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La liaison toujours mal desservie: L'urgence d'une mise à jour du circuit routier Oran-Arzew

par Houari Saaïdia

Le réseau routier reliant Oran à Arzew, dont le principal itinéraire RN 11 qui dessert plus de 90% du trafic entre ces deux villes, est au bord de l'asphyxie. Faute de projets structurants en matière de connexion routière, Arzew, la ville comme le pôle pétrochimique, est aujourd'hui mal desservie. Le gel qui frappe toujours le projet de la liaison entre le port d'Arzew et l'autoroute Est-Ouest et celui de la voie littorale Est n'arrange en rien la situation. Ficelée depuis plus de douze ans et remisée depuis au fond d'un tiroir, l'étude de la pénétrante autoroutière devant relier la ville d'Arzew et son port à l'autoroute Est-Ouest, appelée sommairement pénétrante du port d'Arzew, n'est pas près de revoir le jour. Bien qu'il relève du schéma directeur routier et autoroutier 2005-2025, élaboré par le ministère des Travaux publics dans le cadre du plan national d'aménagement du territoire, ce projet structurant fait encore et toujours les frais de l'austérité budgétaire.

Les responsables locaux du secteur n'ont à vrai dire pas besoin de forcer le trait pour revendiquer la pertinence de ce projet, tant le dossier a force probante. Il est en tout cas très défendable en termes de priorité. Mais en cette conjoncture financière de plus en plus contraignante, avec son lot fort incommodant de mesures de rationalisation de dépenses et de gel d'opérations d'équipement, la corrélation finance-priorité n'est plus un principe de base. La série des projets dits prioritaires -tous secteurs confondus- remis aux calendes grecques est longue. Le projet de la pénétrante d'Arzew en est un.

LE POIDS DES PROJETS GELÉS

Il est à rappeler que c'est le bureau d'études SETOR qui a confectionné l'étude du projet de cette grande voie qui servira à la fois de contournement de la ville pour le poids lourd et de jonction rapide entre l'intra-muros (le centre d'Arzew) et l'autoroute Est-Ouest. Le maître d'œuvre a dans son étude mis au point les meilleures variantes de passage de cette liaison autoroutière et en a fixé les coûts avec une bonne fiabilité. SETOR a, pour rappel encore, vu l'attribution de ce marché d'étude suite à un appel d'offres national et international restreint, pour un montant de 97,7 millions de DA, pour un délai contractuel de 8 mois. Techniquement, il est question de relier l'infrastructure portuaire d'Arzew à l'autoroute Est-Ouest, comme cela est en train de se faire pour le port d'Oran -localement- mais aussi pour l'ensemble des ports du pays dans le cadre d'un schéma national. Relevant du vaste programme d'investissement public, à savoir : le PCSC au titre de l'exercice 2010, ce projet a un double objectif. D'abord, il permettra de relier le port d'Arzew à l'autoroute Est-Ouest. Ensuite, il mettra en place une jonction autoroutière, entre l'infrastructure portuaire d'Arzew et la bretelle autoroutière d'Oran. Prévue sur un linéaire de 40 km -selon une estimation approximative-, cette liaison routière comprendra des ouvrages d'art et des échangeurs dont le type et le nombre devaient être fixés par l'étude confiée à SETOR. On sait déjà, en revanche, que le tracé de cette jonction autoroutière passera, de près ou de loin, par les territoires de six grandes localités : Arzew, El Mohgoun, Hassi Mefsoukh, Benfréha, Boufatis et Oued Tlélat.

La réalisation d'une telle pénétrante entre la ville d'Arzew et son pôle pétrochimique portuaire ainsi que toute la zone industrielle intégrée et l'autoroute Est-Ouest induira des avantages certains pour l'ensemble de la région, dont les plus importants sont: l'amélioration des conditions de déplacement et gain de temps, le désengorgement des axes actuels, l'amélioration du trafic routier des marchandises hors hydrocarbures et celui d'hydrocarbures transportables par route, la diminution du nombre d'accidents, la fixation des populations rurales et le désenclavement des zones traversées, le développement des activités industrielles, agricoles, artisanales et touristiques de la région, etc.

LA VOIE LITTORALE ORAN-KRISTEL HORS D'USAGE

Cette connexion autoroutière est qualifiée de vitale, à moyen terme, par les gestionnaires du port d'Arzew, dont le trafic maritime, y compris hors hydrocarbures, ne cesse de croître. De leur point de vue, elle vient en amont avec le projet d'extension de ce port, qui vise à augmenter sa capacité d'accueil et à développer le trafic de marchandises hors hydrocarbures, en premier lieu. Réaliser plus de deux tiers d'une route, à coups de plusieurs dizaines de milliards, puis geler le projet au nom de l'austérité budgétaire, cela porte un nom : le gaspillage. Le mot n'est pas assez fort dans le cas de la fameuse Corniche-Est, tant la décision de mettre au frigo ce chantier, alors qu'il en était à sa dernière ligne droite, frise l'insensé. Entre-temps, et en attendant une éventuelle prise de conscience -qu'on ne voit pas venir en tout cas- et un hypothétique dégel de l'opération, les 14 kilomètres réalisés depuis plus de dix ans, pour une lourde facture de 195 milliards, sont toujours «hors service» et se dégradent à petit feu. Bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis la réception de la 1ère tranche du projet sur 9,5 km de cette liaison littorale Arzew-Kristel via Cap Carbon sur 25 km. Quel est le sort de ce projet structurant qui allait «ouvrir des perspectives économiques en termes d'emplois et de services touristiques, développer le littoral-Est d'Oran notamment de par son impact sur les zones d'extension touristique (ZET), permettre une seconde liaison entre Arzew en tant que ville, site portuaire et pôle pétrochimique, tout à la fois, et la ville d'Oran avec effet d'entraînement sur les localités côtières intermédiaires dont notamment Cap Carbon et Kristel» ?

BOUCLE NON BOUCLÉE

On a pour le moment, plus de douze années plus tard, une belle route neuve en corniche mais hors d'usage. Arborer le prétexte de la politique de rigueur budgétaire comme impératif dicté par la conjoncture pour mettre à l'arrêt prolongé, voire définitif si la crise venait à perdurer, un projet stratégique dans lequel on avait déjà consommé une épaisse enveloppe budgétaire de l'ordre de 200 milliards et qui de plus était à deux pas de la ligne d'arrivée et inscrire postérieurement des programmes neufs assez onéreux mais de moindre impact, cela est pour le moins aberrant.

Incohérent. Cela n'a pas été toujours le cas, le projet de la voie littorale Arzew-Kristel, doté d'une autorisation de programme (AP) de 300 milliards à la faveur d'un réajustement de l'AP initiale, en est un exemple édifiant.