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Grèce européenne dans une Europe allemande

par Abdelhak Benelhadj



Stupeur : le gouvernement de « gauche radicale » a fini par accepter un programme d'austérité encore plus dur que celui qu'il a refusé le 26 juin.

1ère partie

Au bout de 17 heures de négociations intensives, la Grèce et ses partenaires de l'Euroland sont parvenus à un accord au matin du 13 juillet. Reste à les faire valider par tous les parlements des pays concernés.

Quel est son contenu ?

- Hausse de la TVA à 23%, à l'exception l'hôtellerie (13%) et de la pharmacie (6%)

- Réforme des retraites (âge de départ repoussé à 67 ans)

- Le FMI continue à participer au tour de table

- L'institut des statistiques grec (ELSTAT) sera désormais indépendant

- L'administration fiscale gagnera en autonomie. Une règle d'or budgétaire (pas déficit) a été prévue : l'Autorité fiscale pourra décider des réductions budgétaires automatiques en cas de dépassement.

- Les lois concernant ces dispositions devront être préalablement visées par Bruxelles et celles qui sont en vigueur, contredisant cet accord, devront être abrogées.

Le Premier ministre grec a déposé ces projets de réformes mardi à ses partenaires et les a fait voter mercredi pour valider cet accord par le Parlement grec. Qu'a-t-il obtenu en contrepartie de ce qu'il a concédé ?

- Un engagement sur 86 Mds euros sur trois ans en faveur de la Grèce (30 Mds euros de plus que ce qui était demandé aux conditions initiales).

- Un plan d'investissement européen de 35 Mds euros, «Plan Juncker» pour la croissance.

- Le fonds de privatisation de 50 Mds euros (hypothèse haute) en garantie reste en Grèce sous supervision européenne.

- Un crédit relais est en cours de négociation pour faire face à des besoins à très court terme.

7 Mds à trouver avant le 20 juillet

5 Mds à rembourser fin août

A. Tsipras n'a obtenu aucun engagement ferme sur la restructuration de la dette alors que le Parlement grec avait le 11 juillet voté deux textes : l'un consacré à la Grèce devait concéder et ce que ses partenaires devaient lui concéder, soit une décote de 30%.

Pour résumer, il s'agit là d'un véritable ultimatum. La plupart des observateurs (économistes, analystes financiers, journalistes et politiques) en conviennent : jamais on avait traité un membre de l'Union de manière aussi sévère. C'est pire que le FMI et ses PAS (Plans d'Ajustement Structurel) infligés à un pays surendetté du tiers-monde. Pire que ce que la Troïka avait proposé au gouvernement Tsipras en février. Pire encore que le projet rejeté par le référendum du 05 juillet.

«Clairement, les mesures (à voter impérativement avant le 15 juillet) sont les plus lourdes en termes d'austérité» observaient les analystes de Crédit Suisse.

C'est au fond maintenant que l'Europe est en péril. Les fractures qui sont apparues, crise grecque ou pas, montrent que par-delà le sort de la Grèce, on a donné un sursis à l'Europe.

«Avec un pistolet sur la tempe»

«Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre». W. Churchill à l'adresse de N. Chamberlain et de E. Daladier, le Times du 07 novembre 1938.

Première approximation : L'accord va inévitablement échouer. Economiquement, financièrement et politiquement. Le «Grexit» n'est pas écarté mais seulement repoussé. En acceptant ce deal, la Grèce de Syriza semble offrir à ses adversaires le temps nécessaire à l'expulser sans dommages pour eux et sans décrédibiliser l'Eurozone aux yeux des marchés.[1]

1.- Economiquement, la Grèce n'a pas les moyens de s'acquitter du cahier des charges qui lui est prescrit. elle n'en a pas les moyens et l'accord lui enlève tout espoir de s'en pourvoir. Par exemple, les 50 Mds euros qu'on espère tirer des privatisations sont une illusion. Les surendettés réduits au Mont de piété et à la criée sont voués aux crochets de boucher. D'autre part, les investissements attendus de la part du privé (parce qu'un acteur public ne le peut sous régime maastrichtien) sont une autre illusion.

