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Crise économique, crise pandémique, désarrois politiques et exubérance paradoxale des marchés financiers

par Abdelhak Benelhadj*

L'année 2020 sera choyée par les historiens qui aiment borner leurs raisonnements par des dates symboliques. C'est totalement arbitraire, mais rassurant intellectuellement et donne l'impression factice d'un pouvoir sur le monde qui passe par l'ordonnancement magique du temps.

Il est un fait que cette année cumule une multitude de crises enchevêtrées et en annonce d'autres avec un sentiment d'être parvenu à un « seuil », un « bord », une « limite », l'orée d'une « transition de phase » comme disent les physiciens. Certes, il n'y a pas plus prégnant, plus inquiétant, plus fascinant... qu'une plage, là où le liquide et le solide jouent avec leur nature.

Le plus remarquable dans l'actualité économique et financière en ces temps pandémiques est le contraste manifeste entre d'un côté l'effondrement économique mondiale et, de l'autre côté, la croissance effrénée des marchés boursiers. Des taux de chutes record des PIB nationaux d'un côté et des taux de croissance record des transactions et des titres en bourse, de l'autre. Ce n'est pas seulement choquant sur le plan moral, notamment au regard du nombre inquiétant d'entreprises en faillite et de travailleurs en perte d'emploi, c'est aussi contraire à toutes les lois ordinaires de l'économie de marché qui subordonne en dernière instance le « monétaire » au « réel » qui, en dépit de leurs capacités imaginatives et innovantes, gage l'univers spéculaire des jongleries financières aussi sophistiquées soient-elles.

Comment expliquer une contradiction si manifeste ?

Pour le comprendre, dans un contexte pandémique qui le révèle, un détour historique sur les quarante dernières années s'impose sur quelques points essentiels, sans revenir en détail sur l'expansion et les progrès économiques et sociaux qui ont suivi la dernière guerre mondiale.

1.- Les politiques de « rigueur » monétaristes instaurées au début des années 1980 ;

2.- L'ubérisation du travail et la numérisation des activités économiques mondialisées ;

3.- La politique « accommodante » des Banques Centrales occidentales qui déversent des quantités illimitées de liquidités sur les marchés pour tenter de répondre à la déflation ;

4.- Le poids croissants des revenus financiers des entreprises et des particuliers ;

Crise épidémique et crise économique

Le nouveau coronavirus n'est certes pas la peste qui touchait tout le monde sans distinction et avait par le passé décimé des millions de personnes. Mais il fallait juste un facteur de portée systémique progressivement menaçant comme peut l'être une épidémie qui dégénère très vite en pandémie, provoquant une panique dans les cabinets et sur les marchés.

La crise épidémique dégénère en crise économique. Ou bien n'est-ce pas plutôt la crise épidémique qui révèle une profonde crise économique déjà là depuis des décennies, depuis la fin des « trente glorieuses » ?

La prise en compte du phénomène ne s'est pas faite immédiatement. Il a fallu quelques semaines pour que du « virus chinois » circonscrit on passe au branle-bas de combat mondial.

Diligents et organisés, les Chinois prendront très vite les mesures nécessaires pour contenir l'épidémie.

Celle-ci dépasse 42 millions de cas et 1,2 millions de décès, touchant les États-Unis qui ont franchi lundi 09 novembre la barre des 10 millions de cas (avec plus de 238 000 morts). Au total, on compte officiellement plus de 50 millions de cas, dont 1.255.803 décès, depuis le début de la pandémie (AFP, mardi 10 novembre 2020). Avec une observation partielle et/ou partiale, les chiffres ne sont plus qu'un repère. Ils deviennent obsolètes dès leur publication.

Un peu partout dans le monde des bilans semblables sont constatés. Les autorités, en l'absence de traitements et de vaccins s'en tiennent aux recommandations de prudence de l'OMS.

Face à la situation, c'est la cacophonie et les polémiques entre scientifiques, entre scientifiques et politiques et entre politiques auxquels l'épidémie offre un nouveau terrain d'affrontement.

Même dans le cadre de l'Union Européenne précisément destinée à ordonner les politiques communes (même s'il n'existe pas d'Europe de la santé), les frontières unilatéralement se ferment et les pays administrent le problème dans le désordre et la dispersion. Chacun d'eux décide selon l'état sanitaire de sa population, de ses moyens et du consensus que les autorités parviennent à instaurer.

La débandade

Le virus va impacter directement les économies, plus particulièrement les activités de services tels le transport aérien, les activités touristiques, la distribution puis de proche en proche l'ensemble des entreprises industrielles. En confinant leurs espaces nationaux et leurs concitoyens dans le plus grand désordre, un peu partout dans le monde, les autorités précipiteront et amplifieront la crise économique.

L'arrêt des activités pendant plusieurs semaines n'est pas compensé par le télétravail ni par un chômage partiel subi. Ce qui ne facilitera pas la consommation et favorisera au contraire l'épargne de ceux qui ont un revenu disponible suffisant. Nombre de travailleurs précaires perdront emploi et revenu dans une promiscuité urbaine paupérisée qui accroîtra leur contamination ajoutant la fragilité sanitaire à la fragilité économique et sociale.

La situation est encore plus difficile dans les pays du sud, en particulier en Amérique Latine, où l'essentiel des activités et du travail sont informels ainsi laissés exposés par les autorités sans la protection des « lois » face aux marchés et au « contrat ».

Un pays du sud. La moitié des 19 millions des habitants du Malawi (petit pays enclavé d'Afrique australe) vivent sous le seuil de pauvreté et quand la pandémie de Covid-19 a frappé le continent, fragilisant encore son économie, 1,1 million de Malawites sont tombés sous ce seuil rien que cette année, selon l'IFPRI (Institut International de Recherche sur la politique alimentaire).

La plupart des gens vivent du commerce informel et de petits boulots qui nécessitent de pouvoir se déplacer. Près de 3 millions de Malawites ont perdu une part de leurs revenus cette année. Conséquences tragiques : les suicides, entre janvier et août, ont augmenté de 57% par rapport à l'an dernier. Des hommes en grande majorité. (AFP, mardi 10 novembre 2020).

Une entreprise du nord. Malade depuis de nombreuses années, coincée entre une compétition « déloyale » (fiscale, salariale et sociale, dans une Europe maastrichtienne impassible) que lui font les compagnies low cost et les compagnies du Golfe accusées d'être subventionnées, et la grogne sociale de ses personnels, Air France va prendre de plein fouet les conséquences de la pandémie. Avec des coûts fixes élevés, elle accuse en mars une réduction de 51% de son trafic et de 57% de ses passagers, notamment la clientèle d'affaires, la plus profitable. Son coefficient d'occupation revient à 66,7%.

En avril et mai ses capacités de transport se réduisent de 90%. Ce qui obligera dans l'urgence, le gouvernement français, comme il le fait pour les autres branches (aéronautique, automobile...) à venir à son secours lui apportant une aide de 7 Mds EUR en avril (un prêt de 4 Mds€ garanti par l'Etat sur 12 mois et un prêt d'actionnaire à maturité plus longue de 3 Mds EUR).1

Mais est-ce seulement de prêts garantis, de reports, de réductions de cotisations ou de paiements d'impôts ou de subventions dont ces entreprises ont-elles le plus besoin ?

