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Ghaza: Les «portefeuilles numériques», l'autre menace

par Mohamed Mehdi

Samedi, 132e jour du cessez-le-feu, Israël continue ses violations de l'accord de Charm Al-Cheikh, faisant des centaines de martyrs et davantage de blessés depuis la signature du «plan de paix», dans ce qui semble être une démarche menée en total accord avec l'administration Trump.

Dans son rapport statistique publié hier, le ministère de la Santé a fait état de 9 nouvelles victimes des attaques israéliennes, dont 1 martyr et 8 blessés, lors des précédentes 24h (dimanche).

Le bilan des victimes, depuis l'accord de cessez-le-feu du 11 octobre 2025 (respecté uniquement par la partie palestinienne), passe ainsi à 615 martyrs et 1.651 blessés, ainsi que 726 corps retirés des décombres. Le nombre cumulé des victimes du génocide israélien à Ghaza, depuis le 7 octobre 2023, passe à 72.073 martyrs et 171.749 blessés.

Hier matin, trois Palestiniens ont été blessés par les forces d'occupation israéliennes à l'est de la ville de Ghaza, a rapporté l'agence d'information Wafa. Citant des sources médicales, l'agence explique que les tirs de l'armée israélienne ont ciblé un groupe de Palestiniens près du carrefour de Shuja'iyya, à l'est de la ville de Ghaza. Par ailleurs, des navires de la marine israélienne ont détruit un bateau de pêche appartenant à deux jeunes hommes au large de Sheikh Ajlin, au sud-ouest de la ville de Ghaza, ajoute la même source.

Détérioration de l'état de santé du journaliste Bani Mufleh

Dans une déclaration publiée dimanche, le Syndicat des journalistes palestiniens a tenu les autorités d'occupation israéliennes «pleinement responsables de la grave détérioration de l'état de santé du journaliste Mujahid Bani Mufleh, récemment libéré des prisons israéliennes», rapporte Wafa. L'agence palestinienne rappelle qu'au lendemain de sa libération, il y a environ un mois, le journaliste «avait été transféré d'urgence à l'hôpital Istishari de Ramallah où une hémorragie cérébrale lui avait été diagnostiquée».

Le syndicat a expliqué que l'état de Mujahid Bani Mufleh, âgé de 36 ans et père de trois enfants, «s'est davantage aggravé depuis son hospitalisation», rappelant que durant «sept mois de détention», le journaliste «a subi une négligence médicale délibérée, des traitements médicamenteux inappropriés» et soumis à «de la torture et de privation de nourriture systématiques».

Le communiqué appelle les organisations internationales à «ouvrir une enquête urgente sur l'attaque perpétrée contre leur collègue, Bani Mufleh», ajoutant que le syndicat «informerait toutes les institutions compétentes, notamment la Fédération internationale des journalistes, afin qu'elles prennent des mesures conjointes pour mettre fin à ce qu'il a qualifié d'assassinat délibéré et systématique de journalistes palestiniens», ajoute Wafa.

Les «portefeuilles numériques», un instrument de génocide

L'organisation Euro-Med Human Rights Monitor a mis en garde, dimanche, contre des «projets israéliens et américains» visant à créer des «portefeuilles numériques» afin de supprimer l'usage de l'argent liquide pour davantage de contrôle de la bande de Ghaza. L'objectif, ajoute l'ONG, est de transformer l'enclave en une «économie dépourvue de souveraineté financière» et «l'imposition d'une transition vers une économie numérique gérée par des entités extérieures alignées sur Israël». «L'accès à l'argent et aux transactions essentielles passerait ainsi d'un droit fondamental à un privilège révocable, rendant la nourriture, les médicaments et le logement dépendants des décisions sécuritaires et des évaluations militaires», ajoute l'Observatoire.

Pour Euro-Med Monitor, le projet d'introduction des portefeuilles numériques comme «solution technique» pour la reconstruction de Ghaza «masque une nouvelle phase de contrôle de la population et une dépendance économique croissante envers Israël».

«Cette stratégie transforme la technologie financière en un instrument programmable de régulation collective, permettant une surveillance en temps réel, des restrictions arbitraires et le gel sélectif des fonds dans un contexte de blocus et d'occupation persistants, sans que les Palestiniens aient la souveraineté sur leurs données, leurs systèmes financiers, leurs conditions opérationnelles ni la possibilité de s'y opposer», lit-on dans le communiqué de l'ONG.

L'Observatoire considère que «toute infrastructure numérique mise en place sous occupation ou tutelle internationale, sans pleine souveraineté palestinienne sur les données et les systèmes financiers, risque de devenir un instrument de contrôle et d'assujettissement collectifs».

Euro-Med Monitor avertit que «la création d'un système financier numérique sous contrôle israélien pourrait servir d'outil de coercition généralisée contre les Palestiniens, notamment les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains». «Les portefeuilles numériques pourraient être gelés sur la base d'une simple décision, ou des individus pourraient se voir attribuer des étiquettes de sécurité générales, entraînant la perte d'accès à leurs fonds sans contrôle adéquat, sans procédure régulière ni recours. Cette situation risque de rendre les droits fondamentaux à l'alimentation, aux soins médicaux et au logement, dépendants de jugements sécuritaires non contrôlés», souligne le communiqué.