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Ces textes d'application de la loi 19-13 ne seraient–ils pas un prétexte pour son échec ?

par Reghis Rabah*

28 sur 38 de ces décrets exécutifs ont été examinés par le conseil du gouvernement dans sa réunion du lundi 11 janvier 2021, mais est-ce pour autant une bonne novelle pour les multinationales ? Ce n'est pas évident ! Toutes les sociétés multinationales qui promettaient un partenariat en exploration – production (E&P) ont brillé par des signatures de Memorandum Of Understanding (MoU) de simples promesses sans engagements mais chacune a tiré son bénéfice sur le terrain

3- Que sont devenues les compagnies qui ont poussé Sonatrach vers cette euphorie ?

Cette situation laisse le soin à Sonatrach de donner matière à une presse locale non spécialisée, donnant l'impression que Sonatrach « bouge », et surtout éviter de présenter le bilan sans perspectives, pendant que la presse spécialisée internationale se demande pourquoi Sonatrach fait autant de bruit autour des MoU sans engagements (16)

3-1- la Française Total

Rappelons que le Patron de Total et le directeur général de Repsol Didier Wloszczowski ont jeuné avec Ould Kaddour le Ramadhan 2018, selon les déclarations même de ce dernier. Pourquoi ? Ils venaient de reconduire un contrat « tout bénef » sur 25 ans et sans aucun risque, dans le même « package », il a été convenu de créer une société mixte pour la réalisation d'un projet pétrochimique de production de polypropylène conduit par le directeur exécutif du business développement de l'équipe Ould kaddour, Toufik Hakkar, l'actuel PDG de Sonatrach(17). Le champ de TFT, très connu par les équipes de Sonatrach est mis en association pour des broutilles de 85,236 millions de dollars pour Total 73,224 millions de dollars pour Repsol pour un investissement global de 324 millions d'un programme additionnel de recherche et d'exploitation. La part de Sonatrach est évaluée à 165,54 millions de dollars. Tout cela est nécessaire pour faire quoi ? Le forage de 11 nouveaux puits, l'installation d'une unité de compression de basse pression en amont de l'usine, et en l'optimisation du réseau de surface et de fonctionnement de l'usine. Ce programme qui sera réalisé en Engineering –Approvisionnement – Construction (EPC) par les équipes de Sonatrach qui ont une connaissance parfaite du champ pour l'avoir exploité seules pendant près de 20 ans. Il n'y a apparemment aucun apport technologique de ces associés à part ces petits montants sans importance puisqu'il s'agit uniquement de faire des forages et booster le gisement qui permettront sur une durée de 6 ans à maintenir la production actuelle du bloc 238 du vaste champ de TFT à 80000 barils équivalent pétrole par jour représentant 3 milliards de m3. Sonatrach qui acte pour le compte de toute la nation et qui se trouve actuellement en pleine crise de liquidité, perdra une partie importante de ce programme additionnel qui permettra également de récupérer les réserves en plus estimées à plus de 250 millions de baril équivalent pétrole dont 29,2 milliards de m3 standard de gaz sec. Rappelons que la production de ce champ a démarré au rythme de 5 millions de m3 /j de gaz humide pour atteindre progressivement le débit nominal de 20 millions de m3/j, soit environ 7 milliards de m3 par an, Ce gaz humide est séparé en gaz sec, GPL et condensats dans l'usine d'extraction du champ, qui comprend deux trains de traitement identiques construits par Brown &Root avec la participation de plusieurs sociétés de service algériennes. Les condensats et les GPL sont ensuite transportés séparément jusqu'à la côte au rythme de respectivement 2800 tonnes/jour et 2600 tonnes/jour, Le gaz naturel sec est quant à lui expédié dans le réseau de transport Sonatrach. Les investissements déjà consentis pour le développement de ce gisement sont de 1,2 milliards de dollars et ont été fractionnés en deux phases. La première a consisté en la mise en production du gisement le 18 mars 1999 et ce, par la réalisation de 2 trains de traitement de 10 millions m3/j chacun, et de respectivement 3 lignes d'expédition de gaz, de condensat et de GPL lancée en mai 2010, la seconde phase a vu la réalisation d'une station de boosting en vue de maintenir le plateau de production à 20 millions m3/j pendant 5 années. Ce qui est en plus bizarre dans cette affaire est le fait que Total dans son communiqué diffusé sur son site le 11/06/2018 parle de prolongation de licence par Alnaft dont la presse Algérienne n'a pas soufflé un mot comme si le PDG de Sonatrach la représente. En tout cas, le résultat est là et s'annonce clair : on investit plus d'un milliards de dollars dans un tas de ferraille à l'étranger pour laisser filer ce qu'il y a entre nos mains. Si plus précisément Total voulait un partenariat gagnant /gagnant, pourquoi n'irait –elle vers les quartzites de Hamra qui suscitent un grand intérêt pétrolier vu les quantités en hydrocarbures extraites et existantes au sein de cette formation ordovicienne. Sommes-nous enfin en face d'un avant-goût de cette stratégie SH2030 ? En tout cas, depuis les entreprises françaises à travers l'association de TFT marquent un retour triomphant en Algérie. Après des années de frictions, les champions tricolores Total et Technip se sont réconciliés avec Sonatrach, compagnie algérienne des hydrocarbures, alors que de nombreuses autres entreprises de moindre envergure ont réussi une percée remarquable dans les services pétroliers et parapétroliers, totalisant des centaines de millions d'euros de ventes. On évoque ces derniers temps un scandale en vue pour la fourniture de tubage (casing) pour le forage par une entreprise française justement selon toute vraisemblance favorisé par un directeur de l'association proche de Total.