La situation de la France n'est pas plus reluisante que celle de sa compagnie nationale.

Vendredi 28 août. Après un recul de 5,9% au premier trimestre, le PIB français a baissé de 13,8% au deuxième trimestre de 2020 (Insee). Les dépenses de consommation chutent de 11,5%, ce qui accroît fortement le taux d'épargne voulu ou subi (27,4% contre 14,9% en moyenne en 2019). Les exportations françaises s'inscrivent en baisse de 25%.

Les importations n'ayant pas décru dans les mêmes proportions (-16,4%), le « commerce extérieur contribue négativement à la croissance du PIB » à hauteur de 2,5 points sur ce trimestre (AFP, V. 28 août 2020).

Selon l'enquête trimestrielle de l'Insee publiée le 27 août 2020, les industriels français ont de nouveau revu en baisse leurs prévisions d'investissement en 2020, tablant désormais sur un recul de 11% par rapport à l'année 2019 (alors qu'ils prévoyaient jusque-là une baisse de 7%).

Les difficultés françaises sont-elles uniques ? A l'évidence, non. En avril, la production industrielle italienne chute de 42.5%, dont automobile (-98.4%).

La situation n'est guère différente ailleurs comme le montre le graphique ci-dessous.

Evolution du PIB dans une sélection de pays européens, dans l'Union européenne et dans la zone euro sur les deux premiers trimestres 2020 (AFP, L. 17/08/2020)

Le commerce mondial n'échappe pas non plus à ce désordre systémique. L'Organisation mondiale du commerce accuse la pandémie d'une baisse historique de son indicateur du commerce des marchandises au deuxième trimestre, s'établissant à 84,5, en baisse de 18,6 points par rapport à l'année précédente. « Les données enregistrées en juin laissent entendre que le volume du commerce mondial des marchandises avait baissé de 14% entre le premier et le deuxième trimestre ». (Reuters, 19/08/2020). Bien qu'en meilleur état que le transport aérien ou routier, le fret maritime subira un repli de 4.1% en 2020 selon l'estimation de la CNUCED le 12 novembre.

Aux dommages économiques s'ajoutent les dommages sociaux : la pauvreté, l'inégalité, le chômage, la maladie plus fatale pour les plus pauvres, le déclassement des « classes moyennes », les enfants déscolarisés dont les familles sont incapables de leur assurer un enseignement à distance, l'accroissement des réfugiés de l'« intérieur » (les sans domiciles fixe - plus de 300 000 recensés par l'association de l'Abbé Pierre-, les 180 000 femmes espagnoles informelles abandonnées à elles-mêmes, les 2,6 millions de Cambodgiens surendettés...)

Des pays entiers tombent dans l'indigence. Par exemple, le Liban qui compte plus de réfugiés que d'habitants, qui subit des immixtions étrangères depuis sa naissance, à la faveur d'une explosion qui a détruit partiellement son port, est sommé publiquement de se soumettre ou de se démettre. Injonctions ordinairement plus... diplomatiques.

Pendant ce temps-là, alors que le nombre de laissés pour compte se multiplie dans le monde, les milliardaires en dollars et en euros prolifèrent. Les inégalités se creusent aussi bien entre les pays qu'en chacun d'entre eux. Les 25 milliardaires les plus riches du monde ont vu leur richesse cumulée « augmenter de 255 milliards de dollars » entre mi-mars et fin mai, selon l'ONG Oxfam qui s'appuie sur des données de Forbes. +255 Mds$, soit le PIB de l'Egypte.

Le monde «réel » était malade avant le coronavirus. Sa situation va s'aggraver après. Le plus remarquable sera que nombre de décisions qui seront prises vont confondre sciemment l'avant et l'après, en sorte qu'il sera difficile de démêler les causes et les conséquences qui relèvent de l'un et de l'autre. Les pays vont s'attacher à maintenir « quoi qu'il en coûte », pour reprendre l'expression du président français, le cap des « réformes » engagées avant la pandémie. A contre-jour d'une économie réelle très mal en point les marchés financiers sont euphoriques. A l'évidence, les uns ne reflètent ni l'état présent ni l'état anticipé de l'autre.

Comment cela se peut-il ?

Un peu d'histoire

La bourse a été inventée pour plusieurs raisons :

1.- Rendre liquides des titres obligataires dont les détenteurs veulent se défaire.

2.- Coter des valeurs et estimer leurs performances économiques (profit, chiffre d'affaires, parts de marché, innovations...).

3.- Anticiper l'état futur de l'économie, des marchés de biens et des entreprises et orienter l'investissement. Ainsi, la valeur des titres ne procède pas seulement de leur bilan, de leur passé, mais aussi de leur avenir estimé par des spécialistes du rating.

4.- Acheter et vendre des entreprises. La bourse est un marché où les entreprises sont des marchandises. Elle qui permet des cessions (en partie ou en totalité), des regroupements, des prises de contrôle (OPA, OPE...)...

5.- Protéger les entreprises contre les variations erratiques des marchés de matières premières, de taux d'intérêts ou de des taux de change (forex), des changements de réglementations, des catastrophes de toute nature... poussant à inventer, toujours aussi sophistiqués les unes que les autres, les techniques et produits destinés à les prémunir contre ces aléas.

Et c'est sous ces conditions et ces circonstances, sous la surveillance d'arbitres sourcilleux (AMF, SEC...), que les entreprises trouvent les ressources nécessaires à leur développement. Soit en empruntant, soit en émettant de nouvelles actions, ouvrant leur capital à des investisseurs qui partagent leurs risques et leurs paris « créatif ».

Ces règles et fonctions ne sont ni fausses ni inopportunes. C'est inquiétant lorsqu'elles sont détournées de leurs missions originelles. Or, la spéculation ne crée pas de richesses. Comme au casino et aux jeux de hasard, elle ne fait que les déplacer et enrichir les propriétaires des tripots imposés par les Etats peu regardant sur la morale des activités qu'ils rançonnent. Ce monde des bisounours est alors une fiction, une fable destinée aux opinions publiques et aux benêts bercés par l'illusion des martingales ou de l'utopie marchande rationnelle et de ses optimums.

Prenons un exemple : les courses hippiques

Un hippodrome juxtapose deux économies : d'un côté, celles des paddocks où propriétaires de chevaux de courses, jockeys, lads, vétérinaires combinent leurs compétences et leurs talents pour gagner des courses et des prix. D'un autre côté, nous avons l'économie des parieurs qui, de leurs tribunes, jouent, les uns contre les autres, à cogiter les vainqueurs des courses. La rémunération des premiers tient au classement des chevaux à l'arrivée. Les gains des seconds tiennent à la justesse de leur pari d'autant plus élevés que le résultat est improbable.

Notons l'asymptote paradoxale (et bien connue) qui préside au destin des spéculateurs : seule la « surprise » (à la limite de la raison) gratifie le parieur audacieux. Les rapports seraient dérisoires si les résultats étaient conformes à la « logique ».

Tant que ces deux économies demeurent disjointes et les règles respectées, les divers revenus tirés de cette activité ne posent pas de problèmes fondamentaux.

