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Monde : des voeux présidentiels comme s'il en pleuvait

par Pierre Morville

Bonne année 2016 ? Comme toujours, il existe un écart entre les vœux des politiques et les durs constats du réel...

Bonne année ! C'est ce que l'on se souhaite mutuellement à satiété, en ce mois de janvier. Le mois de Janus, le dieu grec aux deux visages qui contemple à la fois l'année qui vient de s'écouler et celle qui s'ouvre.

La tradition du Nouvel An remonte à Babylone, 2000 ans avant J.-C. Cette fête avait alors lieu au printemps pour honorer le dieu Mardouk qui protégeait les récoltes. À Rome, en 46 avant J.-C., Jules César fixe le Nouvel An au 1er janvier puis cette tradition disparut et reprit au Moyen Âge mais à des dates différentes selon le pays. Les Anglais fêtaient le Nouvel An en mars, les Français le célébraient le dimanche de Pâques et les Italiens l'honoraient à Noël.

Il existait en France une coutume ancestrale aujourd'hui oubliée et dont ne subsiste que la tradition des «étrennes». Les étrennes, du nom de la déesse romaine de la santé Strena, étaient célébrées le premier janvier : il fallait alors se taper les visites du nouvel an. De façon rituelle, on visitait les proches, la famille, les amis, les collègues de travail, le patron... Mais cela faisait beaucoup de déplacements fatigants, d'où, avec l'apparition du timbre poste en Angleterre en 1840, la nouvelle tradition de la «carte de vœux».

Les politiques qui aiment beaucoup leurs administrés, peuvent dorénavant, grâce à l'invention de la radio et surtout de la télé, s'adresser directement à chaque famille en leur présentant leurs meilleurs vœux pour l'année qui vient !

En souhaitant une bonne année 2016 aux électeurs, les politiciens français pensent surtout à l'année suivante. «L'année 2016 est déjà enceinte de 2017» nous explique Jean-Luc Mélenchon car tous les politiques français qui présentent leurs vœux à tire-larigot, lorgnent d'abord sur l'élection présidentielle qui aura lieu l'année suivante.

Pour Marine Le Pen, «2016 sera une année déterminante pour préparer les grandes victoires de demain». Du coté des Républicains (LR), «c'est en 2016 que tout commence !» clame Alain Juppé , candidat déclaré de longue date et qui est aujourd'hui le mieux placé dans les sondages. Son principal rival, Nicolas Sarkozy, voit 2016 comme «une année où nous travaillerons à retrouver la confiance en l'avenir de la France». Lors de ses vœux aux Français, François Hollande après avoir affirmé qu'il était «fier» d'eux et de leur comportement après les vagues d'attentats de 2015, n'a pas abordé la question de la présidentielle de l'année suivante, ni d'ailleurs sa vieille promesse d'une inflexion du chômage. Il semble obsédé par la création d'un état d'urgence perpétuel. Mais, je vous rassure, même en faisant du tout-sécuritaire, il pense beaucoup à son second quinquennat…

En Asie, la Corée du Nord a adopté la bombe H ! Plus rassurant, le téléphone rouge (ou jaune) a commencé à fonctionner le 30 décembre entre Pékin et Taipei avec un échange de vœux de bonne année pour rétablir la confiance entre la Chine et Taiwan, pourtant farouches ennemis depuis 1949.

LES INNOMBRABLES VŒUX DES PRESIDENTS

Le président chinois Xi Jinping a de son côté, le lendemain, exprimé ses vœux pour 2016 aux 1,377 milliards de citoyens chinois, dans un discours appelant à «la confiance et à un travail soutenu,» pour entrer dans l'étape finale de la construction d'une «société d'aisance sur tous les plans». Pas de bol pour le président XI, cinq jours plus tard, une panique boursière due aux mauvais chiffres de l'économie, a imposé aux autorités chinoises de fermer toutes les bourses du pays !