La hausse de la TVA, summum de la fiscalité inique, ne produira que des ressources marginales : tout le monde sait que la plupart des transactions en Grèce se font en liquide. Pour rétablir un système fiscal efficace, il faut plus que de la technique et du droit. C'est d'abord une question culturelle que les technocrates sont inaptes à comprendre.

2.- Financièrement, dans la logique de l'échec économique, le plan qui vient d'être adopté par les chefs d'Etat ne peut produire les ressources attendues justement parce qu'il constitue un obstacle à la croissance économique, la seule à même de dégager les excédents liquides nécessaires au remboursement de la dette.

Si ces recettes étaient efficaces ça se serait su et tous les pays soumis à ce type de régime, assorti des conditions de «réformes structurelles» auraient réussi. Et jamais Syriza ne serait parvenu au pouvoir. Tous les gouvernements qui se sont succédé à Athènes ont géré ce type d'approches et ont lamentablement échoué. Ci-après ses performances éloquentes sous gouvernance libérale, avec l'aide de l'Europe et du FMI, entre 2009 et 2014, avec le même type de mesures qu'on lui enjoint aujourd'hui :

- La Grèce a perdu un quart de son produit intérieur brut en 6 ans. La Grèce était enfin sortie de la récession en 2014, pour mieux y retomber depuis le 4ème trimestre 2014 avant l'arrivée de Syriza, en raison en particulier du non-versement de la dernière tranche des prêts prévus par le deuxième plan d'aide UE-FMI (2012-2014).

- Les salaires et retraites sont passés de 26 Mds d'euros en 2010 à 18,5 Mds en 2014. Et les salariés annonçant que leur paie a été divisée par deux sont légion.

- Entre 2010 et 2013, le revenu moyen par habitant a baissé de plus de 3 000 euros.

- Pouvoir d'achat a chuté de 40% en 4 ans.

- Triplement du taux de chômage qui est passé de 10,3% en 2009 à plus de 27%, après un pic à 28% fin 2013, et la baisse soudaine des cotisations a mis sur le flanc le système des assurances sociales. Le taux de chômage des jeunes dépasse 60%

- Quelque 200.000 fonctionnaires ont été remerciés, et 130.000 entreprises ont fermé.

- Doublement de la pauvreté. Un quart de la population grecque vit en-dessous du seuil de pauvreté.

- Les retraités ont perdu 45% de leurs pensions.

- Et la dette a augmenté de 35%.

Précision : Ce n'est pas tant le service de la dette, au demeurant supportable, qui pèse sur la Grèce. Le problème, là est la subtilité de ce jeu infernal, est qu'en contrepartie de son aménagement, Athènes est sommé de mettre en œuvre une politique qui étouffe son économie et aliène son avenir. La dette fait office, comme c'est très souvent le cas dans les rapports de forces internationaux, d'effet de levier politique.

Pour couronner le tout : en pourcentage, le budget militaire grec est le plus élevé de tous les pays de l'Union. On croit rêver.[2]

3.- Politiquement, parce que cet accord n'en est pas un. Bien qu'un peuple soit toujours maître de ses choix, il s'agit d'un acte de violence caractérisé, d'un dictat imposé à un pays qui n'avait d'autres alternatives que de l'accepter. Juste après l'avoir signé les négociateurs grecs ont déclaré l'avoir fait sous contrainte, un peu comme un pays vaincu signait un armistice. Le mot «capitulation» a été prononcé. Les Français qui se souviennent de juin 1940 imaginent ce que les Grecs ressentent en ce 13 juillet 2015.[3]

«Avec un pistolet sur la tempe, toi aussi tu serais d'accord», a lâché, désabusé et l'air épuisé, un responsable grec, en commentant au milieu de la nuit du 13 juillet le projet d'accord qui impose à la Grèce des conditions draconiennes en échange d'une aide financière. Et c'est dans ces conditions que l'on attend d'eux un entrain et une joie débordante à les réaliser ?