Mais si des informations non publiques passent des paddocks aux parieurs (délit d'initié) et des ordres des gradins aux écuries, alors le jeu est perverti. C'est encore plus préoccupant lorsque les propriétaires ou les jockeys participent aux paris et aux deux économies.

Ces dérives spéculatives ne sont pas récentes. Elles ne datent ni de 1929, ni des crises récentes (1987 ou 2008). Elles sont aussi vieilles que les bourses de valeurs et même plus anciennes encore. Avec une minutie d'entomologiste, le « naturaliste » Emile Zola en a fait une description détaillée, analysant au plus près le fonctionnement de la bourse parisienne sous le Second Empire2. Autour de la « corbeille » gravitait, comme aujourd'hui (le complexe numérique en moins), une multitude d'espèces de rapaces, d'agioteurs (condamnés sous le Directoire) à l'affût de la moindre information, de la moindre occasion de se placer pour réaliser des plus-values.

Attracteur étrange...

Le coronavirus a été le déclencheur circonstanciel, mais cela aurait pu se produire à la faveur de n'importe quel autre prétexte ou événement cataclysmique pour provoquer la panique. Les bourses étaient assises sur un volcan qui n'attendait qu'une pichenette pour exploser au moindre souffle de vent, ou au battement d'aile d'un papillon...

Contrairement aux images qui ont aujourd'hui pignon sur rue, les marchés répugnent au risque et aux engagements à long terme. Pour l'essentiel, ils s'effondrent ou s'envolent massivement en cohortes mimétiques, amplifiés par les programmes ou Transactions à Haute Fréquence.3 Aussi vite ils chutent, aussi précipitamment ils remontent et vice-versa.

En mars, lorsque la l'épidémie s'est révélée, les bourses s'effondrent, mais dès avril, elles reprennent du poil de la bête et font mine de s'assoupir jusqu'à fin octobre. Alors que la deuxième vague épidémique ne semble pas encore avoir atteint son apogée, ils gagnent violemment en quelques heures des sommets le lundi 09 novembre après l'élection de J. Biden et l'annonce de la mise au point d'un vaccin par Pfizer.

Les bourses ont non seulement retrouvé leur niveau d'avant crise, mais elles l'ont pour certains indices largement dépassé. Tout au long des semaines et des mois suivant la chute de mars, les débats se sont alors attachés à jouer sur toutes les figures que les conjoncturistes et les chartistes possèdent en stock dans leurs boîtes à malices empiriques : en J, en L, en racine carrée, en W, en M, en K...

Naturellement, c'est toujours les marchés américains qui donnent le « la ». Il y a toute une hiérarchie moutonnière mondiale en haut de laquelle trône Wall Street, la plus grande machine à cash de l'histoire. Quelques chiffres pour prendre la mesure du phénomène.

Dans les pas de Wall Street, d'avril à juin, les marché ont effacé leurs pertes du mois de mars : Londres a pris 25%, Paris 30% et Wall Street 35%. Depuis, la flambée des actions n'a pas cessé. Après avoir touché un plancher en mars, le S&P 500 retrouve un sommet historique en août. Depuis janvier, il affiche un gain proche de 5%, beaucoup moins impressionnant que celui du Nasdaq (+25%)4.

Le Dow Jones a connu son meilleur mois d'août depuis 1984 (+7,6%) et depuis 1986 pour le S&P 500 (+7%).

V. 21 août. Les GAFAM franchissent les 7.000 milliards de capitalisation, soit trois fois la capitalisation du CAC40... La capitalisation de Apple seule est supérieur celle de toutes les entreprises indexées au CAC40. Et celle de Tesla dépasse celle de VW.

Facebook (+2,44%, 766 milliards de « market cap ») et la maison-mère de Google, Alphabet (+2,21%, 1.074 milliards) ont également terminé la séance à un niveau de valorisation inédit, tandis que Microsoft (+2,33%, 1.624 milliards) et Amazon (+1,13% à 1.652 milliards) ont respectivement échoué à 0,9% et 0,45% de leur sommet historique.

Ces chiffres ne parlent pas au commun. Pour s'en rendre compte, quelques comparaisons pédagogiques s'imposent (même si beaucoup trouveraient à redire sur la nature bien différente des grandeurs mises en rapport, entre stocks et flux).

7000 Mds$ c'est la moitié du PIB chinois (14 217 Mds$ en 2018, près de 1.5 milliard d'habitants), le tiers du PIB américain (21 345 Mds$), près de deux fois et demi celui de la France 2 762 Mds$. Il faudrait plus de 40 années de travail aux 43 millions d'Algériens pour espérer acheter les GAFAM au prix nominal.

Aucune création de richesses réelle (passée ou anticipée) ne permet de justifier de telles valorisations. Mieux : plus les économies s'affaissent, plus les entreprises connaissent des difficultés plus les bourses s'envolent et fluctuent de manière erratiques, brouillant tout calcul économique et toute anticipation rationnelle.

Les indices atteignent des niveaux historiques, alors que l'économie mondiale est en chute libre.

Jeudi 27 août. L'information tombe : le PIB américain au 2ème trimestre en rythme annualisé a chuté de 31.7%

Cela n'a pas empêché le Nasdaq Composite et le S&P 500 de battre de nouveaux records historique le lendemain et les jours suivants : ils s'affichent en hausse, comme nous le signalions plus haut, de respectivement +30% et de +8% depuis le début 2020.

15 octobre. Morgan Stanley a fait état d'un bénéfice trimestriel meilleur que prévu, en hausse de 26%, marqué par le dynamisme de ses activités de trading, c'est-à-dire de spéculation (appelons un chat un « chat »), la pandémie liée au coronavirus ayant entraîné une forte volatilité des marchés financiers. A suivre...

03 novembre. A 9h40, l'action BNP Paribas s'adjugeait 6,4% à 33,13 euros, réalisant ainsi la meilleure performance du CAC 40. La banque a publié un résultat net en baisse de 2,3% au trimestre écoulé, à 1,89 milliard d'euros, mais supérieur aux attentes. La banque de « financement et d'investissement » (CIB) a en revanche vu son activité bondir 17,4%. Sur cette période, la forte croissance des activités de marché de la banque a compensé les provisions passées en prévision des défauts de paiement liés à la crise sanitaire. Elle a aussi compensé la faiblesse des taux et l'appréciation de l'euro face à plusieurs devises, dont le dollar qui ont pesé sur ses revenus.

05 novembre. La Société Générale délivre des résultats trimestriels similaires à ceux de sa rivale. Après des pertes de respectivement 326 millions et 1.264 millions d'euros aux premier et deuxième trimestres, elle retrouve un bénéfice net de 862 millions d'euros au troisième, avec des revenus du trading actions multipliés par 3,7 par rapport au deuxième trimestre et en hausse de 5,1% par rapport à juin 2019.

Comme observé dans de nombreux cas similaires, les entreprises justifient les licenciements par leurs difficultés (cf. plus haut la situation des compagnies aériennes) le problème est qu'elles continuent à réduire leurs effectifs quand elles accumulent des profits. Ainsi, la BNP se propose de se défaire de 670 de ses salariés.

Les banques sont saluées par le marché en valorisant leurs titres au-delà de toute limite. Lundi 09 novembre à la mi-séance, +19.4% pour l'action Société Générale et +18.5% pour la BNP.

