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Bipolarisation actualisée ?

par Abdelkrim Zerzouri

Le sommet pour la démocratie organisé ces derniers jours par le président américain Joe Biden, comme par ce dernier lors de sa campagne électorale, force-t-il le retour à un monde bipolaire ? En invitant quelque 110 pays à ce sommet, tenu en visioconférence, les 9 et 10 décembre derniers, Joe Biden a tracé une nouvelle carte du monde, constituée de deux systèmes politiques, avec d'un côté les pays qui partagent les valeurs démocratiques et d'un autre les pays autoritaires, voire dictatoriaux, selon une vision actualisée de la bipolarité mondiale datant de l'époque de la guerre froide. Les pays qui n'ont pas été invités à ce sommet, parmi lesquels figurent l'Algérie, la Chine, la Russie, la Turquie, la Hongrie, et bien d'autres (en tout plus de 60 pays), commencent à se poser des questions, légitimes, sur l'avenir de leurs relations avec les Etats-Unis.

Si pour la Chine et la Russie, les raisons de leur mise à l'écart du groupe des pays démocratiques sont clairement liées à leurs divergences avec les Etats-Unis, bien d'autres pays ne comprennent rien aux critères qui ont présidé au choix des pays invités au sommet en question, dont le Pakistan, les Philippines et l'Angola, deux pays qui pratiquent des modèles politiques très différents de la démocratie vue par Washington. La Chine et la Russie ont vite réagi, accusant le président américain d'attiser les divisions idéologiques comme au temps de la guerre froide, quand le monde était divisé en deux blocs. Mais l'Algérie et d'autres pays exclus de ce sommet gardent encore le silence face à leur «disqualification» par l'organisateur de l'évènement. Une exclusion basée sur le rapport ‘Freedom in the world 2021', établi par l'Organisation non gouvernementale (ONG) américaine Freedom House, qui classe les pays non invités au sommet sur une liste rouge de pays où la liberté n'est pas respectée. Est-ce à dire que les Etats-Unis vont aller plus loin encore dans leur logique en matière de relations bilatérales avec les pays non invités au sommet ?

Sur un ton diplomatique, les Américains continuent encore à faire croire à ces pays que les relations bilatérales ne souffriront de rien suite à ce classement, mais la réalité est tout autre. Car, les Etats-Unis durant ce mandat du président Joe Biden sont décidés de tracer une nouvelle carte géopolitique, essentiellement axée sur une guerre commerciale contre la Chine, et plus encore si possible. Le monde va résolument vers une nouvelle bipolarisation dans l'esprit de l'ami de mon ennemi est mon ennemi. Dans ce sens, les Etats-Unis sont en voie de diviser le monde en deux blocs, d'un côté la Chine et les pays amis de la Chine, et de l'autre les pays ennemis de la Chine, qu'importent leurs modèles politiques, et les pays amis des Américains qui partagent son idéologie politique. Et ces derniers font en sorte qu'il n'y ait pas de bloc intermédiaire. D'ailleurs, les Américains ne se font pas trop d'illusions là-dessus, ils savent pertinemment que les choix sont faits. Les pays amis de la Chine, qui ne partagent pas forcément son modèle politique, ne sont pas prêts, pour rien au monde, à changer leur position. Et la démocratie ? C'est un modèle politique qui n'est pas une propriété d'un pays ou d'un autre, et qui ne peut s'offrir en cadeau par un pays à un autre.