Une Europe fondée sur ce type d'accords n'a aucun avenir. En tout cas pas l'avenir sur lequel elle s'était construite jusqu'aux années 1990. Pour utiliser un langage à la portée des machines logiques aujourd'hui à la tête des Etats modernes (et des nigauds complexés qui ânonnent leurs bréviaires sur le versant sud de l'univers), il s'agit d'un acte exemplaire d'une grave incompétence politique, d'une gouvernance déficiente.

Cette évolution explique la présence du FMI dans le tour de table alors que les Grecs avaient maintes fois demandé à ce que «cette institution criminelle» (Alexis Tsipras, mardi 16 juin) ne soit plus partie ni des discutions ni des solutions.

Si les accords intègrent constitutivement leur échec, comment ont-ils pu être signés par des hommes d'Etat avisés, conseillés par des experts compétents ? Il n'y a pas de réponse simple à cette question.

Mercredi 08 juillet, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a pris la parole devant le Parlement européen. La veille, ses partenaires de la zone euro lui avaient adressé un ultimatum. Le Premier ministre grec devait proposer des réformes crédibles avant dimanche.

«Mon pays est devenu un champ d'expérimentation de l'austérité. Mais l'expérience a échoué : le chômage, la pauvreté ont explosé. Marginalisation et exclusion sociale se sont développées comme la dette publique : de 120% au début du programme d'aide à 180% du PIB aujourd'hui» «Les fonds attribués à la Grèce ne sont jamais arrivés eu peuple grec, mais au sauvetage des banques grecs». «Ce qu'on a coutume d'appeler la crise grecque n'est que l'impuissance de la zone euro à trouver la solution à une crise de l'endettement qui s'autoalimente. La question est bien européenne et pas exclusivement grecque».

«Nous sommes porteur d'un mandat fort du peuple grec. Nous sommes déterminés, non pas pour chercher l'affrontement avec l'Europe, mais à nous en prendre aux intérêts établis dans notre pays et aux mentalités qui sont en train d'enfoncer la Grèce et l'Eurozone. (…) Nous voulons trouver un compromis honorable pour éviter une rupture qui serait une rupture avec la tradition européenne. Nous sommes tous conscients des enjeux et nous sommes prêts à prendre nos responsabilités historiques».

Rétrospectivement, au regard des résultats obtenus, ses paroles semblent résonner dans le vide. Un discours halluciné adressé à des autistes. On se croirait revenu aux débats de la Douma en juillet 1918, à propos des Accords Brest-Litovsk.

Yanis Varoufakis dénonce «un nouveau traité de Versailles» : «Lisez ça et pleurez !».

Comment en est-on arrivé là ?

On ne comprendrait pas grand-chose à la crise grecque qui a pris des allures de tragédie (grecque, cela tombe sous le sens), si l'on ne récapitulait pas les derniers épisodes, sans remonter aux très lointaines causes de la situation inextricable dans laquelle sont plongés les Européens, qui participent ou non d'ailleurs à l'Euroland.

L'issue de cette crise si elle ne se solde pas par un accord entre les protagonistes aura des conséquences qu'on ne peut mesurer sur tous les pays européens et, au-delà, sur le monde entier.

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers vivent une succession d'interruptions et de reprises depuis plusieurs mois, en particulier depuis l'élection le 25 janvier du parti Syriza[4]. Les tractations ont notamment été interrompues le 31 mars et tout récemment le 14 juin. Toujours pour les mêmes raisons : les créanciers mettent des conditions à leur aide que la partie grecque refuse.

