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Ould Kaddour: Un baril de pétrole entre 60 et 70 dollars permet de se projeter

par Ghania Oukazi

Le président-directeur général de Sonatrach pense qu'un prix du baril de pétrole entre 60 et 70 dollars permet de se projeter sur les dix ou vingt ans à venir et assure l'équité entre producteurs et consommateurs.

Abdelmoumène Ould Kaddour estime ainsi que «c'est un prix moyen, il faut que les pays producteurs de pétrole trouvent un juste prix au baril, 60-70 dollars l'est, je ne suis donc pas tout à fait d'accord que ce prix augmente trop». C'est donc «un prix équitable» qui permet «aux consommateurs de consommer et aux investisseurs d'investir», dit-il. Sinon, explique-t-il, «c'est le yoyo», des fluctuations de prix dont les conséquences sont difficiles à supporter par l'économie. «Quand le baril était à 40 dollars, on ne savait pas où aller, on n'avait pas l'argent pour agir, et quand il a atteint les 100 dollars, on a gaspillé l'argent, on investissait à tout va, ce n'est pas normal ni rentable», souligne-t-il. Cependant, «quand il se situe entre 60 et 70 dollars le baril, je sais qu'il n'est bon pour personne, ni pour l'économie ni pour les caisses de l'Etat, pour ça, j'aimerai bien qu'il augmente, mais avec ce prix, je sais combien d'argent je vais engranger et ce que je vais investir, ça nous permet de nous projeter sur les 10-20 à venir, on peut prévoir combien on va construire(…)», affirme-t-il. Ould Kaddour qualifie «ces aspects de planification» d'«extrêmement importants», a-t-il affirmé lors de la conférence de presse qu'il a animée hier après la présentation de la publication du World Oil Outlook (WOO) 2018 portant les perspectives du marché mondial de l'énergie pour la période 2020-2040.

Le patron de Sonatrach a rappelé les découvertes de pétrole en offshore. «Nous avons entamé les premières explorations de forage en offshore, les études préliminaires sont très bonnes, nous avons comme perspective de commencer les premiers forages au début de l'année prochaine», fait-il savoir. Il ne pense pas, par ailleurs, que les sanctions américaines prévues à partir du 4 novembre contre l'industrie pétrolière de l'Iran perturberont le marché. «A moins d'un événement politique grave, d'une guerre…», dit-il.

Ould Kaddour touchera aussi du doigt la 3ème place qu'occupe l'Algérie en matière de réserves mondiales de gaz de schiste. «C'est le bon Dieu qui nous l'a donnée, on doit en profiter», affirme-t-il. A propos de l'exploitation de cette ressource par l'Algérie, il indiquera que «c'est un processus qui est assez lent, la phase d'études est lancée, on va aller vers la phase pilote d'exploitation sur site, on aura besoin pour cela entre 3 et 5 ans, c'est dans notre stratégie, c'est clair qu'on va y aller». L'extension du gazoduc à El Aricha lui fera dire que «nous l'avons décidé pour exporter et expédier notre gaz, pour cela, il nous faut de nouveaux pipes». Il affirme en réponse à des supputations sur le sujet que «le gazoduc Medgaz qui passe par le Maroc m'arrange bien, je veux qu'il reste, maintenant si les Marocains veulent l'arrêter, c'est leur problème. L'extension est pour fournir davantage de gaz à d'autres pays européens.»

S'il avance que les projections pour le marché pétrolier sont établies «en prenant en considération la production d'autres sources énergétiques», Ould Kaddour estime qu'«elles ne remplacent pas les énergies conventionnelles». Il note que «la demande mondiale en la matière va d'ailleurs augmenter à l'horizon 2040 en raison des fortes demandes entre autres de la Chine et de l'Inde». En effet, selon les projections de l'OPEP, il est attendu une augmentation mondiale de la demande en pétrole de l'ordre de 15 millions de barils/jour d'ici à 2040, soit 40% d'augmentation par rapport à 2017. «Les 15 millions de barils/jour, il faut les trouver, il faut avoir de d'argent pour investir encore plus dans la production et le transport, on doit trouver un équilibre entre le coût de production et le coût de vente, c'est important pour tout le monde», explique-t-il. Il pense qu' «il faut que la population comprenne les dangers et le rôle de l'Algérie qui est assez important sur le marché mondial du pétrole». En évoquant l'accord entre pays membres de l'OPEP et non-OPEP conclu à Alger le 28 septembre 2016, le PDG de Sonatrach note qu' «on a stabilisé le marché mondial, ce que nous avons fait en deux ans est fabuleux». Il revient, en outre, à la 10ème réunion du comité ministériel mixte de suivi de l'OPEP (JMMC), qui s'est tenue dimanche dernier à l'hôtel El Aurassi d'Alger en présence de 10 ministres et de représentants de différents niveaux des pays membres de l'OPEP et de certains non-OPEP pour souligner qu'«après la réunion, les choses sont bien stables, l'Algérie a joué un grand rôle dans cette situation, on doit en être fier».