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Mohammed VI renoue avec le wahhabisme

par Y. Mérabet *

En cette dernière semaine du mois d'avril 2013, le Haut conseil scientifique du Maroc, instance édictant des fatwas de recours, a confirmé que l'islam radical ne tolère aucune liberté de conscience. Les muftis du Royaume, chapeautés par le roi Mohammed VI, ont réactivé la tradition utopique de la charia promettant la peine capitale à tout musulman qui change de conviction.

DE L'OPPORTUNISME POUR SAUVER LE TRONE

Après, l'Égypte, la Libye, la Tunisie, le Mali, maintenant c'est du Maroc de rejoint le peloton des conquérants de l'islam radical.

Etonnant ! Le roi du Maroc vient de renouer spontanément avec l'islam radical, outre cette soumission au diktat des pétroliers arabes, l'Arabie Saoudite et le Qatar. A grand flots de pétrodollars les pétroliers arabes obligent Mohammed VI, roi du Maroc et Emir des croyants à rejoindre la Tunisie, l'Egypte et la Libye, peloton des conquérants de l'islam radical. Pourtant le père du jeune monarque marocain, le feu Hassan II, a bien dit que " Le pétrole c'est le malheur des arabes, je préfère la paix à l'argent du pétrole ". Cette volte-face subite du roi inquiet le gouvernement algérien et met en cause la paix et la sécurité du bon voisinage. Certains médias politiques y voient en ce message une jalousie effrénée du roi envers le Président Abdelaziz Bouteflika et son peuple, pour avoir résisté et mis en échec les multiples tentatives de déstabilisation du pays. Le Président use de son pragmatisme politique en faisan fi des conflits à intérêt politico-économique. D'autres médias imputent à cette opportuniste manœuvre du royaume, à la rage du roi de voir l'Algérie soutenir pour l'éternité le droits des sahraoui à l'indépendance. La monarchie de droit divin préserve ainsi ce qui fonde sa légitimité et fait lien entre les Marocains. Le régime ayant concédé quelques infimes droits à son peuple, sa fatwa vient rappeler le tranchant de l'épée qui dessine des frontières nettes. Terre d'islam ici, Occident au-delà. Allah, la Patrie et le Roi sont la trinité officielle du Maroc où les prêches dans les mosquées et les lieux de culte jouent le rôle déterminant afin de domestiquer les masses. A cela, par des fatwas (dérogation), le roi vient d'ordonner à ses bourreaux d'amputer une main à tout voleur à la tire, se trouvant dans le besoin d'apaiser sa faim, de battre en publique les femmes qui opprimées de liberté, de décapiter des tètes des personnes insoumises à la monarchie, et de marcher sur les ventres des femmes enceintes qui violent la loi conjugale… Une fatwa de l'Emir des croyants peut-elle suffire à ces obligations? Il n'est pas étonnant qu'il méprise la liberté et que les marocains ne réussissent pas à fonder un État de droit. La soumission collective à cette violence fonde la " Umaa ". De ses entrailles sortent des leaders qui usent de la coercition pour juguler les masses et les soumettre au diktat du Ciel, c'est-à-dire à ses lieutenants sur Terre. Que ces poltrons d'occidentaux, maitre de l'œuvre du " printemps arabe ", n'aillent pas croire qu'ils vivront hors de portée de l'épée des émirs du ciel! Les fatwas, les menaces de mort et les différentes formes de passage à l'acte sont au nom de l'islam et au maitre des cieux.

L'EMERGENCE DE L'ISLAM RADICAL

L'islam radical est une branche dure du sunnisme qui a donné naissance à toutes les formes du terrorisme que toute la planète endure. Obscure et violente, cette branche, se caractérise par son radicalisme aigu et un comportement répressif, à l'égard de tout musulman n'appliquant pas à la lettre les obligations du coran. En réalité, le Wahhabisme tel qu'il est présenté aujourd'hui, est une phalange rigide de l'islam radical. Cette interprétation apparue à la péninsule arabique au XVIII siècle de l'ère chrétienne sous l'empire ottoman, enseignée par un certain Mohammed Ibn Abd Al-Wahhab (1703-1787). En ce temps, l'Empire ottoman s'étendait à la périphérie de la péninsule arabique, englobant les régions littorales et les lieux saints de l'islam, la Mecque et Médine. Après quelques légères connaissances en théologie acquises sous l'ombre des mosquées du désert d'Arabie, Mohammed Ibn Abd Al-Wahhab était rentré à son village d'Uyaynah, oasis du Najd, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Riyad et situé hors de l'espace de contrôle des mamlouks ottomans, ce qui a permis à cet individu dispenser de brulantes prêches appelant au djihad contre les ottomans d'obéissance sunnite.