Le plus singulier en cette affaire est que les arguments échangés reviennent inlassablement identiques de part et d'autre. Les uns se plaignent que les médications proposées aggravent le mal au lieu de l'atténuer. Les autres accusent les Grecs de tricher (incompétence, malhonnêteté…) et de ne pas sérieusement mettre en œuvres les mesures sur lesquelles ils s'étaient engagés.

Des gages sont sans cesse exigés en contrepartie d'une aide quasiment coupée depuis l'an dernier (à l'exception des facilités liquides d'urgence que fournit la BCE aux banques), c'est-à-dire avant l'arrivée du nouveau gouvernement A. Tsipras aux affaires, même si des sondages annonçaient alors son probable succès aux élections de janvier 2015.

Ce jeu se continue en effet depuis l'été 2014, sans que les Européens n'aient fourni le moindre centime à la Grèce qui a puisé dans ses propres réserves pour s'acquitter des échéances de sa dette.

- 2 juin. Après des mois d'atermoiements depuis février, les trois créanciers d'Athènes lui font une ultime proposition sur les réformes à mener pour obtenir les 7,2 milliards dont le pays a besoin pour éviter la faillite. Le 14 juin, les discutions sont interrompues.

- 26 juin. Nouveaux blocages. A. Tsipras annonce alors l'organisation d'un référendum. Les Grecs devront se prononcer sur les propositions de la Troïka. Stupeur générale.

- L'Eurogroupe se venge : Yanis Varoufakis est expulsé le soir même de la réunion et les négociations sont interrompues. Réflexe de banquier : Le tout est mis au débit des Grecs.

- 1er juillet. Krach boursier en Chine. Chute de 25% des actions chinoises en une quinzaine de jours. Depuis un sommet à près de 5.200 points mi-juin, l'indice composite de la Bourse de Shanghai (SSE Composite index) est repassé dans la séance du 30 juin sous 3.900 points accusant une baisse de 25%, avant de rebondir à la clôture. Celui de Shenzhen, plus domestique, a décroché de 21% sur la même période. Quant au ChiNext, baromètre des valeurs technologiques, il a dégringolé de 29% depuis son record de début juin. Information passée inaperçue. Les Européens ont d'autres chats à fouetter.

- Dimanche 05 juillet. Le référendum est organisé. Le «non» (aux propositions de la Troïka) l'emporte avec plus de 61% des voix. Un vrai revers pour tous ceux qui voulaient se débarrasser du gouvernement Tsipras. Evidemment, il n'est pas question d'offrir le moindre espoir à ce résultat.

Les pays endettés qui, à des degrés divers, ont accepté les mesures d'austérité ressentiraient cette issue comme un encouragement pour les partis d'opposition similaires à ceux de Syriza. Les Ibères redouteraient à raison le résultat des prochaines échéances législatives prévues dans quelques mois. En Espagne, lors des dernières élections municipales en mars, les conservateurs ont perdu les Madrid et Barcelone ainsi que de nombreuses métropoles régionales au profit du Syriza local.

- Dans la nuit du 05 au 06 juillet. Démission de Varoufakis. Démission surprenante (car le ministre grec des Finances ne l'avait envisagée que dans l'hypothèse d'un «oui» majoritaire au référendum) avait été interprétée comme un apaisement que le gouvernement grec voulait produire dans ses tractations avec ses partenaires. En réalité, Y. Varoufakis révèle avoir été mis en minorité (à deux contre quatre) lors d'une réunion du cabinet au cours de laquelle il prônait une ligne dure qui devait aboutir peu ou prou à une sortie de la Grèce de l'Euroland.[5]

- Lundi 06. Le président français accueille à Paris la chancelière allemande. Aucune déclaration n'a ponctué cette visite, si ce n'est les vagues formules diplomatiques habituelles. La BCE annonce de son côté maintenir ses aides liquides d'urgence plafonnées aux banques grecques.

- Mardi 07. Reprise du dialogue de la Grèce avec ses créanciers.

