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Gouvernement : De quoi a peur Sellal ?

par Ghania Oukazi

Les habitants d'In Salah continuent de protester contre l'exploitation du gaz de schiste même s'ils sont pratiquement convaincus que le gouvernement ne s'en tiendra, pour les années à venir, qu'aux études techniques.

La dernière sortie médiatique du Premier ministre à la télévision publique en a été peut-être pour quelque chose. C'est, en effet, Abdelmalek Sellal qui leur a donné des assurances sur ce sujet. Mais il semble qu'il a manqué de quelque chose de percutant pour que les foules se dispersent et (re) deviennent confiantes. Les contestataires du sud du pays ne sont pas d'ailleurs les seuls à être restés sur leur faim. La prestation de Abdelmalek Sellal a bien manqué de pertinence et de courage «médiatique». Les raisons sont simples.

Bien que le discours politique consacre le dialogue comme « instrument pacifique de règlement des conflits », le gouvernement peine à s'en instruire et à s'en accommoder au regard des difficultés qu'il trouve pour affronter l'opinion publique par le verbe qu'il faut et les moyens de sa transmission qui lui donnent toute sa dimension auprès du citoyen. Annoncée par spots publicitaires successifs, son intervention à la télévision publique se devait d'être un moment de grandes «confessions» sur deux problématiques essentielles, la chute du prix du pétrole et les mesures prises par le gouvernement pour y faire face ainsi que l'utilité du gaz de schiste et ses inconvénients. Le 1er ministre n'a pas su cacher qu'il était venu ce jour comme pompier pour éteindre un feu qui s'attisait au fur et mesure que le temps passait et les déclarations des uns et des autres sur l'exploration du gaz de schiste se contredisaient. L'on s'interroge, en premier, de quoi avait peur Sellal pour refuser un direct et faire enregistrer une intervention dont l'objectif premier était d'apaiser les esprits. Il pensait qu'avec trois questions bien choisies, des journalistes triés sur le volet, de surcroît des responsables dans des médias publics, des réponses déjà développées par tous les politiques, le tout n'ayant même pas pris une heure de temps, il pouvait convaincre des populations en mal de confiance en leurs gouvernants. Pari raté. Il est clair et évident que le gouvernement manque de pertinence pratiquement dans toutes les démarches qu'il entreprend. Choisir d'enregistrer à peine une heure d'intervention pour un espace qui s'appelle « débat de l'heure » a été la preuve de la pire des fermetures… d'esprit. L'opinion attendait que le 1er ministre se prête à toutes les questions, sans préalables et sans détours. L'idéal aurait été qu'il se présente à la télévision avec quelques experts, y compris ceux qui apportent la contradiction à son discours, pour mener un véritable débat avec antenne ouverte au public, entre autres, aux habitants d'In Salah. Le direct aurait été, pour cela, un moyen de transparence et d'échanges sans égal parce qu'il aurait libéré la parole officielle et citoyenne. Il semble, cependant, que le dialogue, le débat et la concertation sur les questions essentielles de la Nation, aussi cruciales soient-elles, sont loin de devenir «la vertu» de nos gouvernants. Abdelmalek Sellal est pourtant quelqu'un qui est connu pour être à l'aise quand il descend sur le terrain. Il n'a jamais craint les critiques ni les reproches des citoyens parce qu'il a toujours choisi de parler leur langage. Peu importe la manière dont il s'adresse à eux. Blagues à part, il s'est à maintes reprises approché des foules mécontentes pour les écouter et même leur faire changer d'avis. Il se fiche même qu'il lui soit reproché de ne pas maîtriser le verbe ou sa prononciation. «Pourvu qu'ils me comprennent et saisissent le message», a-t-il toujours soutenu sans complexe. Il lui est souvent reproché de ne pas terminer ses phrases et de passer d'une idée à une autre sans en ponctuer ni la fin ni le début. Il faut lui reconnaître, cependant, que c'est le seul homme politique algérien qui fait le buzz à chaque fois qu'il parle. Même ses détracteurs avouent qu'il est pratiquement le seul responsable à être attendu, écouté et critiqué plus qu'il en faut. Il doit alors profiter de cette audience pour affronter l'opinion publique et répondre à toutes ses interrogations en ces temps de tensions à tous les niveaux. Les habitants d'In Salah continuent de braver le froid, avec banderoles en main, pour réclamer une oreille d'écoute et une voix rassurante. S'il a craint la caméra du direct, il est sûr que Sellal préfère le face à face et la proximité, notamment dans ces contrées qu'il apprécie bien pour y avoir vécu. Il est déjà avancé du côté du Palais du gouvernement qu'il se rendra «prochainement» à Ouargla et In Salah. (Voir le Quotidien d'Oran du jeudi 22 janvier 2015).