Mais son intégrisme est mal perçu par les sages et il se voit obligé de quitter les lieux. Ii trouva refuge dans l'oasis ailleurs dans une autre oasis appelée Ad-Diriyah, à une demi-journée de marche plus au sud. Là, l'émir local, Mohammad Ibn Saoud (Mohammad Al Saoud), s'intéresse à ses discours incendiaires et conclut avec lui un pacte qu'il scelle en lui donnant sa fille en mariage. La famille Saoud en fond de ses discours une stratégie de guerre et devient le bras armé du mouvement, Ibn Al-Wahhab son idéologue, version islamique de l'alliance " du sabre et du goupillon ".

Ils déclarent hérétiques les musulmans opposés à leur vision radicale de l'islam et, leur déclarant le " jihad, partent en campagne contre eux. En 1787, Ibn Al-Wahhab meurt, mais son idéologie lui survit et l'expansion territoriale des Saoud se poursuit. En 1802, ils s'emparent de Karbala (en Irak), l'année suivante, ils prennent la Mecque.

Les Ottomans finissent par s'inquiéter de ce mouvement composé de bédouins sanguinaires et têtus qui sèment la panique au sein de l'unité des musulmans. Ils dépêchèrent Mohammad Ali, le maître de l'Égypte, en Arabie avec son armée. En 1813, il reprend le Hedjaz, mais ne parvient qu'en 1818 à détruire partiellement ce mouvement.

Vaincus, les Saoud restent pourtant fidèles au pacte passé avec Ibn Wahhab. Né en 1880, et inspiré sur l'idiologie du mouvement et les récits de cette drôle de révolte de ses ancêtres, à peine sorti de l'adolescence se soulève. Un matin de 1901, avec une quarantaine de compagnons, il marche sur Riyad. Se postant en embuscade, ils attendent le passage du gouverneur entre son palais et la mosquée. Quand celui-ci apparaît pour se rendre à la prière, ils le tuent. À la suite de cet crapuleux assassinat devant un lieu saint, Abd Al-Aziz prend le contrôle de la ville et s'impose comme roi du Najd. Après la Première guerre mondiale, il repart en campagne et, en 1924 reprend le Hedjaz, puis l'Asir et constitue le territoire actuel de l'Arabie Saoudite.

Abd Al-Aziz ayant atteint ses objectifs politiques, il veut mettre un terme aux campagnes militaires et n'arrive plus à éteindre le feu. Mais les jeunes guerriers bédouins ne rêvent, eux, que de continuer la guerre. Le roi cherche bien à les sédentariser dans des oasis agricoles, mais leur rêve c'est tuer et détruire, ils poursuivent le " jihad " et lancent des attaques contre l'Irak, alors sous contrôle britannique. Par peur de représailles de l'armée britannique il se retire dans son désert pour massacrer tous les musulmans non-wahhabites.

En 1938, la découverte de pétrole dans la région de Dhahran donne à l'Arabie Saoudite une nouvelle importance. Sans attendre, la Standard Oil, compagnie américaine, signe un accord avec le roi. Le " jihad " peut désormais continuer sous une forme non militaire, en propageant l'idéologie wahhabite en dehors des frontières du royaume grâce au pouvoir de l'argent. Au cours des années 80, sur le terrain de la guerre d'Afghanistan, la relation américano-saoudienne prendra toute son importance, jusqu'à permettre l'émergence d'un personnage comme Oussama Ben Laden.

Conclusion

Aujourd'hui, en Arabie Saoudite, la problématique consiste à réduire l'idéologie wahhabite pour limiter les pulsions terroristes, sans détruire les forces assurant la cohésion du pays. D'une manière ou d'une autre les Ibn-Saoud ont trouvé chez leurs confrères marocains un terrain propice pour semer leur répugnante idiologie, un signal fort pour l'Algérie.

* Journaliste indépendant (ASFIR ex AARI)