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Dénonçant les violations de l'accord de trêve: Le Hamas annonce le gel de la libération des détenus israéliens

par Mohamed Mehdi

  Mardi, 24ème jour de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, Ghaza continue de compter ses martyrs et en enregistre de nouveaux. Dans son bilan statistique publié hier, le ministère de la Santé a indiqué que le nombre de victimes a atteint 48.219 martyrs et 111.665 blessés. Ce nouveau bilan comprend 11 martyrs, dont 8 corps retrouvés sous les décombres, ainsi que 3 nouveaux martyrs et 10 blessés enregistrés durant les précédentes 24 heures, suite à des tirs de l'armée israélienne sur les régions de l'est de l'enclave. Dans un autre communiqué, le ministère de la Santé à Ghaza a annoncé que depuis le 19 janvier dernier, date de l'entrée en vigueur de la trêve, les attaques de l'armée génocidaire d'Israël ont fait plus de 900 victimes, dont 92 martyrs et 822 blessés. L'enregistrement de nouvelles victimes montre clairement que l'entité sioniste ne respecte pas ses engagements, y compris ceux liés au volet humanitaire. Lundi, après plus de trois semaines de tergiversations, malgré les mises en garde de la résistance palestinienne et ses appels aux médiateurs et garants de l'accord de trêve, le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) a décidé de geler le processus de libération des détenus israéliens à Ghaza, jusqu'à ce que l'entité sioniste respecte la totalité de ses engagements stipulés dans l'accord.

C'est Abu Obeida, le porte-parole des Brigades Azzedine Al-Qassam, la branche armée du Hamas, qui a annoncé la décision, via Télégram, affirmant que «la remise des prisonniers sionistes dont la libération était prévue samedi prochain, correspondant au 15/02/2025, sera reportée jusqu'à nouvel ordre». «Au cours des trois dernières semaines, les dirigeants de la résistance ont surveillé les violations par l'ennemi et le non-respect des termes de l'accord», explique Abu Obeida, citant quelques-unes des violations, dont le «retard imposé au retour des personnes déplacées dans le nord de la bande de Ghaza», ainsi que «les bombardements et les tirs de l'armée sioniste», tuant et blessant plusieurs civils, dont des femmes et des enfants, ainsi que «le non acheminement du matériel de secours, sous toutes leurs formes, comme convenu, alors que la résistance a rempli toutes ses obligations».

«En conséquence, la remise des prisonniers sionistes dont la libération était prévue samedi prochain, correspondant au 15/02/2025, sera reportée jusqu'à nouvel ordre, et jusqu'à ce que l'occupation s'engage à respecter l'accord et compense ses obligations des semaines passées, de manière rétroactive». Abu Obeida rappelle que la résistance palestinienne à Ghaza «affirme son engagement à appliquer les termes de l'accord, aussi longtemps que l'occupation les respecte». De son côté, tout en confirmant son «engagement envers les termes de l'accord de cessez-le-feu» et rappelant qu'il «a rempli toutes ses obligations avec précision et dans les délais impartis», le Hamas affirme, dans un communiqué, avoir transmis aux médiateurs la liste des violations, mais que l'occupation continue, à ce jour, de ne pas respecter les termes de l'accord.

Le Hamas appelle au «strict respect de l'accord», et à «ne pas le soumettre à une sélectivité», en laissant entrer les aspects les «moins importants», et «en retardant et en faisant obstruction aux plus urgents et importants». «Le report de la libération des prisonniers est un message d'avertissement adressé à l'occupation et une pression en faveur du strict respect des termes de l'accord», ajoute le communiqué. Le Hamas affirme aussi que son choix d'annoncer sa décision «5 jours avant la date de remise des prisonniers» était motivé. Il s'agit de donner aux médiateurs suffisamment de possibilités de faire pression sur l'occupation pour qu'elle mette en œuvre ses obligations, et de garder la porte ouverte pour procéder à l'échange à temps si l'occupation respecte ses obligations.

Le non-respect par les sionistes de l'accord de trêve par les chiffres

Des sources ont livré, hier, à Al Jazeera des chiffres précis sur le non-respect par l'entité sioniste des termes de l'accord avec le Hamas. «L'occupation a empêché l'entrée quotidienne de 50 camions-citernes de carburants à Ghaza» conformément au protocole humanitaire annexé à l'accord, indique Al Jazeera, citant des sources, et précisant que les quantités entrées étaient «50% inférieures» par rapport à ce qui était prévu. L'occupation a également empêché «l'entrée du carburant commercial», «l'approvisionnement en carburant pour les véhicules de la Protection civile et des municipalités pour réhabiliter les routes et enlever les décombres», et «n'a pas permis au secteur commercial d'importer du carburant». Concernant les abris destinés aux centaines de milliers de personnes déplacées, «sur les 200.000 prévus par l'accord, environ 53.000 tentes ont été acheminées dans Ghaza», alors qu'aucun mobile-home, « sur les 60.000» indiqué dans le protocole humanitaire, n'a été livré. En outre, l'entité sioniste «n'a permis l'entrée que de 4 poids lourds pour enlever et déplacer les décombres, et exhumer les corps», alors que ces opérations nécessitent «500 camions». Par ailleurs, Israël empêche aussi «l'entrée de matériaux de construction, destinée à la restauration des hôpitaux et les centres de protection civile», et interdit «les équipements et fournitures» nécessaires pour la remise en marche de la centrale électrique et la réhabilitation du réseau. Les mêmes sources relèvent également que «la rue Al-Rashid est restée fermée à la circulation des véhicules, et les inspections sur la rue Salah Eddine se poursuivent bien après la fin du délai de 22 jours prévu par l'accord de trêve».

Ori Goldberg :«Israël a certainement violé l'accord de cessez-le-feu»

«Israël a certainement violé l'accord de cessez-le-feu au cours des dernières semaines, en refusant l'entrée de tentes et d'autres équipements faisant partie de l'aide humanitaire, et en continuant à tirer et tuer », a déclaré Ori Goldberg, un commentateur politique israélien, sur Al Jazeera English (AJE). Commentant la décision de geler l'échange des détenus, l'intervenant affirme que le Hamas « met au défi Israël et le président Trump ». Il précise, toutefois, que «le Hamas aurait pu le faire plus tôt». «Il a choisi de le faire maintenant parce que tout le monde est enchanté par le plan de Trump (de prendre possession de Ghaza et d'expulser ses habitants, ndlr), et que le Hamas a décidé de prendre position. Ce sont des tactiques de négociation, et je suis assez certain qu'une solution peut être trouvée», dit-il encore. En outre, le journal israélien «Haaretz» a rapporté, avant l'annonce de la décision du Hamas, que le principal pays médiateur, le Qatar, a transmis à l'entité sioniste un «message de mécontentement». «Le Qatar est profondément mécontent du comportement de Netanyahu après sa semaine d'euphorie à Washington, en particulier de ses déclarations sur le déplacement des Palestiniens et de l'échec de l'envoi d'une délégation à Doha, lundi, dernier pour entamer les négociations», écrit le journal. «Une source israélienne, au courant des détails, a déclaré à ‘Haaretz' que les Qataris ont transmis des messages de colère, rappelant, à plusieurs reprises, à Israël que cet accord les concerne également et qu'ils sont les garants de sa mise en œuvre, et pas seulement d'un accord entre Israël et le Hamas», lit-on dans l'article publié avant-hier lundi. «Le Qatar a transmis des messages à Israël exprimant son inquiétude quant à la gestion par le gouvernement israélien des préparatifs de la deuxième phase», ajoutant que cela «menace la poursuite des libérations des détenus dans la première étape».