- Mercredi 08. Débat à l'Assemblée nationale française sur la Grèce. Déclaration de Valls à l'Assemblée nationale : «Affaiblir la Grèce, c'est donc nous affaiblir collectivement. C'est un affaiblissement de l'Europe, avec des répercussions notamment économiques. C'est cette inquiétude que partagent les dirigeants américains et chinois. Le monde nous regarde. Et s'interroge.» (…)

«Accepter désormais, non sans renoncement, une sortie de la Grèce de la zone euro, c'est être en contradiction totale avec nos valeurs et les orientations que la France a toujours voulues pour l'Europe. C'est un aveu d'impuissance. Au nom de ce qu'est la France, je m'y refuse.» (…) «Nous avons donc cinq jours. C'est en partie le destin de l'Europe, comme construction politique, qui se joue. Nous devons pleinement nous engager. Le temps est à l'action.»

Le même jour, les Grecs soumettent formellement leur demande d'aide d'urgence dans le cadre du mécanisme européen de stabilité (MES).

Jeudi 09. Ils présentent un programme complet de réformes précises à mener à court et à moyen termes.

- Tsipras propose l'ouverture de négociations sur la base des propositions des créanciers que les Grecs avaient refusées par référendum.

- Dans la nuit de vendredi 10 à samedi 11 juillet, le Parlement grec autorise le gouvernement grec à entamer ces négociations. Les députés ont voté cette autorisation à 83%, donc bien au-delà de la majorité qui a permis à A. Tsipras d'arriver à la tête de l'Etat.

Les propositions de la Grèce avaient été jugées acceptables, une bonne base pour conclure des négociations qui n'avaient que trop duré.

Vendredi 10 juillet. Surprise et paradoxe. A la surprise générale, silencieux depuis la rencontre Hollande/Merkel, les Allemands remettent tout en cause et refusent les propositions grecques. Ils vont même jusqu'à faire circuler un projet de sortie temporaire de la Grèce de l'Euroland pendant cinq ans, une période devant lui permettre de remettre à niveau son économie et ses finances[6].

La veille, les députés grecs ont voté deux textes : un qui concerne la politique économique du gouvernement, reprenant une large part des mesures proposées par ses partenaires. Un second texte demande le rééchelonnement de la dette grecque.

Un bruit court selon lequel l'Allemagne serait disposée à se retirer de l'Euroland.

Toute sorte d'informations circule et on comprend que ces annonces pirates participent d'une guerre de l'information pour peser sur des négociations ardues entre des partenaires arc-boutés sur leurs positions.

Pourquoi ce revirement brutal et surprenant ?

On se retrouve devant une situation paradoxale : la Grèce accepte enfin les propositions de ses partenaires alors que son gouvernement a organisé un référendum pour les refuser. Voilà maintenant que l'Allemagne refuse les propositions qu'elle faisait à la Grèce et que celle-ci a fini par accepter. Argument allemand : le revirement grec n'était pas sincère, en foi de quoi elle décide que les Grecs ne sont pas fiables et qu'il y a une rupture de confiance.[7]

De questions financières on passe curieusement à des questions de nature psycho-politique sur lesquelles il est difficile d'avoir prise. Les événements se précipitent :

Samedi 11 juillet. Après neuf heures de discussions infructueuses, l'Eurogroupe décide de reporter ses travaux au lendemain n'étant pas parvenu à un accord. Il ne le sera pas davantage dimanche. Le blocage touche à de nombreux aspects de la question que seuls les chefs d'Etat seraient à même de traiter.

Dimanche 12 juillet. Le sommet des chefs d'Etat de l'Union prévu à 16h (14h GMT) a été transformé en sommet des seuls 19 chefs d'Etat membres de la zone euro. Au passage il convient de noter que ce changement et cette réduction vont réduire d'autant les prérogatives de Donald Tusk, président du Conseil européen.

