
En marge du festival culturel national de
la chanson engagée qui a été clôturé mardi soir, s'est tenue une exposition
consacrée au noble équidé et ses métiers. Parmi les exposants, Yassini Rabah, l'un des derniers maréchaux-ferrants
d'Algérie.
Rabah est l'un des trois maréchaux ferrants
encore en activité dans une wilaya considérée comme le berceau originel du
meilleur compagnon de l'homme. Mailloche, tricoises, brochoir, dégorgeoir,
rogne-pied..., autant d'outils neufs et vieux qu'expose Rabah au niveau d'un
stand érigé dans le hall de la maison de la culture et des arts « Ali Maâchi » de Tiaret. Sur des photographies exposées, on voit
Rabah sortir entre deux tenailles un fer rougi qu'il martèle sur son enclume.
Des outils, rôdés par le temps, sont exposés au public. Pour Rabah, ce métier
ancestral est en train de lutter pour sa survie. Mais la passion de cet art
ancestral lui fait parcourir tout le pays pour parer et ferrer des chevaux
qu'il dit « connaître sur le bout des sabots ». « L'outillage de la ferronnerie
coûte cher et presque totalement importé de l'étranger », se désole-t-il. « Une
seule ferrure coûte aujourd'hui près de 40.000 DA, ce qui grève les frais des
propriétaires de chevaux de course », ajoute-t-il. Formé par des maîtres
étrangers dans le domaine de la maréchalerie, Yassini
Rabah, au vu de sa longue expérience et son savoir-faire, est sollicité par
tous les centres équestres du pays, les propriétaires privés de chevaux de
course et même par les étudiants en sciences vétérinaires. Formé dans plusieurs
métiers du cheval dont la sellerie-bourrellerie, Rabah nourrit le rêve de créer
une école privée dans le domaine de la maréchalerie, pour transmettre son
métier ancestral aux jeunes. «Aucun centre de formation en maréchalerie
n'existe en Algérie, le métier continue toujours à se transmettre de maître à
apprenti », nous explique-t-il. Avec l'apparition des fers «mécaniques», le
métier de maréchal-ferrant « est en danger d'extinction », s'inquiète Rabah.
Métier dur et ingrat, il n'attire presque plus personne. Il nécessite une bonne
condition physique surtout, et des connaissances en anatomie équine. L'Algérie
comptait encore une quinzaine de maréchaux-ferrants il y a une vingtaine
d'années, contre cinq ou six seulement aujourd'hui, outre ceux, militaires, de
la Garde républicaine, selon les connaisseurs du monde du noble équidé. Rabah
se fait du mouron : il craint la disparition des derniers maréchaux-ferrants du
pays, et avec eux, tout un pan d'histoire mais aussi un savoir-faire
indispensable à la bonne santé des chevaux.