Nouveauté, les présidents Xi Jinping et Vladimir Poutine ont le 31 décembre, eux aussi échangé leurs vœux de Nouvel An. Dans son message, M. Xi adresse ses vœux «sincères» à M. Poutine et au peuple russe, au nom du peuple chinois, estimant que «le partenariat stratégique global sino-russe de coordination s'est maintenu à un haut niveau en 2015». Dans le sabir diplomatique, il a particulièrement salué l'intégration de la «Ceinture économique de la Route de la Soie à celle de l'Union économique eurasiatique» (UEEA). La route de la soie ? Elle a été ouverte par la Chine vers 138 avant J.-C. à l'époque de l'empereur Han Wudi. Cette vieille voie reliait la Chine aux rives de la Méditerranée, terminus à Antioche, en Syrie, par un chemin direct traversant l'Asie centrale et l'Iran. Elle fut doublée, au début de l'ère chrétienne, par une voie maritime dont le point de départ était Canton. La «nouvelle route de la Soie» est le projet du gouvernement chinois pour exporter à nouveau un maximum de ses produits vers l'Europe et le Monde ; et surtout pour renforcer ses échanges marchands avec les pays arabes producteurs de pétrole. L'UEEA ? Le conseil central de l'Union économique eurasiatique a annoncé en août 2015, l'intégration du Kirghizstan. Cette ex-république soviétique d'Asie centrale devient ainsi le cinquième pays, après la Russie, l'Arménie, la Biélorussie et le Kazakhstan à rejoindre l'union économique créée le 1er janvier 2015 à l'initiative du président russe Vladimir Poutine.

Dans son message, celui-ci note lui aussi que les relations entre la Chine et la Russie ont «connu une série d'événements majeurs» et positifs au cours de l'année écoulée, sans trop les citer précisément, ajoutant que «les rencontres bilatérales de haut niveau ont donné un nouvel élan à l'expansion de leur partenariat stratégique global de coordination». Ah ! La poésie de la prose diplomatique...

La célébration commune par les deux pays du 70e anniversaire de la victoire dans la Seconde Guerre mondiale, en 1945, aurait consolidé l'amitié traditionnelle entre les deux peuples, rappelle Vladimir Poutine. Tiens, curieusement, les pays européens et les USA n'ont pas particulièrement fêté la victoire contre le nazisme et le militarisme nippon…

Sur la soixantaine de chefs d'État invités à participer aux célébrations du 70ème anniversaire de la Victoire dans la Seconde guerre mondiale qui ont eu lieu à Moscou les 9 et 10 mai, seule une vingtaine de dirigeants ont répondu présent.

Parmi les grands absents aux célébrations du 9 mai dans la capitale russe, figurent François Hollande, David Cameron et Angela Merkel du côté européen et Barack Obama du côté américain. La chancelière allemande a expliqué son refus par solidarité avec l'Ukraine. Le premier ministre japonais Shinzo Abe a quant à lui refusé l'invitation du président Poutine «en raison d'un agenda chargé».

CALENDRIERS ELECTORAUX ET MILITAIRES

Coté Américains, pas de grande vision planétaire dans les vœux de Barack Obama. Pourtant, 2016 sera pour les États-Unis une année présidentielle. À l'occasion de sa dernière année pleine en tant que chef de l'état, Barack Obama a présenté ses vœux à ses concitoyens, en restant uniquement sur un débat très américano-américain, appelant à redoubler d'efforts contre «l'épidémie» des violences par armes à feu, «le mois dernier, nous avons commémoré le troisième anniversaire de la tuerie de Newtown» (où un jeune déséquilibré avait tué par balle 26 personnes, dont 20 enfants), ma résolution pour la Nouvelle Année est d'avancer autant que possible sur des sujets inachevés comme notre épidémie de violences par armes à feu», a déclaré le président. Il n'a pas commenté «l'épidémie de violence par armes à feu» qui se propage actuellement dans tout le Moyen-Orient. Quand aux autres «projets inachevés», Barack Obama n'est pas non plus rentré dans le détail...

