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Karim Zeribi, homme politique et éditorialiste français: «C'est Retailleau qui pollue la relation entre la France et l'Algérie»

par El-Houari Dilmi

Revenant sur la visite d'une délégation composée de 40 élus français et franco-algériens venus participer à la commémoration du 80e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, Karim Zeribi, homme politique et figure médiatique française, a estimé qu'il s'agit-là d'une « initiative louable et intéressante, puisqu'au sein de la classe politique et plus largement au sein de l'opinion publique française, tout le monde cherche un apaisement des tensions diplomatiques entre la France et l'Algérie, pour instaurer une relation de confiance et de respect mutuel, entre les deux Etats ».         

S'exprimant, hier dimanche, sur les ondes de la Radio algérienne, l'homme des médias et éditorialiste français, a indiqué que la France doit « reconnaître les pages sombres, noires et ignobles de la colonisation, afin de pouvoir écrire une nouvelle page dans sa relation avec l'Algérie et bâtir des relations positives, respectueuses et d'égal à égal entre les deux Etats. « Ce signal fort de ces parlementaires exprime d'une part une volonté de voir la relation entre la France et l'Algérie s'apaiser, et la reconnaissance de l'histoire qui fait également partie des nécessités pour renouer des relations franches, sincères et authentiques d'autre part», a-t-il ajouté. Pour l'ancien député européen, la reconnaissance de l'histoire « est une condition sine qua non, pour voir la relation entre les deux pays repartir sur de bonnes bases ». « La France n'a toujours pas reconnu l'histoire dans sa globalité, c'est ça aussi le drame des relations entre la France et l'Algérie », a-t-il estimé. « Il faut reconnaître l'histoire, car ce geste ne veut pas dire faire état de repentance, malheureusement, c'est là que les Français se trompent complètement dans l'approche des relations entre les deux pays, il est primordial de reconnaître les pages sombres, noires et ignobles de la colonisation », a-t-il insisté.

«La France doit faire face à ses valeurs»

S'exprimant sur les sujets de l'heure, notamment en France en ce qui concerne la montée du racisme et de l'islamophobie, ainsi que la recrudescence du discours antimusulman dans les médias, notamment, ceux appartenant aux grands patrons et à l'extrême droite, Karim Zeribi a clairement affiché son inquiétude, appelant la France « à faire face à ses valeurs ». Et d'ajouter : « aujourd'hui, les Français ne sont pas traités de la même manière. Les musulmans, qui sont presque 10 millions, sont pointés du doigt et suspectés en permanence de terrorisme, d'extrémisme et de fanatisme, or ce sont eux les premières victimes de l'extrémisme et du fanatisme dans le monde », a-t-il déploré, avant d'ajouter : « c'est un racisme qui ne dit pas son nom, il faut donc se lever et rappeler les principes de la République et de la laïcité à la France. Il faut mettre la France face à ses valeurs en expliquant qu'il faut respecter tout le monde quelle que soit la couleur de la peau, l'origine ou la croyance et ce n'est, malheureusement pas le cas aujourd'hui, dans la France du 21e siècle ».

«La France va mal»

Poursuivant sa diatribe contre l'extrême droite, Kamel Zeribi a indiqué que la France va mal, socialement et économiquement, en raison, notamment, de l'incompétence de son ministre de l'Intérieur et des Cultes, Bruno Retailleau. Ce dernier fait de l'Algérie, de l'Islam et des émigrés « les boucs émissaires à tous les problèmes de son pays, et ce, pour des raisons électoralistes et purement personnelles », a-t-il argumenté. «Malgré le passé douloureux entre la France et l'Algérie, la relation entre les deux pays est inéluctable et il faut l'entrevoir.Toutefois, ça ne pourra pas se faire avec Bruno Retailleau», a-t-il martelé.

Pour l'éditorialiste, «il faut avoir le courage et l'audace de se poser la question : Qui a besoin de qui dans cette relation ? Est-ce que l'Algérie a besoin de la France ou bien c'est le contraire ?, avant d'ajouter : « c'est Retailleau qui est aux responsabilités et c'est lui qui pollue la relation entre la France et l'Algérie. Tous les jours, il sort un sujet différent en rapport avec l'Algérie à l'exemple de Boualem Sansal ou les OQTF, en s'exprimant d'une manière irrespectueuse et inacceptable, alors qu'il oublie que l'Algérie est un grand pays et un pays souverain », a-t-il conclu.