Cette chronologie montre à la fois l'incohérence, l'inconséquence, les contradictions, l'agitation désordonnée, le manque de maîtrise de soi des principaux protagonistes…

Pas très partageux, la solidarité n'est plus d'époque, la Norvège, la Suisse et tout récemment l'Islande refusent de rejoindre l'Union. Et il est vrai que la crise économique et financière depuis 2008-2009 n'a pas ménagé l'économie de l'UE. Chômage, inflation, endettement, déficits… émaillent l'actualité des pays hétéroclites qui la composent. Sans projet politique clair, sans moyens militaires autonomes, sans diplomatie identifiable, c'est vrai aussi que la «Grande Europe», trop vite élargie et pas suffisamment approfondie, fait moins rêver. Beaucoup ont utilisé l'UE comme antichambre de l'OTAN. On se souvient de la colère du président J. Chirac face à la Pologne (la partie de D. Tusk) qui a juste attendu son entrée officielle dans l'UE (Copenhague, décembre 2002) pour aussitôt annoncer son projet d'achat d'avions de combat américains.

Une nouvelle étape vient d'être franchie. Pour la première fois dans l'histoire de l'Union il est question d'en chasser un de ses membres. Des mots parfois très durs sont échangés au cours de semblables rencontres. Jamais les noms d'oiseaux n'ont fleuri ainsi, au vu et au su de tous. Et pas seulement entre Grecs et Allemands.[8]

Il importe maintenant de tenter de cerner et de décrypter le jeu des acteurs de cette tragédie. Celui de la Grèce, bien sûr, mais aussi celui de l'Allemagne et de la France, deux partenaires que l'on continue en France (et seulement en France) à tenir pour un «couple» ou une «clé de voûte».

A suivre

Notes

[1] On trouvera le détail de cet accord (commenté point par point par Yanis Varoufakis dans son blog) sur le site : http://www.humanite.fr/yanis-varoufakis-met-en-lumiere-les-appetits-des-liquidateurs-de-la-grece-579513. Syriza ne serait-il qu'un avatar des partis socialistes européens ? A gauche dans l'opposition et subitement ragmatique à peine parvenu aux affaires ? A moins d'imaginer un A. Tsipras assoiffé de pouvoir et prêt à tout pour s'y cramponner, la signature d'un tel texte par le gouvernement grec demeure encore une énigme.

[2] A. Benelhadj : Les enjeux géopolitiques de la dette grecque. Le Quotidien d'Oran, 05 et 06 juillet 2015.

[3] Avant l'Opération Attila (alias Opération Anton, novembre 1942), les Français conservaient leur Empire, leur flotte et partageaient leur territoire. Hitler savait lui aussi user de la technique du « nœud coulant ».

[4] Une coalition de gauche diverse avec un allié souverainiste et non d'extrême droite, comme se plaisent à le répéter inlassablement certains politiques et journalistes.

[5] M. Varoufakis, persuadé d'avance que la situation «voulue par la BCE pour sceller un accord» allait se produire, avait prévu «un triptyque» d'actions pour y répondre : «émettre des IOUs» (phonétiquement «I owe you», «je vous dois», des reconnaissances de dettes en euros); «appliquer une décote sur les obligations grecques» détenues par la BCE depuis 2012, pour réduire d'autant la dette, et «prendre le contrôle de la Banque de Grèce des mains de la BCE». (Le Parisien le L. 13/07/2015 à 21:54)

[6] Le Finlandais Alexander Stubb aurait été sommé samedi par le Parlement de son pays de négocier une sortie de la Grèce de la zone euro, selon la télévision publique YLE.

[7] Réponse de F. Hollande dimanche après midi à Bruxelles juste avant le début du sommet des chefs d'Etat : « Il n'y a pas de sortie provisoire de la Grèce. Il y a Grexit ou pas Grexit. Et de cela je n'en veux pas »

[8] « Ne me prends pas pour un imbécile ! » lança Wolfgang Schäuble à Mario Draghi patron de la BCE, dimanche 12 juillet, au moment où la tension atteignait des « sommets ».