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L'agression des Etats-Unis contre le Venezuela, rien de nouveau sous le soleil. Et pourtant, si...
par Djamel Labidi Finalement
rien de nouveau sous le soleil, est-on tenté de dire,
avec l'agression américaine contre le Venezuela. Toujours le même arbitraire,
toujours les mêmes mensonges de justification. Toujours le même régime-change.
Et même plus grave, un chef d'état en exercice enlevé, kidnappé, le retour à
deux siècles en arrière, à la doctrine Monroe.
On a l'impression d'un replay. Trump regarde, fasciné, entouré de ses proches collaborateurs, les images de l'assaut sur la résidence du président Maduro. Exactement comme l'avait fait Obama, regardant l'assauten 2011, contre Ben Laden. L'Amérique étatsunienne n'a plusaucune imagination, elle se répète à l'infini. Elle fait du réchauffé, qu'elle présente, chaque fois, comme l'opération du siècle. A en avoir la nausée. Même spectacle, même récit, même propagande A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Ce sont toujours des opérations sans risques qu'on présente comme des faits d'armes. Contre des pays qui n'ont pas d'aviation digne de ce nom, de systèmes radars efficaces pour voir venir l'ennemi, des pays qui connaissent des situations nationales déjà minées par les tentatives de déstabilisation, par la diabolisation des dirigeants, les sanctions économiques. On s'attaque à plus faible, à une proie déjà anémiée par les privations. Et on déploie pourtant contre elle des moyens énormes pour l'agresser sur mer sur terre, dans les airs. Quel courage ! On revit d'autres cauchemars: la Yougoslavie, l'Irak, l'Afghanistan, la Libye, la Syrie,Mêmespectacle, même présentation, même récit, même propagande. Mêmes méthodes, celle de l'écrasement de l'adversaire, celle de sa personnalisation à l'extrême. Les humiliations faites aux nations rebelles, les souvenirs, les images douloureuses reviennent, indélébiles: Saddam qu'on montre longuement la corde au cou, mais qui reste droit, Kadhafi livré pour êtrelynché par les siens, le sang coagulé de poussière, mais la tête qu'il arrive à tenir droite, et avant Milosevic livré aussi par les siens. La Rome antique faisait passer ceux qui avaient osé la braver sous les fourches caudines de la honte et de la soumission. Comme l'Empire romain, qu'il admire tant, jusqu'à le singer dans ses édifices officiels et ses institutions, l'Empire américain veut, avant tout, faire perdre son âme à un peuple et briser ainsi toute résistance à venir. Nicolas Maduro le sait qui marche droit, solide sur ses jambes. Il sait qu'il est en train d'écrire l'histoire de son pays, celle de sa résistance qui commence. Les Etats-uniens n'ont jamais su respecter l'adversaire.Tout est fait pour écraserle président vénézuélien, pour le mettre dans des postures devalorisantes. Les images sont intentionnellement humiliantes. Elles sont diffusées en boucle dans le monde entier. Mais Nicolas Maduro veut garderlui aussi la tête droite, quand on veut la lui faire baisser. Détailsignificatif: Maduro est grand, très grand. On craint que son peuple, et toute l'Amérique latine y voient un symbole. Les Yankees, ce mot revient désormais naturellement à la bouche, s'empressent alors de mettre à ses côtés des gardes de sa taille. Le dérisoire et le tragique se mêlent. Suprême humiliation qu'ils veulent lui faire subir, ils font de même pour son épouse : elle aussi est enchainée, trainée à l'intérieur d'un blindé. Quelle honte! La honte, non pas pour Maduro, non pas pour son épouse, non pas pour le peuple vénézuélien, mais la honte pour les Etats-unis d'Amérique. En Occident, beaucoup sont heureux de retrouver l'Amérique de la «belle époque» et ils applaudissent. Ils disent leuradmiration pour l'opération, pour «la performance». Ils lui trouvent des airs du Mossad. Petite histoire, mais édifiante Justement, ce dimanche 3 janvier vers 19h30, sur une chaine d'information française, Cnews, il y a deux défenseurs acharnés de l'Etat sioniste, deux commentateurs habitués de la chaine. Ils débattentdu Venezuela. Débattre est un bien grand mot