Le même jour, profitant à la fois de l'élection de J. Biden et (surtout) de l'annonce de Pfizer (Le géant pharmaceutique américain et son partenaire allemand BioNTech)5 sur l'efficacité à 90% de son vaccin en phase III, les marchés financiers explosent, alors qu'il ne s'agit pas d'une autorisation de mise sur le marché. Le protocole de validation est long, exigera de nouveaux tests et se posent encore de nombreuses questions. Mais qui s'en soucie ? Les bourses n'attendaient qu'un prétexte pour faire flamber les cours et prendre à contre-pied les « vadeurs » (vendeurs à découvert) qui alignaient leurs anticipations sur l'état des entreprises face à la pandémie et ses implications.

Cette annonce fait s'envoler les indices boursiers: à 12h20 GMT, l'indice européen Stoxx 600 gagnait 4,6%, le CAC 40 à Paris plus de 7%, le Dax à Francfort 5,7%. Le titre BioNTech grimpait de 25% à la Bourse de Francfort tandis que l'action Pfizer était en hausse de plus de 7% à New York.

Globalement, l'indice technologique Nasdaq passe de 8400 points en novembre 2019 à plus de 9800 à la mi-février 2020 (soit +15% en moins de trois mois). Il connaît un creux de 6800 ensuite à la mi-mars (-19%) pour battre record sur record de manière continue jusqu'à début septembre atteignant alors un sommet à plus de 12 000 points (+42%) autour duquel il tourne depuis.

Exubérance déraisonnable ?

Nous avons donc là un paradoxe qui décrit une invariance d'échelle :

- globalement, les économies souffrent (la pandémie n'a fait que révéler et aggraver un problème ancien) et les marchés financiers, au contraire, prospèrent et manifestent une bonne santé étonnante.

- Localement, les entreprises accumulent de mauvais résultats et pourtant, leurs actifs s'envolent sur les marchés boursiers. Un dernier exemple d'actualité sur ce point : le cas de Air France-KLM à Paris. La situation du transport aérien et de cette compagnie a été décrite plus haut. Sa dette nette est de 12.7 Mds€ (13.7 Mds€ prévue en 2021). Son résultat net en 2020 est estimé à -7 Mds€. Son PER n'est pas calculable... En revanche, son cours, lui, explose d'un tiers lors de la seule séance du 09 novembre (+27.48%) et les jours suivants. Même si sa valorisation, au regard de son passif est ridicule (autour de 1.7 Mds EUR).6

Que dans les semaines qui suivront son cours « corrigera » ces excès, importe peu. Ce qui est frappant c'est la violence de la secousse qui ne peut être expliquée ni par l'élection d'un nouveau président aux Etats-Unis (qui n'a du reste pas encore été légalement validée), ni par l'espoir d'un vaccin annoncé par une entreprise pharmaceutique. Certes, la compagnie n'est pas directement concernée par l'évolution du cours de son action sur le marché secondaire. Cela n'intéresse que les spéculateurs. Mais le cours importe si Air France s'avisait de se financer sur le marché par une augmentation de capital.

Or c'est là une des options envisagées, même si le gouvernement français refuse de se déterminer sur cette question, précisément à cause de son impact sur le marché. Une recapitalisation par transformation de la dette en fonds propres réduirait le ratio de l'une sur l'autre. Naturellement, cela exigerait préalablement une négociation serrée avec le partenaire néerlandais, propriétaire partiel de KLM...

En tout état de cause, des dérives des marchés, la spéculation, seule, ne peut tout expliquer. Il faut un contexte.

Cela vient de loin.

Inflation, désinflation, déflation...

Dès la fin des années 1950, Phillips a produit une description claire et satisfaisante de la spirale inflationniste7. Si on met de côté l'inflation d'origine extérieure (celle qui a été liée à la hausse du prix du pétrole par exemple, en 1973 et 1979) ou d'origine naturelle (catastrophe météorologique, sismologique, sanitaire...), l'inflation dont il a toujours été sérieusement question est celle qui est causée par une augmentation contrainte des coûts du travail (salaires et cotisations sociales) et qui, à prix constant, réduit la part des profits dans la valeur ajoutée.

Le modèle de Phillips (1958)8 décrit parfaitement par une courbe qui porte le nom de cet économiste new zélandais (1914-1975) les liens grossièrement hyperboliques qui associent hausse des salaires et des prix. On peut discuter l'approche mathématique et empirique, mais on peut faire crédit au contenu de la démarche, présente du reste depuis le XIXème siècle.

L'inflation est une « méthode » destinée à réduire la hausse des salaires. Cette méthode ne fonctionne que dans une économie qui ne fait pas reposer sa performance sur une compétitivité-prix. Dans une certaine mesure, toutes choses égales par ailleurs, la compétitivité-qualité de l'Allemagne épargne cette contrainte à son économie. C'est pourquoi elle tolère des salaires relativement plus élevés, une inflation et un chômage modérés, sans perte de compétitivité extérieure. Ses excédents commerciaux l'attestent.

La hausse structurelle et continue du chômage (obtenue par une multitude de procédés dont la description dépasse le cadre de cet article: féminisation, robotisation, externalisation, délocalisation, désindustrialisation, désyndicalisation...) depuis une quarantaine d'années a permis de contenir tout élévation « excessive » des salaires et tué l'inflation dans les pays « développés ». Les salaires sont maîtrisés : quand ils ne sont pas réduits dans les pays où ils est interdit de baisser les salaires nominaux, ils sont stagnant ou rognés « réellement » par une sous-estimation statistique des hausses de prix, par exemple via une minoration du poids des loyers dans les indices sur lesquels sont indexés la variation des revenus du travail.

Le chômage structurel et la dégradation de la qualité du travail qui se présente aujourd'hui sous la forme d'une ubérisation universalisée, aboutissent à une domestication opérationnelle de ce facteur. Depuis le début des années 1980, sous des modalités et à un rythme variable selon les rapports de forces politiques propres à chaque pays, les gouvernants vont peu à peu adopter des « réformes structurelles », une médication dépressive jusque-là proposée aux pays endettés du Tiers-monde (libéralisation, ouverture des frontières, privatisation, déréglementation...).

Cette politique va entraîner l'économie mondiale vers une spirale déflationniste, accroissant les inégalités, les déficits et l'endettement structurels9, une financiarisation croissante de l'économie et une menace de collapsus généralisé dont la pandémie en cours pourrait être non la cause mais, par ses implications et les conséquences économiques et financiers qu'elle a induit, le simple déclencheur.

Pour que la réduction des impôts sur le chiffre d'affaires puisse avoir un impact positif sur les entreprises il faut qu'il y ait un chiffre d'affaires. Les baisses d'impôts ne génèrent pas de clients et ne remplient pas les carnets de commande.

Or, le chiffre d'affaires dépend d'abord des marchés et des ventes des entreprises, moins de la politique fiscale des Etats. Les diminutions des prélèvements obligatoires ne sont bénéfiques que si l'on est en période de croissance et que les agents économiques anticipent une expansion des marchés.

Lorsque la consommation, l'investissement et les exportations ne suffisent pas à relancer l'économie en l'absence des revenus générés par une croissance du PIB, au lieu d'améliorer la répartition de la valeur ajoutée au profit de la demande, les dirigeants demandent aux Banques Centrales de réduire leurs taux courts et d'injecter massivement et vainement des liquidités dans l'économie.

