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En perspective d'une opération similaire à celle de Sidi El-Houari : Les commerçants de Haï Derb veulent des garanties pour l'après-réhabilitation

par Houari Saaïdia

Alors que l'opération de relogement se poursuit par à-coups et en pointillé à Sidi El-Houari, les commerçants du vieux quartier adjacent de Derb resserrent leurs rangs et font bloc autour d'un seul maître-mot : « Confortez-nous dans nos droits ! ». Mais, à vrai dire, leur message au wali d'Oran, Samir Chibani, est bien plus supérieur puisqu'il transcende la petite bulle des revendications professionnelles pour s'élever jusqu'aux intérêts suprêmes de la ville en matière de réhabilitation et de revitalisation urbaine.

Rappelant avoir été investis par l'ex-wali d'Oran, Saïd Sayoud, lors de la plénière APW de juin 2023, d'un mandat de «membres de la commission de mise en œuvre et de suivi du plan de réhabilitation du vieux quartier de Derb, l'un des sites-phares du secteur de Sidi El-Houari», les commerçants activant dans des locaux sis en bas d'immeubles vétustes de cet ancien périmètre urbain interpellent l'actuel chef de wilaya à l'effet de «réactiver» cette démarche conformément au principe de la continuité de l'Administration. Ce qui, selon leur plaidoyer, «nous permettra d'apporter notre pierre à l'édifice dans le cadre du programme de réhabilitation et de revitalisation urbaine du vieil Oran lancé par les pouvoirs publics, et ce en notre qualité de partenaire et force de proposition incontournables pour les instances institutionnelles, tout en veillant de plus près au respect de nos propres intérêts corporatistes liés à notre fonds de commerce dans ce quartier dont la vocation commerciale axée sur certains thèmes est ancrée dans son histoire ancestrale et est indissociable de son cachet patrimonial matériel et immatériel».

LE WALI SAMIR CHIBANI VIVEMENT INTERPELLÉ

Emettant le vœu que le dynamisme exceptionnel que connaît la ville d'Oran puisse profiter aussi à la cité historique qu'est le quartier de Sidi El-Houari, un site particulièrement important pour la mémoire de la ville mais qui peut également être le catalyseur de toute politique de revitalisation urbaine, les commerçants de Derb, qui sont soutenus dans cette démarche par leurs pairs des anciens quartiers limitrophes, lancent un appel insistant à l'endroit du chef d'exécutif local pour « mettre sur pied la commission multidisciplinaire annoncée par son prédécesseur, dans la droite ligne de l'approche participative initialement préconisée mais qui, malheureusement, demeure jusqu'ici coquille vide tant elle n'a pas été suivie d'actions sur le terrain ». Pour eux, « un tel instrument citoyen composé d'universitaires pluridisciplinaires, d'architectes, d'urbanistes, de membres de la société civile, de commerçants sédentaires et de notables du quartier ainsi que toutes les forces vives de la société locale sans exclusion aucune, n'est point une idée fantaisiste mais un élément de réflexion et de consultation indispensable sans lequel toute action dans le cadre de l'opération de réhabilitation de la vieille cité serait autoritariste, unilatérale, sans socle citoyen et donc sans vision globale et sans consensus, et à l'arrivée un projet qui passerait mal et qui aurait par conséquent peu de chances d'aboutir. D'où l'intérêt que des liens soient tissés entre le monde académique, la sphère de ceux qui élaborent et décident les politiques urbaines et les représentants de la société civile afin de créer une plateforme représentative au niveau géographique et promouvoir des instruments normatifs, au niveau local, susceptibles de contribuer à la mise en œuvre de politiques urbaines plus équitables, plus justes, plus respectueuses de l'identité historique, culturelle et patrimoniale des différents quartiers de la vieille cité d'Oran ».