tant ils sont d'accord sur tout, justifiant l'agression, renchérissant l'un sur l'autre, l'un, Julien Dray, avec des arguments de «gauche», l'autre, Gilles-William Goldnadel, avec des arguments de «droite». Le premier est un ex député socialiste, l'autre est un avocat, spécialiste deprocès où ses clients sont accusés de racisme.Julien Dray est un juif originaire d'Algérie, Goldnadel est franco-israélien,et on ne sait jamais laquelle des deux nationalités l'emporte chez lui. Ils sont tous deux des soutiens constants de l'Etat sioniste, justifiant ou niant, c'est selon le moment, legénocide de Gaza. Ce soir, sur le plateau, ils disent leur espoir que Trump applique «la même méthode maintenant à l'Iran». Et, Goldnadel, d'ajouter « et aussi à l'Algérie». Tout se précise, tout se tient, n'est-ce pas ? Tout récemment, Julien Dray avait pris position bruyamment pour «l'indépendance de la Kabylie», tandisque Goldnadel s'était proclamé»avocat de la Kabylie». Petite histoiredonc, mais édifiante. Comme le monde est petit. Leur haine pour l'Algérie est à couper au couteau. Elle n'est pas de l'ordre de l'amertume coloniale, oùl'hostilité est généralement tempérée par la nostalgie. Mais ici, chez les deux compères, la haine est totale, sans nuances, la même que celle qui habite Netanyahu, elle est sioniste.C'est la haine contre les positions de l'Algérie sur la Palestine. Et c'est la mêmequ'ils ont contre Maduro et Chavez, défenseurs constants de la cause palestinienne, qui avaient contribué à l'isolement d'Israël en Amérique latine. Au lendemain du kidnapping du présidentMaduro,la vice -présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, déclare que ce kidnapping a «une coloration sioniste». En mai 2023, Maduro avait commis aussi «le crime» rédhibitoire, absolu pour les Etats unis, d'avoir évoqué «l'abandon inévitable du dollar».Pour dénoncer le génocide à Gaza, le président colombien Gustavo Petro avait rompu les relations diplomatiques avec Israël puis expulsé la délégation consulaire encore en poste à Bogota, après l'arraisonnement par l'armée israélienne de «La flotte de la liberté». Le drapeau palestinien ornait la salle même du conseil des ministres colombien. Le présidentPetro est désormais dans le viseur de Trump pour...trafic de drogue, en même temps que le président des USA menace Hamas d'anéantissement s'il ne dépose pas les armes. «A bon entendeur, salut» Beaucoup en Europe se laissent attirer, séduire, et même grisés, par ce retour en force de l'impérialisme primitif, par cette force brutale du Trumpisme. Ils veulent recommencer à identifier l'impérialisme américain à la domination occidentale, ils espèrent reconstituer l'Occident collectif. Certains dirigeants européens, en Allemagne, au Royaume Uni en France, en Italie, appuient l'opérationet tentent pitoyablement une explication par» la lutte contre la dictature et pour le rétablissement de la démocratie. « On ne peut regretter un dictateur», disent-ils. L'hypocrisie parfois atteint des sommets Le gouvernement français fait savoir, par la voix de sa porte-parole, le 5 janvier qu'il «se félicite du départ de Maduro»(donc en fait de son kidnapping) tout en regrettant «la méthode utilisée» (donc en fait son kidnapping). Une chose est son contraire. Le discours sur l'exportation de la démocratie cherche à revenir. Mais a-t-on jamais vu une démocratie sans souveraineté ? La précédente vague des interventions, celle des années 90 et du début du siècle,faites au nom du «droit d'ingérence», et le chaos qui s'en est suivi, et là pour démontrerque cela n'est pas possible. En fait, beaucoup de dirigeants à l'Est comme à l'Ouest, au Nord comme au Sud, préfèrent rentrer la tête dans les épaules. Le message de Trump estclair: «A bon entendeur, salut», dit-il. Il est envoyé à tous ceux-là qui ont plus peur de leur peuple que de la dominationaméricaine. En attendant Trump fait le show. Il apparait,sûr de lui, content de lui, montrant les muscles, vantant l'armée étatsunienne: «nous avons la meilleure armée du monde», «nous sommes les plus forts, nous avons réussi uneopération qu'aucune force au