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C'était dans un hall d'aé-roport, un de ces lieux de passage où l'on ne s'attend à
rien... et où, parfois, la mémoire nationale vous serre la main. Je l'ai
reconnu immédiatement. Sa stature, son calme, cette façon de porter le temps
dans les yeux. Lakhdar Hamina. Je me suis approché
avec respect et à ma manière, doucement, nous avons engagé la conversation.
Rapidement, il m'a parlé... du feu. De celui qui brûlait encore en lui: « Je rêve de tourner une suite aux Chroniques des
années de braise. » Sa voix était grave, sincère. Son regard loin, comme s'il
cherchait encore l'Algérie dans le fond d'un objectif. Et aujourd'hui,
j'apprends qu'il s'en est allé. Et j'ai mal. Comme si une page de notre
histoire venait d'être arrachée à la pellicule du monde. Lakhdar Hamina, ce n'est pas seulement un nom. C'est le seul
réalisateur africain et arabe à avoir remporté la «Palme d'or» à Cannes, en
1975, pour Chronique des années de braise». Un film brûlant, comme son titre,
qui racontait l'Algérie sous la colonisation, dans sa douleur, sa fierté, et sa
révolte. Il fut aussi l'un des pionniers du cinéma algérien post-indépendance,
lui donnant un souffle politique, poétique, et universel. Parmi ses œuvres
marquantes :-Le vent des Aurès (1966), -Hassan Terro
(1967), -Décembre (1972), Et bien sûr, cette œuvre monumentale, «Chronique des
années de braise»(1975), sacrée à Cannes, mais plus encore dans le cœur des
Algériens. Son cinéma n'était pas fait de divertissement. Il était fait de
mémoire. Il filmait les silences des mères, la poussière des routes, le regard
des martyrs. Il faisait de la caméra une arme, de l'image une résistance, du
scénario une prière. Aujourd'hui, il est parti. Mais il nous laisse une
lumière. Celle qui brille encore dans les yeux des enfants du pays, quand ils
découvrent, pour la première fois, que l'Algérie peut être grande... à l'écran
aussi. Lakhdar Hamina, l'homme qui transforma la
douleur d'un peuple en chef-d'œuvre. Celui qui grava notre feu sur les écrans
du monde. Repose en paix, Si Lakhdar. Tu es parti, oui. Mais ton cinéma, lui,
ne mourra jamais. Il est une chronologie en braises. Une bobine éternelle.
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