DES APPELS POUR ACTIVER LA COMMISSION MULTIDISCIPLINAIRE

Rassurés par les promesses qui leur ont été données par l'ex-wali Saïd Sayoud depuis la tribune de l'APW en juin 2023, les commerçants propriétaires de locaux situés en bas d'anciens immeubles au quartier de Derb expriment aujourd'hui leurs appréhensions quant à un retournement de situation, et ce au fort des opérations de relogement-démolition qui s'opèrent par épisodes successifs dans le vieux quartier de Sidi El-Houari. Près de vingt mois après avoir accueilli à bras ouverts les assurances de l'ancien premier responsable de la wilaya, exprimées en plénière de l'APW sous la voûte de l'hémicycle, pour leur maintien dans leurs lieux d'activité dans le cadre du projet de réhabilitation du vieux quartier de Derb, les commerçants activant dans des locaux sis en bas d'immeubles vétustes sont aujourd'hui sur le qui-vive. Et c'est à l'actuel chef d'exécutif, Samir Chibani, qu'ils en appellent pour dissiper le flou qui entoure leur devenir et les conforter ainsi dans leur droit de propriété. En effet, selon leur version, lors de la 2ème session ordinaire de l'APW, tenue fin juin 2023 en présence des représentants de ces opérateurs et du coordinateur de l'UGCAA, «le wali (de l'époque) avait assuré que les demandes de sédentarisation dans leur emplacement d'origine formulées par les commerçants devront être prises en charge par l'administration dans le dispositif de mise en œuvre du plan de restructuration du quartier populaire de Derb ». Il avait montré le chemin à suivre en précisant qu'une commission composée de plusieurs services dont la direction du Logement, la direction du Commerce, l'OPGI, la DUAC, le CTC, la Protection civile, les services de la wilaya, de la daïra et de la commune, outre les représentants des commerçants, avait pour mission de traiter ce dossier.

LES COMMERÇANTS VEULENT S'IMPLIQUER DANS LE PROCESSUS

L'ex-wali était même allé dans le détail en indiquant qu'à la lumière du compte rendu de la commission de classement des immeubles par degré de vétusté, deux cas de figure étaient envisagés: soit l'immeuble est diagnostiqué «menaçant ruine» et classé dans la catégorie rouge et il est dans ce cas à démolir sur la base d'un arrêté de péril, soit il est «réhabilitable» et il est donc inventorié parmi le lot à réhabiliter. «Dans tous les cas de figure, le wali avait bien instruit l'ensemble des responsables chargés de l'opération de prendre en charge tous les commerçants, avec comme principe de les fixer dans leur site d'origine», soulignent les concernés, pour qui «cette directive claire, nette et précise émanant du sommet de la hiérarchie administrative locale, exclut de fait toute idée d'éviction, d'attribution d'un local de substitution ou toute autre mesure de délocalisation au nom du péril simple ou imminent».

Ayant bien salué et apprécié la feuille de route du wali aussitôt l'annonce en a été faite publiquement, les commerçants concernés réitèrent aujourd'hui auprès du premier responsable de la wilaya, Samir Chibani, leur «plein engagement à s'inscrire dans ce processus de restauration et de mise à niveau de l'ancien centre-ville d'Oran dont le site de Derb est parmi les plus emblématiques». Se présentant en «acteur civil, partenaire social et force de proposition dans ce grand chantier de la ville d'Oran initié par les pouvoirs publics», les concernés réclament que «la démarche de la commission instituée s'appuie réellement sur une approche inclusive et participative» à leur égard, et ce par leur «implication effective dans ses assises ainsi que la prise en compte de leurs préoccupations, suggestions et intérêts professionnels qui concordent avec les objectifs assignés par les pouvoirs publics à cette opération».

DE MAUVAIS ANTÉCÉDENTS QUI DÉCRÉDIBILISENT L'ADMINISTRATION

«Or, regrettent-ils, tel n'est pas le cas jusqu'ici puisqu'il n'existe aucune plateforme de consultation, d'échange et de concertation, mis à part des convocations via une logique de ciblage par blocs successifs à des réunions où la mise en demeure est le maître-mot». Autre fait qui nourrit le sentiment diffus de défiance chez les concernés : «les immeubles rasés à terre à coups de poclain et de boule de fer, il y a aujourd'hui plus de deux ans, et transformés depuis lors en un sinistre décor de décombres, sans qu'une formule juridique ne soit trouvée dans l'intervalle pour la délivrance d'un permis de reconstruire, selon un cahier des charges imposant un certain cachet architectural». C'est dans cet imbroglio aux horizons peu clairs que les intéressés en appellent au wali, seul garant à leurs yeux du respect de leur droit légitime de préserver leurs propres locaux commerciaux en tant qu'éléments physiques importants du fonds de commerce. A cet effet, ces commerçants se disent «tout à fait disponibles à participer au montage financier» par le versement de leurs quotes-parts des coûts de la réhabilitation ou de la (re) construction, selon le cas. Bref, ces commerçants qui cultivent avec le quartier de Derb des liens allant bien au-delà de la petite sphère du négoce du tissu veulent apporter leur pierre à l'édifice dans cette «grande opération sans précédent» non sans appeler de tous leurs vœux le wali Samir Chibani pour leur maintien en ces lieux.

