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Bensaci fustige la mise hors jeu de la sous-traitance locale : L'usine Renault d'Oran critiquée avant de démarrer

par Salem Ferdi



L'usine Renault d'Oued Tlélat à Oran n'a pas encore démarré et elle déçoit déjà le président du Conseil national consultatif pour la promotion des PME, Zaim Bensaci, qui a mis les pieds dans le plat en dénonçant le caractère marginal de l'intégration et donc du recours à la sous-traitance locale. «Quatre pièces en matière d'intégration et sous-traitance… je n'ose pas apporter de commentaires, parce que… ça m'énerve», s'est-il emporté sur les ondes de la chaîne III.  Il est vrai que «quatre pièces» produites en Algérie ne sont pas de nature à corroborer l'annonce d'un taux d'intégration de la production nationale de 20% à 25% dans une première étape pour atteindre par la suite les 60% avec l'inclusion des segments pneumatiques et vitrage.

Dans certains milieux patronaux algériens, qui évitent de s'exprimer publiquement, on estime que la sous-traitance algérienne n'est pas encore prête. Ceux qui sont opérationnels sont déjà occupés, estime-t-on. Un argument que balaie avec vigueur Bensaci, qui estime que ce n'est pas l'absence de sous-traitants en Algérie qui explique leur marginalisation. «Nous avons des sous-traitants qui ont évolué autour de la SNVI. Ces sous-traitants ne représentent, actuellement, plus grand-chose. Puisque les partenariats qui ont été signés avec Renault, Daimler Mercedes Benz, Ferguson… ne leur accordent aucune place».  En juillet dernier, un responsable de la direction de l'Industrie et de la PME à Oran avait indiqué que treize entreprises publiques et privées de sous-traitance d'Oran ont été retenues dernièrement dans le cadre du projet de l'usine  Renault Algérie. Des entreprises qui font partie d'un groupe de 26 entreprises au niveau national spécialisées dans les créneaux du caoutchouc, les batteries, le plastique. Mais à l'évidence, le taux d'intégration restera plus que modeste et pourrait ne pas approcher les 20% annoncés. Il y a donc une divergence d'explication entre des patrons qui «disculpent» Renault et les récriminations de M. Bensaci, qui paraissent d'ailleurs plus destinées aux pouvoirs publics qu'au constructeur français.

ESPOIRS DEMESURES

Certains experts algériens font remarquer cependant que les autorités algériennes ont nourri des espoirs excessifs sur l'usine Renault Algérie alors que l'investissement est modeste (50 millions d'euros) pour 350 postes de travail. L'usine doit produire au début 25.000 véhicules par an pour atteindre à terme 75.000, le tout assorti d'un délai de «non-concurrence» de trois ans. A l'évidence, le marché algérien offre des débouchés suffisants pour les ventes. Quant aux espérances de voir un tissu de sous-traitance se mettre rapidement en place, elles paraissent bien excessives. Les entreprises qui peuvent prétendre au rôle de sous-traitant ne sont pas nombreuses et elles doivent nécessairement faire une mise à niveau. Slim Othmani, patron de NCA et dirigeant du think tank Care, avait souligné que les sous-traitants algériens devaient relever par eux-mêmes le défi sans compter sur le gouvernement. «La question (de la relance industrielle) pourrait être traitée d'une façon extrêmement efficace en réunissant tous les acteurs de l'industrie automobile autour d'une même table, pour discuter de comment ils envisagent de développer la sous-traitance, et à partir de là, on peut se préparer à l'arrivée de certains acteurs comme Renault», avait estimé M. Othmani. A l'évidence, cette préparation n'a pas été faite. Sans compter que Renault dispose d'une plateforme au Maroc avec un réseau de sous-traitance déjà opérationnel qui pourrait satisfaire «Oued Tlélat». L'élargissement de la sous-traitance algérienne autour de l'usine se fera beaucoup plus lentement que souhaitée par les pouvoirs publics. Bensaci, lui, ne semble pas du tout y croire. Il ne s'attend à rien de la part des entreprises étrangères. Le salut, il le voit dans les grands groupes publics, comme Sonatrach et Sonelgaz qui, dit-il, «ont des pièces à sous-traiter» et qui peuvent cesser d'importer celles qui «peuvent être fabriquées ici».