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Environnement et pédagogie : Relever le niveau culturel de nos élèves

par Abdelhamid Benzerari

« En découvrant un monde toujours plus riche, l'enfant s'enrichit lui-même ! »

L'école a longtemps vécu sur elle-même et coupée du monde. Elle tend, en effet, a devenir un milieu clos, à l'abri dans son enceinte, donnant par l'enseignement,, par les livres et par les moyens audiovisuels, une image du monde dont la réalité se situe au-delà de l'écriture, de la parole ou de l'écran. On y fait référence à des objets que les sens n'atteignent pas directement et qui par conséquent restent objets de mythe. Et les enfants se plaisent aux mythes !

Proposer une pédagogie de l'environnement c'est, une nouvelle fois, tenter de repousser les murs de la classe. Aujourd'hui, dans des conditions souvent difficiles, car nombre d'écoles sont enserrées dans le « tissu urbain » artificiel, maussade et monotone, sans espoir de s'ouvrir sur le grand jardin de la nature.

L'environnement urbain est tout autant capable de fournir le stimulant et le support des activités d'éveil que le « milieu naturel ». S'il s'agit d'apprendre à lire le monde, la méthode s'en prendra à celui qui est offert immédiatement.

« L'environnement fournit de multiples sources de sollicitation pour l'activité des enfants. Il est à peine besoin de signaler la possibilité, en ce domaine, d'organiser facilement des classes –enquêtes qui constituent un des chemins les plus féconds de l'exploration du milieu. Les élèves sont en contact permanent avec l'environnement : on peut donc être assuré que celui-ci offre toujours plusieurs moyens de favoriser l'éveil. Il serait même légitime de prétendre que, sur ce point, les activités d'éveil se confondent exactement avec l'étude de l'environnement (qui ne se confond pas avec l'accumulation des connaissances sur l'environnement).»

Savoir aussi ce qu'est l'environnement. Il ne se résume pas à un espace dont l'étude se reporterait sur une discipline particulière. Il comprend toutes les conditions et relations d'existence.

On parle assez longuement de l'environnement technologique, un peu de l'environnement temporel, ailleurs de l'environnement social.

Il y a aussi un environnement institutionnel et notamment un environnement administratif dont la connaissance pratique constitue une préparation utile à la vie quotidienne. Il ne s'agit pas tant, selon nous, de connaître l'environnement, mais plutôt de le comprendre. « Le but de l'école élémentaire actuelle pourrait être résumé par un pastiche de la célèbre formule cartésienne : l'on doit veiller à ce que l'enfant soit en mesure de voir clair en ses actions et marcher avec assurance en cette vie. »

Si le livre donne, à titre d'illustration, deux exemples d'un enseignement se recommandant d'une pédagogie de l'environnement et d'un environnement urbain, il n'est en aucune manière un programme d'études. La pédagogie de l'environnement, c'est tout un programme de contenus. Elle s'offre comme un domaine aux maîtres, le domaine par exemple de la pédagogie auquel s'appliquent toutes les ressources vantées des méthodes « nouvelles » en particulier les méthodes actives. Elle n'est en fait possible que si elle correspond à une orientation et à une disposition des maîtres à la pratiquer. C'est pourquoi l'ouverture plaide si chaleureusement : il se veut entraînant, persuasif.

Affaires de maîtres dont il faut envisager la formation, affaires de moyens aussi, en particulier d'équipements et de matériels à l'usage des enfants. Ce sont ces moyens qui mettront l'enfant en prise directe avec « son » environnement et qui éveilleront en lui la conscience que l'homme n'est pas sans recours contre les transformations qui s'opèrent sous ses yeux, anarchiques et polluantes parce qu'incontrôlées. Se développera en lui le sentiment d'une responsabilité poussant à l'action pour le bien de tous.

QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR L'ETUDE DU MILIEU ?

Ce qu'on nomme étude du milieu n'est pas l'étude de tel ou tel objet, corps ou individu, mais celle de « son environnement ». Nous devons amener l'enfant à prendre contact avec la réalité environnante, en utilisant au maximum toutes les ressources offertes par le milieu. Le but de cette orientation de l'activité éducative, est de mettre l'enfant devant un ensemble significatif au sein duquel on l'aidera à opérer peu à peu les distinctions, les analyses et les mises en ordre indispensables. L'étude et l'exploitation du milieu sont ainsi appelées à constituer la trame des activités d'éveil. Milieu naturel et milieu humain sollicitent, sous des formes multiples, l'activité totale de l'enfant, assurant son développement, l'apprentissage de ses techniques d'expression ainsi que l'acquisition de ses connaissances.