Ce qui explique que l'on constate une hausse de l'épargne (qui signifie -pour les plus modestes des ménages qui en disposent- une anticipation pessimisme de leur état) et une chute de l'investissement et de la croissance des PIB.

L'obsession inflationniste

Pour lutter contre l'inflation conçue comme un excès de monnaie, on a restreint l'accès au crédit en réduisant la masse monétaire et l'ajuster à la production réelle. Et pour lutter contre la déflation qui en est résultée, il ne reste plus qu'à baisser les taux d'intérêt qui ont servi à étrangler la croissance et le travail.

« L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu'elle est et qu'elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production »10 écrivait Milton Friedman (1912-2006), alors à la tête de l'Ecole de Chicago et mentor de la politique reaganienne.

Le problème est qu'aussi bas soient-ils, voire négatifs, les taux sont incapables de relancer une économie moribonde ni à juguler une masse monétaire qui enfle irrésistiblement sans la moindre d'inflation. En tout cas pas là où on a voulu la contenir.

La pierre de touche de la doctrine monétariste est prise en défaut, formellement séduisante mais empiriquement erronée.

Nous sommes, et cela depuis de nombreuses années, dans un contexte déflationniste11 : avec stagnation de la croissance, de la consommation et de l'emploi. Pas de commandes, pas d'investissements, pas de croissance.

Les consommateurs ont des revenus stagnants, voire en baisse en terme réel. Inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants, ils réduisent leurs dépenses et augmentent leur épargne. Nous laisserons le soin aux « intellectuels » de l'ultralibéralisme de disserter sur la question de savoir s'il s'agit d'épargne forcée, d'épargne de précaution ou de thésaurisation.

Tous les facteurs inflationnistes traditionnels (internes et externes) sont en berne : les matières premières, le pétrole et encore plus les salaires -drastiquement contrôlés depuis des décennies par l'entretien d'un chômage structurel- conforté par un marché du travail en voie d'ubérisation.

Principe cardinal. Le principal objectif des Banques Centrales est de maintenir la stabilité des prix. Cela veut dire une lutte contre l'inflation. « En effet, les longues périodes d'inflation ou de déflation excessive ont des répercussions négatives sur l'économie », affirme la Banque Centrale Européenne. Ainsi, les grandes Banques Centrales visent une inflation inférieure à, mais proche de 2%.

13 octobre. L'inflation en Allemagne a reculé plus que prévu en septembre, confirmant les chiffres définitifs publiés mardi par Destatis, l'institut fédéral de la statistique. Les prix à la consommation calculés aux normes européennes (IPCH) ont baissé de 0,4% par rapport au mois d'août ainsi qu'en rythme annuel, conformément à une première estimation. L'inflation allemande s'éloigne ainsi encore davantage de l'objectif de la Banque centrale européenne (BCE) d'une hausse des prix légèrement inférieure à 2% par an.13 (Reuters, mardi 13 octobre 2020)

Paradoxe apparent : cette dépêche attribue à la BCE un objectif inflationniste alors que dès 1992, dans le droit fil de la politique monétaire allemande, c'est le combat contre l'inflation et la défense de la monnaie qui sont prioritaires. La fixation des taux d'intérêt a été instituée pour cette mission. Ben Bernanke l'ancien président de la FED l'avait fixé à 2% en 2012. L'eurozone, elle, l'avait inscrit au fronton de son traité à Maastricht dès 1992.

Aujourd'hui, outre qu'elle sert comme nous l'avons indiqué plus haut à permettre aux investisseurs d'anticiper, l'inflation permettra aux débiteurs de rembourser dans de meilleures conditions (profitant de taux d'intérêt réels négatifs).

Il est vrai que le contexte a beaucoup changé, précisément à cause de cette politique idéologiquement, doctrinalement rigoureuse et restrictive élargie et même imposée drastiquement par les traités de l'UEM, à tous les pays de l'Eurozone et aussi à tous les autres.

A cause de cela l'économie marchande se retrouve dans une « trappe à liquidités », avec des taux d'intérêt proche de zéro et une inflation qui ne sert plus d'indicateur aux entreprises que rien ne pousse à investir dans un contexte d'anticipations déflationnistes.

Cela aurait demandé une révision des traités que les « pays frugaux » ne semblent pas prêts à considérer, de peur de financer à perpétuité les déraisons de pays à déficits perpétuels, incapables d'honorer leur signature.

Où est passée l'inflation ?

1.- Dans un cadre monétariste la hausse des taux d'intérêt réels devait permettre de juguler l'inflation (et donc de la part des salaires dans la répartition de la valeur ajoutée avec une hausse corrélative des taux de marge : à partir de 1983, sous régime mitterrandien, les taux de salaire ont perdu 10 points de valeurs ajoutée).

2.- Le but a été atteint mais pour maintenir les dépenses des ménages, des entreprises et des Etats on a rogné l'épargne des ménages, les ressources des Etats, fragilisé la politique de régulation sociale, pour les pays qui en disposent, et accru l'endettement de tous les acteurs de l'économie réelle qui produisent, investissent et consomment.

3.- Après la crise de 2008, changement de braquet : chute des taux d'intérêts, les Banques Centrales noient les marchés d'une surproduction monétaire qui ne semble pas se tarir. L'offre de monnaie et de crédit n'a plus de limites. Avec en arrière-plan cette idée (apparemment) naïve d'un « ruissellement » (trickle-down effect) qui viendrait mécaniquement relancer la croissance, l'investissement, la production, l'emploi, la consommation et le bienfait pour tous14.

Cela, à la différence de 1929 où les Banques Centrales ont coupé le robinet du crédit et ont ainsi aggravé la crise.

20 mars. Dès que la crise du nouveau coronavirus s'est manifestée en provoquant un premier effondrement boursier, les Banques Centrales passent à l'action : celle du Canada, d'Angleterre, de Suisse, la BCE et la Réserve Fédérale américaine prennent une nouvelle initiative concertée visant à améliorer l'approvisionnement des marchés mondiaux en dollars américains, l'une des multiples mesures mises en oeuvre pour tenter d'apaiser les tensions sur les marchés.

Elles ne s'arrêteront pas là.

Le signal est venu de Bruxelles et du Wyoming.

L'Allemagne et les pays « frugaux » ont résisté depuis des années à la remise en cause des critères de Maastricht et au projet de budget commun (de l'eurozone). Cependant, sous la pression des pays du sud, et surtout de la France, Berlin a convaincu les autres pays du nord d'y consentir.

Ce revirement avec injection de liquidités dans des dimensions inconnues dans l'histoire ne date pas de la pandémie. Le QE a été mis en place bien avant cela. Un programme d'achats de titres publics (Public Sector Purchase Programme, PSPP), l'un des principaux outils du plan d'assouplissement quantitatif (QE) de la BCE qui a permis depuis 2015 de limiter les coûts de financement des Etats membres.

17-21 juillet. Sommet des 27 chefs d'Etat de l'Union Européenne à Bruxelles. Objet : voter le projet de Plan d'aide aux Etats bénéficiaires (Italie et Espagne principalement). Les chefs d'Etat et de gouvernement européens, équipés de masques, se sont retrouvés présents en vis-à-vis pour la première fois en près de cinq mois.