SITE DE SUBSTITUTION PROVISOIRE : LES CONDITIONS DES PROFESSIONNELS

Les commerçants ne sont pas non plus contre l'idée, qui s'avère au demeurant inévitable, de « locaux commerciaux de substitution à titre provisoire, le temps de reconstruction ou de rénovation des immeubles du quartier de Derb, à la condition toutefois que cette démarche soit dûment réglementée. C'est-à-dire, explique-t-ils, « si l'on devait nous délocaliser à titre ponctuel dans un lieu répondant à un strict minimum de conditions (selon certaines indiscrétions, des locaux commerciaux de l'OPGI situés au pôle de Belgaïd constituent une option à cet égard), la wilaya doit nous donner au préalable des garanties sous forme de documents officiels en guise d'engagement, par arrêté du wali, des autorités publiques à nous installer sur le même site d'emplacement d'origine, en vertu de nos titres de propriété, une fois les travaux menés à bout, avec bien évidemment un délai raisonnable qui doit être prédéfini ». Il est par ailleurs utile de rappeler que lors d'une rencontre avec la presse qu'il avait tenue quelques semaines après sa prise de fonctions à la tête de la wilaya d'Oran, Sami Chibani, faisant à juste titre le lien entre la réhabilitation du vieux bâti de la ville - et plus en particulier le quartier de Sidi El-Houari - et le plan de modernisation d'Oran, avait soulevé nombre de problématiques communes presque à tous les vieux quartiers à travers le pays. « Il y a surtout la complexité du cadre juridique. On y trouve trois modes de propriété interférentes : les parties communes, les parties privatives exclusives de chaque copropriétaire et les parties mises en location par l'OPGI. Pour ce dernier segment, pas de problème : on reloge (logement public locatif LPL) et on détruit aussitôt. Une sorte de parallélisme de formes. Mais le vrai casse-tête, ce sont les propriétés privées et notamment les commerces.

LA VIEILLE VILLE ET LE CAS SINGULIER DE SIDI EL-HOUARI

Là, l'acte de démolir est extrêmement coûteux en ce qu'il contient comme lourdes indemnisations. Une sacrée facture pour le Trésor public. Et j'en connais un rayon pour avoir eu à gérer un cas d'espèce dans un village à Skikda (il était chef de daïra d'El-Harrouch alors) qui s'est traduit par une note salée en termes de logements à affecter et d'indemnisations à verser et de tas de tracasseries de squats, d'indus-occupants et d'actions en justice ». Si les anciens quartiers de Hammou Boutlélis et de Derb - pour ne citer que ces deux sites programmés - sont certes compliqués à traiter dans le cadre du processus urbain de réhabilitation-restructuration, le cas de Sidi El-Houari s'avère de plusieurs crans encore plus problématiques. La promulgation de ce vieux quartier comme secteur sauvegardé par décret exécutif n°15-13 du 22 janvier 2015, portant création et délimitation du secteur sauvegardé de la vieille ville de Sidi El-Houari, suivie par la désignation d'un bureau d'étude ayant pour tâche d'établir un plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur du secteur sauvegardé (PPSMVSS), puis le gel de l'opération et son dégel quelques années après et la relance du projet par le choix d'un autre BET. Or, rien n'exclut en fait l'éventualité de la prise au profit de Sidi El-Houari d'une décision par la présidence de la République similaire à celle ayant visé la Casbah d'Alger consistant à l'intervention de l'Etat pour l'acquisition des bâtisses appartenant à des particuliers et leur incorporation dans le Domaine national. Cela, s'il devait être décrété, réglerait une bonne partie du problème.