toute crue... dans le 1er roman du monde. Attention lecteur ! «Le plaisir est au bout !»(...) Citations : «Vous ne savez guère à quel point la prétention aveugle. Un fait est-il nouveau, mal observé, au-dessus de notre portée, c'est assez pour qu'il soit réputé faux. Examinée de plus près, la chose devient évidente et, qui plus est, toute simple» (p 7), «Pour combien de gens, esclaves ou pauvres hères, notre condition (de voleurs de grands chemins) n'est-elle pas préférable au régime que leur impose le despotisme ou le besoin ?» (pp 143-144), (...) |
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