Le plan est de 750 Mds€ : 250 Mds€ en prêts et 500 Mds€ en subventions, non remboursables par les bénéficiaires, mais par de nouvelles ressources propres de l'UE empruntées sur les marchés. Il est intégré au budget de l'UE (2021-2027) de 1.074 Mdseur.

Les Etats adeptes de l'orthodoxie budgétaire, Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède - rejoints par la Finlande, ne voulaient pas entendre parler de subventions (à l'extrême rigueur très limitées), mais seulement de prêts assortis d'une condition : un contrôle drastique de l'usage des fonds ainsi mis à la disposition des pays emprunteurs, ainsi qu'il en fut de la Grèce en 2015.15

Ce plan est encore conditionnel. Exemple : la Pologne et la Hongrie ont apposé leur veto le 16 novembre parce qu'ils refusent les clauses politiques pour son adoption (« Etat de droit », droit d'asile...). Il n'empêche que dans le principe, les critères adoptés par l'UEM début 1990 et confirmés en 2000, sur les déficits et l'endettement, sont largement et généreusement assouplis.

Les limites de l'eurozone (3% pour le déficit et 60% pour l'endettement) ne semblent plus désormais constituer un obstacle pour les pays en difficulté de financement : l'endettement s'ajoute à la fiscalité comme un mode normal de financement des Etats.

A la mi-août, en direct « distanciel », Jerome Powell depuis Jackson Hole16, a prononcé les mots que les « marchés » voulaient entendre : la Fed annonce maintenir ses taux au plus bas pour une durée indéterminée même si l'inflation dépasse la limite des 2% imposée par le dogme monétariste.

C'est un changement historique opéré par la FED. Prétextant une compensation des périodes d'inflation inférieures à cet objectif et la recherche de la croissance et du plein emploi (on sait ce qu'il en peut être), la Fed annonce l'adoption d'une nouvelle stratégie axée sur un objectif d'inflation moyenne flexible, qui lui permettra de laisser filer l'inflation « légèrement au-delà de l'objectif de 2 % ».

Ce changement est majeur en ce qu'explicitement il admet qu'il n'y a plus d'inflation17 et que « quoi qu'il en coûte », les taux directeurs demeureront bas, nuls, voire négatifs longtemps. Jerome Powell n'a fait qu'officialiser le virage ultra accommodant pris par la banque Centrale américaine depuis le début de la crise du Covid-19. La Fed pousse de fait les investisseurs vers des actifs plus risqués, donc potentiellement plus rémunérateurs.

Ce tournant qui va immanquablement participer à l'inflation du prix des actifs (risqués) marque en définitive la fin d'un tabou... L'injection massive des liquidités (QE) qui, loin de stimuler la sphère réelle, gonfle les bulles spéculatives sur le marché immobilier et boursier.

Il ne s'agit évidemment pas d'une politique keynésienne. L'« helicoptere money » imaginée (comme expérience de pensée) par le même Milton Friedman en 1969, fait figure d'orthopédie, de cautère sur une jambe de bois.

Le financement du chômage partiel (en attendant qu'il devienne total dans quelques mois) pris en charge par l'Etat, ne suffit à résoudre tous les problèmes.

D'autant moins d'ailleurs que les travailleurs sur contrats ubérisés et précaires sont les premiers à être éjectés de l'activité sans accès aux compensations prévus par ce mécanisme18. Avec une économie réelle en panne, il ne reste plus aux entreprises (avec les banques -handicapées par des taux très faibles- et toute sorte de fonds) qu'un marché dans lequel elles espèrent dégager des profits : les marchés financiers transformés en casinos. Les activités de trading, pudiquement appelées « investissement », avec d'autres types de risques, occupent tous ces acteurs éloignés de l'économie réelle.

Ainsi, l'inflation n'a pas disparu. Elle s'est déplacée, là où les liquidités abondent, là où la demande flambe.

La bourse au pouvoir

- A la tête de la Maison Blanche, le milliardaire facétieux qui gouverne l'Amérique (au moins jusqu'en janvier prochain) ne pouvait se permettre une crise financière qui achèverait de ruiner une part importante de ses concitoyens.

Les élections américaines ont failli opposer deux milliardaires si les démocrates n'avaient pris soin d'exclure de la compétition, lors du « Super Tuesday » mardi 03 mars dernier, Mike Bloomberg19 (11ème plus grande fortune de la planète, inquiet de voir B. Sanders représenter le parti en novembre 2020), associé à Salomon Brothers et dont la fortune tient justement aux services d'informations financières.

Lui aussi son salaire est d'un dollar symbolique par an...

La spéculation n'est pas une pathologie, une déviance d'un ordre économique. Elle est structurellement constitutive d'un système économique profondément financiarisé qui déploie ses tentacules sur toute la planète, là où les autorités nationales sous influences ouvrent leurs portes à une machine redoutablement efficace en ce qu'elle transforme les biens réels en titres bien plus faciles à contrôler et à détourner.20

Contrairement à l'Europe continentale, jusque-là plus soucieuse de répartition21, dont les besoins de base sont couverts par la collectivité, moyennant des prélèvements obligatoires élevés, aux Etats-Unis les besoins des Américains sont laissés à la charge des individus et des familles : la santé, la retraite, le chômage, la scolarisation des enfants... et même -garantit par le deuxième amendement constitutionnel-, la sécurité privée des citoyens.

Plus de la moitié (51,9%), des ménages américains possèdent des actions, directement ou via des fonds, selon la dernière enquête de la Réserve fédérale sur le sujet, réalisée en 2016. Ces actifs sont souvent placés dans les plans d'épargne retraite 401(k). La bourse est une source non négligeable de revenus. Les fluctuations des marchés influencent les investisseurs individuels, accrocs à Wall Street, et font varier leur «fortune» virtuelle. Cela impacte mécaniquement leur comportement de consommateur. Or la consommation est le moteur de l'économie américaine.

La crise du subprime a montré ce qu'il en fut des « effets de richesse » induits par les fluctuations boursières sur le comportement des ménages. Via les obligations pourries diffusées sur toute la planète les Etats-Unis ont fait payer au reste du monde leur hubris.

L'information étant le « nerf de la guerre », elle soumise à toute sortes de travestissements et de manipulations, souvent avec la complicité des banques et des agences de trading, sans compter la passivité des gendarmes de la bourse. (Les travestissements de Bernard Madoff, ancien président du NASDAQ de 1990 à 1993, et les conditions de son jugement sont encore dans toutes les mémoires).

Lundi 24 août. des informations sont tombées à propos de la pandémie du coronavirus : l'agence américaine responsable des médicaments (FDA) a autorisé en urgence un traitement par la transfusion de plasma sanguin de personnes guéries. Selon le Financial Times, la Maison-Blanche envisageait d'accorder à un vaccin développé par AstraZeneca et l'Université Oxford une procédure d'autorisation accélérée. Des informations que le Président Trump, en mauvaise posture dans les sondages, tenait pour capitales à sa réélection.