3-2 Anadarko complotait derrière le dos de Sonatrach.

Cette société qui s'est engraissée en Algérie et proposait à Sonatrach d'investir plusieurs milliards de dollars en amont pétrolier dans l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste. Elle s'est proposée de forer jusqu'à 1000 puits à la seule condition de lui créer un port- sec dans les régions lui seront affectées. Elle s'est mise subitement à retirer de l'Algérie en catimini en cédant ses actifs. En effet, pour avoir intervenu à temps pour ramener du cash dans une opération de surenchère avec Chevron, Anadarko a promis au Français Total de lui céder son activité en Algérie, Ghana, Mozambique et Afrique du Sud en échange de la modeste somme de 8,9 milliards de dollars rapportés en frais. Total bien entendu, fortement aidée par le pouvoir politique français vise par cette opération l'Algérie en premier lieu. Pourquoi ? Parce que cette opération permettra à la Française TOTAL de prendre le monopole de la production pétrolière en Algérie au détriment de la compagnie nationale. En plus de sa position très confortable autour du GNL avec Sonatrach depuis la signature du complexe du steam cracking en 2018, au demeurant traine à ce jour, ainsi que ses activités dans les lubrifiants, le géant français pourrait rajouter la production d'Anadarko à la sienne. Une telle position confortable pourrait lui donner un monopole de la production pétrolière et affaiblit grandement la position de Sonatrach. Quand on connait les ambitions de l'ancienne puissance coloniale dans son ingérence dans les affaires en Algérie, le lecteur imaginera l'influence qui attendra la diplomatie algérienne dans un secteur aussi névralgique que celui des hydrocarbures. Cela ne s'est pas arrêté là mais tout porte à croire que la crise politique dans laquelle était plongée l'Algérie en ces temps, arrangeait les affaires des multinationales, « Ould Kaddour était pressé d'octroyer les dernières affaires » à ses amis lit-on dans une dénonciation anonyme selon toute vraisssemblance de cadres supérieurs, honnêtes et soucieux de l'intérêt suprême de Sonatrach et de ce qu'elle représente pour le pays. Ainsi après l'entrée en grande pompe d'ExxonMobil et Chevron pour l'exploitation des ressources non conventionnelles, la création d'une joint-venture pour la commercialisation des produits pétroliers sans compter la délocalisation du raffinage en Suisse et en Cécile, 13 mars 2019 dernier la société britannique Petrofac avait remporté un contrat de 1 milliard de dollars pour le champ gazier d'Ain Tsila. Selon cette source anonyme cela ne va pas s'arrêter là. Car cette société, qui s'est avérée la moins disante de tous les soumissionnaires dans l'appel d'offre de la raffinerie de Hassi Messaoud estimé à 4 milliards de dollars, tentait en vain d'ailleurs à travers son lobby de peser de tout son poids pour le concrétiser avant les prochaines élections présidentielles de crainte du changement du management de Sonatrach. Il faut rappeler que cette entreprise, spécialisée dans l'ingénierie pétrolière et gazière est présente dans 24 pays dans le monde mais réalise les 25% de son chiffre d'affaire en Algérie. Comment est elle arrivée à cette performance financière en Algérie ? D'abord par la même méthode qu'utilisent de nombreuses compagnies pétrolières en Algérie à savoir, la création de leur propre lobby en l'entretenant par le biais des