Le milieu, c'est tout ce qui nous entoure, matériellement, intellectuellement, c'est tout ce qui se passe, se pense, se croit, s'affirme, s'exprime autour de nous : monuments, vestiges, lieux historiques, observation d'objets, d'animaux, de végétaux, de minéraux, initiation à la vie civique (la commune, organisme administratif et foyer de vie ; la vie collective de la commune), l'homme dans son milieu, les activités humaines…

« L'étude doit en être menée dans la mesure où cet effort et cette prise de conscience nous permettent d'acquérir une connaissance et une compréhension plus large et plus profonde de la totalité des êtres et de l'interdépendance des choses et des idées au milieu desquels se réalise notre vie d'homme. Cette étude nous aidera à devenir réellement nous-mêmes. »

Pour observer réellement, il faut aller aux choses dans le jardin scolaire où les plantes, les fleurs, les arbres, les graines qui germent et se développent, seront observés jour après jour ; allons à l'usine, à l'aéroport, au phare, au port de pêche, à la gare ferroviaire, au barrage de la région, à la station d'épuration des eaux usées, à l'unité de dessalement des eaux marines, à la station thermale, théâtre, école des beaux arts, musée, complexe sportif ,bibliothèque municipale, station météorologique, l'oasis, chott, les ksour…

Il y a beaucoup de choses à apprendre chez le plus modeste boulanger du quartier, la préparation et le pétrissage de la pâte. Mêmes occasions de réfléchir et de s'instruire chez le plombier, le mécanicien, le garagiste, le ferblantier…Et le savoir de l'enfant sera vrai parce qu'il se confondra avec l'expérience personnelle de chaque élève. Voilà l'immense bénéfice qu'on peut attendre des activités dirigées dans le domaine scientifique et technologique.

Ce qu'il faut entendre par ces prescriptions, c'est une invitation pressante à diminuer la part d'un enseignement formel, abstrait, théorique, livresque où prédomine la leçon magistrale, et à introduire en échange le vivant, le concret, le pratique, à exercer les facultés de l'enfant au contact du réel. Son exploitation doit tendre, non pas à la juxtaposition de faits observés, mais à l'interprétation, à l'explication, à la comparaison de ces faits, à la formulation de remarques, des questions et de conclusions. En prenant contact avec la vie, elle est certes un complément à l'enseignement pratique en classe ; elle est cependant plus encore une technique de formation intellectuelle qui convient parfaitement aux activités d'éveil, « basée sur l'observation directe, l'action, l'initiative, le travail personnel, l'étude sur place, puis la compréhension et l'interprétation des réalités concrètes du milieu. ».

« QUELQUES OBSERVATIONS BIEN CONDUITES, VALENT MIEUX QUE L'EXAMEN SUPERFICIEL DE NOMBREUX FAITS. »

L'école doit s'ouvrir à la nature et à la vie, quitter souvent les murs de la classe pour y revenir chargée d'observations bien conduites et d'expériences, s'enrichir de réflexions et de méditations, s'initier à la notation, à l'expression, à la représentation des choses vues, vécues ou senties. Elle doit se sentir constamment solidaire de ce monde extérieur dont elle prépare l'accès.

Cette étude se justifie aisément du point de vue social et du point de vue pédagogique : préparant l'avènement du sociocentrisme, elle répond au besoin de l'enfant de s'occuper des réalités, à son goût pour une activité où l'effort physique se mêle à l'effort intellectuel, à la nécessité pour son esprit de prendre encore appui sur le concret, à son désir de retrouver l'unité de la connaissance sous la multiplicité des disciplines qui lui sont enseignées, aux fins mêmes pour lesquelles l'école existe.

PS :

L'enfant ne voit pas les richesses dont il pourrait profiter. A nous de lui faire prendre conscience de tout ce qui l'environne et qui conditionne sa vie. C'est dans ce but, que j'ai proposé, en 2004, à la direction générale de l'ENTV, un projet télévisuel prêt à exécution. Il s'agissait d'émissions pour les scolaires de documentaires ayant pour toile de fond la découverte, des mini-reportages, des réalités rencontrées lors des sorties guidées par un groupe d'une dizaine d'élèves renouvelables après chaque virée sur les lieux. (Le « VA SAVOIR » local prochainement sur le petit écran .El Watan du 03.06.2004).

Après l'accord conclu, une sélection de 52 émissions de 15 à 20 mn chacune a été retenue (une émission par semaine). « Ziyarath oua Iktichafat » (visites et découvertes), titre que nous avons donné à cette émission. Des domaines aussi vastes qu'éclectiques tels les sciences, les technologies, les sports, les lieux de culture, sites et monuments historiques …ou encore les campagnes de sensibilisation et d'information par le biais de messages à la portée de tous, étaient ainsi privilégiés avec le concours à chaque fois de spécialistes avérés.

Un volet «Ouverture sur le Monde Extérieur» était prévu avec deux émissions : une, en collaboration avec des écoliers tunisiens et la suivante avec les potaches marocains. Le premier tournage s'est déroulé au sein de l'important site industriel «Pelles et Grues» à Ain S'Mara avec les élèves d'une école de Boussouf que la Direction de l'éducation de Constantine m'avait désignée.

A notre grande surprise, cette première émission, que tous attendaient impatiemment, a été simplement annulée et le projet avec : PROJET qui n'a pas été inscrit sur la grille des programmes d'alors.

Malgré la qualité des thèmes choisis, leurs objectifs éducatifs et pédagogiques, n'ont pas suscité assez d'attention pour être pris en considération. Tous les efforts que nous avons déployés pour la réussite de ce projet ont été vains. Je vous laisse imaginer notre déception !...