Autre exemple : Elon Musk avait provoqué une chute du titre le 1er mai dernier lorsqu'il avait jugé, dans un tweet, que le cours de l'action Tesla était « trop élevé », alors que celle-ci se négociait à environ 780 dollars. Elle s'est depuis appréciée de quelque 156%.

Or, E. Musk est détenteur de millions de titres de sa propre entreprise. Sa rémunération est indexée, non sur la production et les performances de son entreprise, mais sur les variations de son cours de bourse. CQFD.

Dernier exemple. Pour Albert Bourla, le PDG de Pfizer, 91% de sa rémunération (en 2019) vient des actions, stock-options... (16.3 millions de dollars) et seulement 1.6 million de dollars, soit 9%, de son salaire direct. Il n'est pas difficile de comprendre l'intérêt de d'une telle composition...

Le 09 novembre il a vendu 5,6 millions de dollars d'actions du laboratoire américain, soit environ 60% de sa participation dans Pfizer, le jour où son groupe a annoncé de bons résultats préliminaires sur l'efficacité de leur vaccin contre le Covid-19.22

Le 16 novembre, pour ne pas être en reste dans une impitoyable guerre des vaccins, le laboratoire Moderna annonce le lancement de son vaccin. Son titre est passé de 19 dollars en début d'année à 90 dollars actuellement23. La guerre des vaccins ne fait que commencer. Que de belles plus-values en perspective ! Ces liquidités consolident les patrimoines constitués, avec un accroissement record des rentiers et des inégalités (cf. plus haut).

CONCLUSION

Rien ne dit que le 46e président des Etats-Unis sera connu aux échéances prescrites par les usages de ce pays. D. Trump a annoncé la couleur : il n'est pas du genre à céder facilement sa place à la Maison Blanche, quel que soit le résultat du vote. Il est très probable qu'il y soit contraint. Des intérêts majeurs qui dépassent l'ego trumpien sont en jeu.

Pour peu que J. Biden y consente - et toute sa longue carrière de compromis le présume-, si on laisse de côté quelques volets mineurs (communication, des initiatives sociales vers les minorités pauvres, l'environnement), la stratégie des Etats-Unis, que ce soit à l'égard de la Chine (qui menace leur hégémonie), de la Russie poutinienne (qui résiste alors qu'on la croyait réduite après 1990) ou du reste du monde (Europe, Palestine, Amérique Latine...) demeure constante. De nombreuses études montrent que le locataire de la Maison Blanche importe peu pour les « investisseurs », qui interviennent à Wall Street quelle que soit sa couleur politique. On a vu des majorités démocrates prendre des décisions que n'ont pas reniées leurs opposants républicains et réciproquement.

Rien ne dit que Washington se réinsérera, par-delà la forme, dans une logique multilatérale internationale après avoir en peu de temps répudié Traités, Convention, Accords, Pactes...

Rien ne dit qu'une nouvelle politique économique viendra réduire le gouffre inégalitaire qui s'est élargi depuis la fin des « Trente glorieuses » (1970) entre les nations et en chacune d'elle.

Rien ne dit, en dépit des annonces qui font flamber les titres à la bourse, qu'un miraculeux vaccin viendra rapidement à bout d'une épidémie qui surfe sur des vagues dans des pays où les autorités trichent et on du mal à arbitrer entre la bourse ou la vie.

Le spectacle de la démocratie représentative recèle bien moins d'authentique subversion et de surprises que le proclament ses défenseurs. Est-ce peut-être la raison pour laquelle les taux d'abstention aux différents scrutins dans la plupart des pays « démocratiques » sont en baisse constante. La « main invisible » qui bricole les prix sur les marchés des biens est la même qui prétend faire et défaire les gouvernants soumis à la même mercatique qui produit à chaque mandature une alternance sans réelle alternative.

« Eté comme hiver c'est toujours l'hiver » devisait Jacques Prévert.

L'exception. La hausse importante de la participation populaire aux présidentielles américaines tient à trois facteurs principaux : un violent rejet de la personnalité de D. Trump et de son style de gouvernement, l'assassinat par un policier ostensiblement raciste de « l'Afro-américain » G. Floyd. Ce qui a entraîné des manifestations massives dans tout le pays et au-delà des Etats-Unis déjà affligés par une pandémie non maîtrisée qui y fait plus de victimes en Amérique que partout ailleurs dans le monde.

La fin de la « Renaissance ». Un fantasme ?

Dimanche 15 novembre. Naissance en Asie-Pacifique du plus grand marché mondial non occidental de l'histoire. Un Partenariat régional économique global (RCEP) 15 pays (dont la Chine, Empire du Milieu plus que jamais, occupe le centre de gravité), 30% du PIB mondial, plus de 2 milliards d'êtres humains (plus de 3 milliards lorsque l'Inde rejoindra cet ensemble tôt ou tard).24

Après des siècles de domination, de prédation de richesses naturelles considérables à l'échelle planétaire, au risque grave de préjudices pour la biosphère et les supports essentiels de la vie, après avoir largement spéculé sur une création de richesses délocalisée qui a permis et le permet encore, de détourner la plus grande part de la valeur ajoutée produite par les pays-usines25, un cycle semble s'achever.

L'Occident consentira-t-il à cette redistribution géopolitique, au demeurant équitable, sans être tenté de s'y opposer par la force et tomber dans le « Piège de Thucydide » que Graham Allison est allé exhumé en Grèce pour nous rejouer la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte.26

Ou bien ira-t-on vers un retour à un multilatéralisme raisonnable et, profitant de la crise pandémique qui ne distingue ni les blancs, ni les noirs, ni les jaunes, ni les rouges, ni les verts ni..., pour enfin regarder en face une planète jusque-là gravement abîmée par un « égoïsme créatif »

Le propre des crises est de rendre visible ce qui passe inaperçu et probable ce qui n'est que conjecture.

« C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus.» Warren Buffett.

*Professeur associé à la retraite, Université Louis Pasteur, Strasbourg.

Notes

1- Malgré les aides, les compagnies aériennes recourent à la variable d'ajustement traditionnelle, des coupes drastiques dans l'emploi : les américaines American Airlines (plus de 41.000 départs), United Airlines (jusqu'à 36.000) et Delta Air Lines (10.000), l'allemande Lufthansa (22.000), Air Canada (au moins 19.000), les britanniques British Airways (12.000), EasyJet (4.500) et Virgin Atlantic (3.150), Air France (7.500), l'australienne Qantas (6.000), la scandinave SAS (5.000), l'irlandaise Ryanair (3.250) ou encore Icelandair (2.000) et Brussel Airlines (1.000 postes). L'Italie et le Portugal ont opté pour une nationalisation d'Alitalia et de la TAP. (AFP, mercredi 19/08/2020)

2- « L'Argent » : Dix-huitième roman du cycle des Rougon-Macquart. Livre de poche, 542 p.

3- Echappant à toute mesure, les THF sont estimées à 60% des transactions quotidiennes mondiales et à 70% aux Etats-Unis.

4- Goldman Sachs s'attend à une poursuite de cette hausse et voit maintenant le S&P 500 finir l'année à 3600 points, contre 3000 auparavant. Soit quelque 6% de progression jusqu'à fin décembre.

5- Ils ont un contrat de 1,95 Md$ avec le gouvernement américain pour la livraison de 100 millions de doses de vaccins à partir de cette année. Ils ont également conclu des accords d'approvisionnement avec l'Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon.