versements des commissions et des pots- de- vin. Cette britannique est entrée en Algérie en 2000 dans le cadre du projet Ohanet comme soit disant un investisseur au moment même où le pays en recherchait pour booster le secteur des hydrocarbures afin d'augmenter ses réserves qui constituent sa principale ressource qui lui assure des recettes pour ses différents besoins. A peine quelques mois après, la compagnie australienne BHP Billiton a délégué Petrofac pour la réalisation de toutes les installations du champ d'Ohanet, dans le cadre du contrat à risque pour le développement du gaz dans cette région. Le montant forfaitaire de cette prestation était de 1 milliard de dollars. Petrofac détenait 10% de l'investissement de ce projet. Le champ de l'Ohanet a été reversé à la Sonatrach, suite à l'expiration du contrat en octobre 2011.En 2007, l'association Sonatrach/BP/Statoil Sonahess a confié à Petrofac, un contrat de 665 millions de dollars, pour la mise en place d'une compression de gaz à Krechba. Le 6 octobre 2008, Petrofac a été sollicitée pour la réalisation d'études pour le développement de gisements de gaz des champs de Tinhert et d'Ahnet ainsi que ceux de Menzel Ledjmet Sud Est. Le gros lot durant cette période pour cette compagnie a été réalisé le 3 mars 2009, lorsque le groupement Berkine : Sonatrach/Anadarko, a confié à Petrofac, la réalisation en EPC des installations de CPF El Merk, pour un montant de 2,3 milliards de dollars. Le 11 avril 2011, la société In Salah Gas (ISG), une filiale commune entre Sonatrach (35%), BP (33%) et Statoil (32%), a attribué à Petrofac, le contrat de réalisation en EPC du projet In Salah Gas pour un montant de 1,2 milliard de dollars. Ce projet de développement des 04 champs du Sud d'In Salah Gas, en vue de maintenir le plateau de production de gaz naturel à 9 milliards de m3/an. Le 31 juillet 2013, Sonatrach a signé avec le groupement Petrofac, un contrat de réalisation des installations de séparations et de Boosting d'Alrar dans la région de Stah à In Amenas pour un montant de 52.878.090.785 dinars, équivalent à prés 700 millions de dollars. 11 mois plus tard, soit le 11 juin 2014, le groupement Reggane composé de Sonatrach/Repsol/RweDea Ag/Edison a attribué à Petrofac le contrat de réalisation des installations pour le projet Reggane Nord de la consistance en EPC des Installations de Surfaces, réseaux de collecte et de pipeline d'expédition pour un montant de 976 millions de dollars. Une année avant, son lobby qui a atteint le summum de sa puissance avait tenté d'imposer la création d'un Joint-venture entre Sonatrach et Petrofac. Mais la résistance des cadres du groupe pétrolier Algérien avait repoussé cette tentative. Elle a profité du malheur de l'Algérie lors de l'attaque du champ gazier de Tiguentourine pour rafler un dédommagement de plusieurs centaines de millions de dollars pour avoir immobilisé son personnel pour un contrat non encore mis en œuvre.

*Consultant, économiste pétrolier

A SUIVRE LA SUITE DE CE QUE SONT DEVENUES CES MULTINATIONALES QUI ONT PROMIS A SONATRACH DE VENIR UNE FOIS LA LOI SIGNEE

Revois :

(16)- https://www.mees.com/2020/7/31/corporate/algeria-more-ep-mous/678aec80-d337-11ea-a97c-9d17dfd75c70

(17)- https://www.euro-petrole.com/projet-de-realisation-dun-complexe-de-polypropylene-en-partenariat-signature-des-statuts-de-la-societe-conjointe-sonatrach-total-entreprise-polymeres-n-f-18121