Le 1er février, le «caucus» dans l'Iowa marque le top départ de la course des présidentielles américaines, avec le début des primaires pour les partis Démocrate et Républicain. Les caucus donnent aux électeurs la possibilité de choisir leur favori parmi les candidats en lice au sein des deux grands partis. Les résultats dans ce petit Etat sont souvent un bon indicateur pour déterminer quel candidat est en bonne place pour s'imposer. Hillary Clinton sera certainement la candidate démocrate à l'élection présidentielle américaine. Les sondages la donnent gagnante de peu en novembre (prolongeant ainsi le bail démocrate à la Maison blanche) face à un des candidats républicains «?raisonnables?», Ted Cruz ou Marco Rubio. Mais la surprise cette année s'appelle d'ores et déjà Donald Trump. Le milliardaire américain, antimusulman, anti-immigrés, misogyne et xénophobe, voire parfois loufoque, reste le favori dans les sondages avec de 38 et 41 % des intentions de vote à l'investiture républicaine.

En Iran aussi le début d'année sera très électoral ; pour Hassan Rohani, le président iranien, les élections législatives du 26 février auront valeur de test, après la signature d'un accord historique sur le nucléaire en juillet. La levée progressive des sanctions internationales qui interviendront en début d'année lèveront les dommages causés par l'embargo international qu'a subi l'économie iranienne. Mais les tensions récentes entre l'Iran et l'Arabie saoudite sur de nombreux dossiers au 1er rang des quels figurent le conflit au Yémen et le pétrole pourrait renforcer le camp des «durs du régime».

Ce qui compliquerait encore un peu plus la situation de crise au Moyen-Orient. Et même si Daesh peut-être battu militairement en Irak et en Syrie, cela ne signifierait pas la défaite rapprochée de l'internationale djihadiste. L'Europe peut donc craindre de nouveaux attentats terroristes sur ses territoires. La guerre civile en Libye peut également s'intensifier et gagner toute la zone sahélienne.

Plus généralement, le continent africain sera touché par le ralentissement économique mondial : Avec l'effondrement des prix des matières premières, de nombreux pays ont perdu une source précieuse de revenus, plombant les budgets des gouvernements, contraints de s'endetter. Les mouvements djihadistes vont-ils profiter de ce marasme potentiel pour accroître leur emprise sur le continent ? Les gouvernements seront-ils capable de faire face à la menace, dans le Sahel, au Nigeria, en Somalie ou en Centrafrique où le groupe terroriste nigérian Boko Haram cherche à s'implanter ?

HEUREUSEMENT, Y'A LE FOOT !

L'agrégation de conflits potentiels aux guerres actuelles ne va pas freiner le flot des réfugiés qui se dirigent vers l'Europe. Plus d'un million sont entrés en provenance principalement de la Syrie. D'abord très ouverte, l'Europe multiplie dorénavant les contrôles aux frontières. La «libre circulation» des individus au sein de l'UE, dans «l'espace Schenguen» en a pris un sacré coup.

L'autre grande inquiétude des Européens sera le vote des Britanniques en juin ou en septembre : la Grande Bretagne va-telle quitter l'Union européenne ?

Côté économie, en voulant absolument créer un excédent commercial, l'Europe s'est lancée dans une politique de tassement de sa demande intérieure, produisant chômage et tensions sociales. Du coup, la croissance européenne est plus faible que celle des autres continents. Et comme beaucoup de prévisionnistes tablent sur un ralentissement mondial au moins au début de 2016, les pronostics les plus optimistes donnent 1,7% de croissance en Europe cette année. Pas de croissance : le pouvoir d'achat va continuer à stagner et le chômage à croitre… Notamment en France où la croissance en 2015 n'a été que de 1%.

En revanche, la température de la planète va continuer à croitre : les bonnes résolutions de la COP21 ne vont pas se mettre en place du jour au lendemain !

Bon, il ya quand même de bonnes nouvelles : Zinedine Zidane a trouvé du boulot en Espagne et à partir du 10 juin, la France va accueillir l'Euro de football pendant un mois ! Ca ne veut pas dire que l'équipe de France va remporter la Coupe...«mais le gouvernement lui, espère que la compétition sportive aidera à relancer la machine économique. A eux seuls, les 2,5 millions de spectateurs dans les stades et quelques 7 millions de supporters devraient injecter plus d'1 milliard d'euros dans l'économie des dix villes hôtes, selon les organisateurs» rapporte l'Usine nouvelle... Reste la sécurisation anti-terroriste de toutes ces manifestations...