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Notre supplément économie avec la collaboration de «MAGHREB EMERGENT»-Le dernier verbe des affaires : je saipème !

par Salim Rabia



La vie des mots est instructive. Des jeunes algériens pour signifier qu'ils se rendent à leur travail disent «je vais faire ma tchippa». Par une sorte de confusion de tous les sens «prendre sa tchipa» - qui doit avoir un lien avec le verbe «chiper» synonyme de dérober quelque chose à autrui – est devenu synonyme de travailler et gagner sa vie. Ce n'est pas très joli, rien à voir avec un «je te printanise» ou «je t'amoure» qui font des ravages sur Facebook «dialna». Ces derniers temps, les surveillants des mots ont découvert un «tu es le neveu de qui» qui semble être l'expression d'une relative «démocratisation» de la «chose» laquelle ne se limite plus au tu «es le fils de qui ?». On progresse, n'est ce pas ? Quoique le «neveu de flène» ne soit pas une formule très créative, elle est trop platement marquée par les «choses» et les «affaires» récentes. On vous le dit, sans ambages, le dernier chic du langage châtié de l'enrichissement sans cause apparente au Maghreb central est un très beau «je te saipèmerais jusqu'à satiété». Les Algériens qui n'ont pas soldé les vieux contentieux avec l'ancien colonisateur ne se gêneront donc pas de choquer l'académie française. Il y a eu sur Facebook, en langue arabe, un terrifiant «Chekaba» que certains persifleurs ont voulu «Chakiber» en français. Mais pour le verbe «Saipemer», le terrain est fertile et l'imagination peut voguer sur de nombreux rivages. Cela va du «se saper» à l'œil à saper une réputation et une entreprise. Et sur ce mode, c'est la Saipem qui commence à trinquer le plus. A en croire, le syndicat d'une entreprise de forage, plus personne en Algérie ne veut prendre le risque d'être soupçonné de conjuguer le verbe Saipemer au présent ou au futur. Non, il vaut mieux «prendre une participation» - c'est le mot à la mode pour ne pas dire «privatisation» - dans une entreprise publique à l'arrêt. Ou, mieux, monter une télévision algérienne juridiquement étrangère… On n'a pas encore trouvé le «bon mot» ou le verbe «idoine» pour désigner cette étrangeté nationale. Mais les persifleurs qui ont déjà «saipemé» la toile finiront bien par mettre des mots précis à ces choses troubles.