monde ne peutréussir, nous sommes les meilleurs'», etc. etc. Oubliées les débâcles militaires du Vietnam, de Cuba, d'Irak, d'Afghanistan. Au fond, et cela est peut-être de nature à rassurer, Trump est plus Mussolini qu'Hitler.Bizarre, en effet, comment dans ses airs, ses mimiques, les moues de son visage, sa manière d'alterner le chaud et le froid, la colère feinte et les flatteries, le présidentTrump a des airs de Mussolini,et comment il ressemble au Duce. Derrière tout ce théâtre où le comique, voire le ridicule se mêlent au tragique, n'y a-t-il pas, en fait,des signes évidents de faiblesse ? Et pourtant,les choses changent... malgré tout Rien donc de nouveau sous le soleil, pouvaient-on être tentés de conclure, emportés par la colère, l'indignation, et la rage même. Mais est-ce le cas? Non. Non, parce que nous savonstout cela, parce que nous avons vécu tout cela. Nous avons déjà vécutoutes les horreurs, l'indicible, avec Gaza. Nous n'avons plus de larmes, plus de mots. Ils se sont taris avec la Palestine.Nous savons qu'il ne sert plus à rien de discuter, Nous n'avons plus d'illusions. Il nous faut serrer les dents, serrer les poings en silence. Le président Trump vient rappeler inopinément, que les mêmes méthodes, les mêmes formes d'agression existent toujours, la loi de la jungle, celle du plus fort, la cruauté absolue, les mêmes formes d'agression. Leçon combien utile. Ce n'est pas aussi le cas parce qu'aujourd'hui le contexte est bien diffèrent, En Europe ce n'est plus la quasi-unanimité qu'il y avait derrière les aventures américaines. La division se manifeste déjà, visible, sur les plateaux. Du jamais vu. Des accrochages, des divergences. Beaucoup s'aventurent à dénoncer le prétexte du «narco-terrorisme». Un peu partout en Occident on craint d'être le prochain repas de Trump. Même «l'exploittechnique» de cette «exfiltration sans bavures», selon le récit scénarisé trumpiste, est regardée par beaucoup avec un sourire septique.Un ex-agent de la DGSE française, bombardé éditorialiste, dira à ce sujet, le 5 janvier, sur le plateau de la chaine d'information LCI: «un marteau pour tuer un moustique». Même l'Europe si prompte d'habitude à dire son admiration, celle à l'égard du Mossad comme à l'égard des USA, est désormais plus réservée. Beaucoup disent leur désaveu devant une violation si flagrante du droit international, et du droit tout court, Sur les plateaux de télé mainstreameux-mêmes, les divergences s'affichent. Certains comparent le prétexte mensonger du «narco-terrorisme» au mensonge célèbre de cette fiole brandie pour justifier la guerre d'Irak. C'est désormais le désordre politique et idéologique chez les «éditorialistes». Il n'y a plus un récit unique comme c'est le cas pour le conflit en Ukraine. On redoute les appétits trumpistes pour le Danemark ainsi que le soutien que les idéologues du Trumpisme apportent, en Europe, aux forces montantes nationalistes dites «populistes». On se dispute, on ne sait plus quoi penser.Le temps de l'unanimisme occidental est terminé. Un signe de déclin, pas de force Ce qui a changé aussi c'est l'influence économique de la Chine qui a grandi en Amérique latine, en même temps que celle des Etats-Unis y a faibli. Sur le continent américain, les Etats-Unis ne peuvent plus concurrencer économiquement la Chine suret c'est pourquoi ils ont recours à la force militaire. Avant, ils s'appuyaient sur leur domination économique, sur une dominationnon agressive directement, à part quelques exceptions face à des révolutionsnationales ou crypto socialistes comme au Chili, à Cuba, au Nicaragua. C'est ce qu'on appelait le néocolonialisme. Cette domination indirecte était plus avantageuse politiquement, bien plus «douce», masquée, la même qui s'était faite sur l'Europe au sortir de la deuxième guerre mondiale.Cela pouvait leur permettre d'allier démocratie et libéralismeéconomique et d'entretenir leur image dans le monde. Aujourd'hui les Etats unis ont recours à une domination quasiment de type colonial, pour s'assurer une rente économique.Ils taxent, se protègent par d'énormes tarifs douaniers, ont recours à la