6- Inversement, du 19 février au 16 mars, son cours passe de 10€ à 4€, soit une perte de plus de 50% de sa valeur en quelques semaines.

7- https://fr.wikipedia.org/wiki/Courbe_de_Phillips.

8- Complétée par la théorie du NAIRU, taux de chômage à partir duquel naît l'inflation.

9- Le montant total de dette dans le monde a atteint un nouveau record, à 250 000 Mds$, selon les données préliminaires de l'Institute of International Finance (IIF) pour 2019. Cette montagne de dette, qui comprend celle des ménages, celle des entreprises et celle des Etats, représente pas moins de 320% du PIB mondial. (Les Echos, dimanche 17 novembre 2019). Les dettes supplémentaires contractées par les Etats pour faire face à la Covid-19 ont été estimées à la mi-juillet 2020 à 11 000 Mds$.

10- « The Counter-Revolution in Monetary Theory », Institute of Economic Affairs Occasional Paper n° 33, 1970. Lire : Alternatives économiques, n°404, septembre 2020.

11- Ne pas confondre déflation (chute de la demande) et désinflation (chute de la hausse des prix), même s'il arrive aux deux phénomènes d'être associés (lorsque la déflation provoque et entretient la baisse des prix).

12- Eric Galiègue, Le Cercle des analystes indépendants, J. 03/09/2020

13- La désinflation ne se limite pas à l'Allemagne. La zone euro en est affectée depuis longtemps : les prix y ont reculé de 0,3% de septembre 2019 à septembre 2020, selon une première estimation (confirmée) d'Eurostat, au plus bas depuis quatre ans, comme en août, en glissement annuel.

14- Lire. PARIENTY Arnaud (2018) : Le mythe de la « théorie du ruissellement ». La Découverte, 152 p.

15- Le plan fut adopté moyennant un correctif au demeurant mineur : il réduit de 50 Mds la part des subventions (60%, soit 450Mdse au lieu de 500) en augmentant d'autant la part de prêts remboursable par les pays emprunteurs (300 Mds€, 40% de l'enveloppe). Le total reste à 750Mds€.

16- Organisée depuis 1978 par la Fed de Kansas City, la conférence annuelle de Jackson Hole réunit, chaque été, les principaux banquiers centraux de la planète dans une vallée située à 2.000 mètres d'altitude au fin fond du Wyoming. Il s'ouvre cette année le 23 août, dominé par la crise pandémique. A la différence du World Economic Forum (de Davos -organisé par Klaus Schwab- qui a lieu chaque hiver depuis 1971 dans le canton suisse des Grisons), Jackson Hole réunit une centaine d'experts de très haut niveau, triés sur le volet : ceux qui « pensent » (issues des toutes premières universités classées par « Shanghai ») et ceux qui « décident ». On est loin du capharnaüm helvète, reporté cette année à cause du coronavirus, où se précipite tout ce que le monde compte de m'as-tu-vu en mal de publicité : pas de stars de la chanson ou du cinéma. Pas davantage d'hommes politiques – « intellectuellement limités ». Les journalistes sont tenus à l'écart. Les services de presse Jackson Hole se chargent de leur communiquer ce qu'ils ont besoin de savoir et les principaux mots-clé qu'ils doivent propager. En 1990, Jackson Hole a servi de décor au film Danse avec les loups...

17- En glissement annuel, les prix à la consommation n'avaient augmenté que de 1% en juillet.

18- Il s'agit en outre d'une majorité de personnes à faibles qualifications qui disposent -surtout en cas de faible offre de travail- de capacités de négociations très réduites face aux employeurs. Le comble a été atteint en Californie mardi 03 novembre où 58% des électeurs consultés ont voté la « Proposition 22 » permettant à Huber de contourner la loi de cet Etat qui imposait depuis janvier à la « gig economy » (économie à la tâche) l'embaucher de ses travailleurs. En 2019, par défaut, New York a mis en place un salaire minimum pour les chauffeurs de Uber et Lyft. La ville de Seattle vient de décider une mesure similaire. Condamné en Grande Bretagne en octobre 2016, Uber a récupéré sa licence lundi septembre 2020.

19- Avec le soutien de Jeff Bezos, PDG d'Amazon et première fortune mondiale.

20- Lorsqu'en 2003 Mikhaïl Khodorkovski s'était senti en danger en Russie il avait prestement déplacé le capital de son entreprise Ioukos à Gibraltar, américanisé son Conseil d'administration et la structure de son actionnariat. L'affaire rejaillit de temps à autre dans l'actualité des sanctions contre la Russie. Mais Moscou a mis un terme à une tentative de prédation au moment où M. Khodorkovski, via Ioukos, était sur le point de mettre la main sur tout le secteur énergétique russe.

21- Cette différence, de part et d'autre de l'Atlantique, tend à se réduire. La fin des « Trente glorieuses » a vu l'« Etat providence » peu à peu rogné par un certains nombre de « réformes structurels », déréglementations, privatisations... dont l'étendue varie d'un pays à l'autre.

22- Les actions de Pfizer ont atteint un sommet de 41,99 dollars, avant de clôturer à 39,20 dollars. Albert Bourla n'est pas le premier dirigeant pharmaceutique ou biotechnologique à tirer profit des gains boursiers de son entreprise durant la pandémie. Le PDG de Pfizer échappe à l'accusation de délit d'initié : ses actions sont gérées par un tiers et leur vente automatique aurait été ordonnée en août 2019... Les cinq principaux dirigeants de la société de biotechnologie Moderna, qui développe également un vaccin contre le Covid-19, ont encaissé plus de 80 millions de dollars en actions cette année, d'après le site spécialisé « Stat News ». (Les Echos, J. 12 novembre 2020). De son côté, l'organisation de défense des contribuables Accountable US a calculé qu'entre le début de l'opération américaine de coordination du développement des vaccins, le 15 mai, et le 31 août, les dirigeants de cinq compagnies pharmaceutiques avaient encaissé plus de 145 millions de dollars en vendant leurs actions.

23- AFP, L. 16/11/2020.

24- Une idée lancée en octobre 2009 aboutit à la naissance d'une zone de libre-échange entre les 10 états de l'Asean (Indonésie, Thaïlande, Singapour, Malaisie, Philippines, Vietnam, Birmanie, Cambodge, Laos et Brunei) et la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Le Traité de partenariat Transpacifique (TPP) promu par B. Obama et signé à Auckland en février 2016, avec les Etats-Unis, devait marginaliser la Chine. Il a fait long feu dès novembre 2016, avec la « collaboration » de D. Trump.

25- Lire le discours prononcé le 06 juin 2011 par P. Lamy alors Directeur Général de l'OMC, sur l'observation et la mesure du « commerce en valeur ajoutée, prononcé lors du lancement de « Trade Patterns and Global Value Chains in East Asia ». On découvrira en adoptant ce point de vue que la fabrication en Chine d'un iPhone ne rapporte à ce pays que moins de 5% de sa valeur ajoutée.

26- ALLISON Graham (2019) : Vers la guerre. L'Amérique et la Chine dans le Piège de Thucydide. O. JAcob, 408 p. Ed. orig. 2017.