force brutale. C'est donc le retour à des formes d'action archaïques comme cette agression contre le Venezuela, le retour à la doctrine Monroe, en ces temps où les Etats unis se soumettaient par la force l'Amériquelatine. L'agression contre le Venezuela apparait, dès lors, comme une agression hors temps, anachronique car elle traduit une politique passéiste. Elle est un signe de déclin, pas un signe de force. Il est impossible que la domination des Etats-Unis revienne sur le monde, même régionale, même sur l'Amérique latine. Dans un monde où la puissance économique de la Chine deviendra de plus en plus dominante. C'est un processus historique impossible à arrêter, sauf...si le déni obstiné des Etats-Unis du déclin de leur puissance hégémonique n'entraine à l'holocauste. Ce qu'il y a de bien avec Trump Ce qu'il y a de bien avec Trump, si le mot de «bien», peut, en l'occurrence, s'appliquer, c'est que tout est clair. Il n'y a plus l'hypocrisie athénienne des démocrates occidentaux, il ne reste plus que le discours spartiate. Les appétits sont déclarés sans état d'âme : le pétrole du Venezuela; les terres rares d'Ukraine et du Groenland, l'argent de l'Europe, ses ressources financières ou ce qu'il en reste, ses investissements. Le langage d'un homme d'affaires. Mais le monde est bien plus compliqué, plus complexe quele monde des affaires. Au fur et à mesure que l'agression contre le Venezuela se développe, le vrai visage du trumpisme se manifeste, se révèle. Trump déclare que l'Amérique est sa chasse gardée, «son jardin» précise hier, le 5 janvier, Marco Rubio, son secrétaire d'Etat et émigré cubain, qui voue une haine absolue à l'Ile de la liberté. Il avait d'ailleurs dit le premier jour de l'agression : «à la place de Cuba je ne dormirai pas tranquille». Les Etats-Unis, veulent faire la loi, à tous les sens du terme, sur une grande partie du monde. La transaction est désormais avérée: ce que cherche manifestement à proposer Trump à la Chine et à la Russie, dans sa vision décidément transactionnelle du monde, c'est qu'on lui laisse le continent américain, et probablement le Proche orient, et éventuellement d'autres territoires qui seront une zone grise à négocier à l'avenir, et qu' en échange, il ne les bloquerait pas en Ukraine, à Taiwan et peut être dans la mer du Chine. Mais la Russie, et la Chine, seront probablement amenées, désormais, à se demander s'il n'y a pas beaucoup de duplicité dans les professions de foi du président Trump sur la paix dans le monde, y compris sur sa volonté réelle de paix en Ukraine, et s'il n'y a pas là un double jeu. C'est le moment de vérité pour la Chine et la Russie, mais aussi pour l'ensemble des BRIKS, du monde futur émergent.La tentation d'intérêts nationaux étroits, permanente dans l'Histoire, l'emportera-t-elle sur la vision dont ils se réclament, celle d'un monde multipolaire où les nations, grandes ou petites, sont souveraines et égales. Ou ne serait-ce qu'une belle utopie ? L'Alliance bolivarienne Au Venezuela, la partie n'est certainement pas encore jouée. Il faut souhaiter beaucoup de plaisir au Président Trump qui va découvrir des réalités humaines qui ne sont pas solubles dans l'argent et le profit. De grands pays d'Amérique latine ont constitué de fait un front de résistance au Trumpisme: le Brésil, la Colombie, le Mexique et d'autres Le président colombien, avec un rare courage, vient de dénoncer devant le monde les attaques de piraterie des forces US en haute mer contre les pétroliers transportant du pétrolevénézuélien. Le retour à des siècles en arrière, à la piraterie pratiquée alors dans les Caraïbes par les navires de guerre européens. Le mouvement bolivarien, au Venezuela et dans d'autres pays latino-américains, a des traditions solides, une idéologie qui s'est formée durant des siècles. Il a formé une alliance d'ailleurs du même nom: le 14 décembre 2004, Hugo Chavez et Fidel Castro créaient à la Havane, cette alliance (l'ALBA), et en novembre 2019, elle comptait dix pays membres. On ne peut pas vaincre un tel mouvement historique. |
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