Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Le Raï, un acte consensuel, politique et citoyen de la ruralité algérienne spoliée1

par Hassan Taki El Benaissi*

Né de l'ancien et grand courant culturel populaire des chants des Cheikhs et Cheikhates du monde rural2 oranais (Cheikha Rimitti de Relizane3, Cheikha Habiba de Sidi Bel Abbes, Cheikha Djenia4 de Saîda , Cheikh Hamada, etc...), le Raï des Chabs et Chabètes (Chab Boutelja , Belemou, Chab Khaled, Chab Mami, Chaba Fadila , Chab Boutaîba, Chab Hasni, Raîna Raï, Chab Sahraoui, Chab Benchenet, Chaba Djenet, etc...) a commencé à éclore et à s'affirmer dès les années 70.

A son début, il évolue d'une manière régionale, bien timidement et presque dans la clandestinité, puis progressivement sur la scène nationale ; et enfin, après moins d'une décennie, il s'est désormais imposé sur le plan international. Et ce, malgré l'ostracisme qui lui a été imposé par les multiples censures, interdits et blocages des autorités officielles du pays.

Cette forme de chant et d'art musical très marqué et particulièrement original ( utilisant sans aucun tabou les instruments les plus propices aux sonorités et mélodies de la modernité ainsi que des textes purs, souvent revendicatifs pour l'expression de libertés ), bien que fortement prisé par la jeunesse dans son ensemble et plus particulièrement la population algérienne d'extraction rurale, ne pouvait se réaliser et se produire que dans des cercles et espaces privés ; lors de fêtes de célébration de mariage, de circoncision ou plus largement dans les marginalités des bar-cabarets. Ainsi, cette forme d'art n'a pu survivre que dans des milieux marginaux et non officiels car pratiquement interdit de cité dans les médias d'Etat (Radio, Télévision, etc....) et dans les institutions culturelles officielles (Opéra, Théâtre, Salle de cinéma, etc....). Il faudrait peut être signaler que le génie populaire, face à la contrainte répressive d'interdiction de ce chant par les autorités, va s'adapter et, par une inventivité de Guérilléro, faire célébrer, pour le besoin de créer l'occasion ou le cadre privé nécessaire à sa manifestation, de fausses fêtes de circoncision appelées à l'époque T'hara- falso (voire littéralement fausse-circoncision !).

Contre la ségrégation culturelle, donc politique, et le déni obstiné du pouvoir d'Etat algérien à reconnaitre le libre exercice des cultures régionales authentiques du pays et plus précisément la culture populaire rurale d'Oranie, les affirmations et textes chantés des Cheikhs et Cheikhates , ces aînés ouvreurs de voie et inspirateurs du Raî , ont débuté au lendemain de l'indépendance et se sont poursuivies sans relâche jusqu'à nos jours, malgré la répression du régime et de sa bourgeoisie clientéliste et les diverses formes de censures subies. A ce titre, la production malgré une semi-clandestinité et la permanence dans la sphère sociale et culturelle de la chanson rurale oranaise, que ce soit pour le Raî ou le genre ancien, constituent et demeurent, sans conteste, les premières manifestations artistiques pacifiques, d'opposition à la politique d'exclusion et de stigmatisation exercées, d'une manière sournoise, par le régime.

Pourquoi, juste après le recouvrement de l'indépendance du pays, la chanson et culture rurale oranaise sont devenues hors-la-loi et quasiment proscrites du champ culturel officiel.

Alors que même durant la colonisation cette forme d'expression culturelle n'avait pas subie un aussi franc ostracisme et déni. Il a fallut que le signal de réhabilitation et d'acceptation de la chanson Raî , vienne de la capitale de l'ex-puissance coloniale ; soit à partir de 1985 (et suite au Festival Raî de Bobigny en France) pour que les autorités algériennes revoient quelque peu leur copie, daignent se réformer et commencent à tolérer parcimonieusement, voire par doses '' homéopathiques'' son passage sur les médias d'Etat !

A l'instar du Jazz5, du Blues puis du Rythm and blues6 en Amérique du Nord ou du Reggae7 chez les descendants d'anciens esclaves de Jamaïque encore stigmatisés et précarisés et qui réagissent et affirment au monde leurs conditions sociales et politiques contestables et la justesse de leurs revendications , le Raî a été aussi la culture de la classe oubliée et bien précarisée dans l'échelle sociale algérienne. Et ses chants, textes et mélodies n'ont été que l'expression de ses cris de révolte, de ses malaises face à ces ségrégation et indignation vécues, surtout depuis l'indépendance du Pays. Et c'est peut être pour cela, et à l'image des autres formes de chansons précitées jouissant d'une audience reconnue mondialement, que le Raî s'est très vite imposé d'une manière internationale. Osons nous l'avouer, d'une manière sincère, qu'à ce jour, c'est le seul genre de chant et d'art musical algérien à avoir facilement et très vite franchi, bousculer et dépasser les frontières régionales, ethniques, linguistiques transnationales pour conquérir et être adoubé par un public mondial. Son miracle d'expansion fulgurante, il le doit à la justesse de la cause qu'il porte et défend : être le chant et cri de révolte contre les relégations sociale, culturelle et politique qui ont été imposées aux masses rurales et à la paysannerie algérienne par une bourgeoisie ''citadiniste '' alliée clientéliste du pouvoir d'Etat depuis l'indépendance.

Et bien au-delà des milieux ruraux, en passant par les bidonvilles et périphéries pauvres des villes où se sont entassés année après année les centaines de milliers d'ex       clus de la terre, jusqu'à la jeunesse blasée des milieux bourgeois et des bien nantis, son cri de révolte a été suffisamment revendicatif, dressé contre les tabous d'où qu'ils viennent, contre une morale de pacotille qui ne sert pas la liberté et l'Homme mais l'oppresse, contre les pensées figées, les certitudes rigides et les petitesses bourgeoises, qu'on l'a affublé à tord d'être libertaire ou même grossier.

Mais ce n'est peut être pas la chanson Raî , en elle-même, qui est libertaire et grossière, mais les hommes et les femmes qui au fond d'eux-mêmes ont besoin de se libérer du joug oppressif d'un régime franchement néocolonial qui s'est autoproclamé et imposé depuis l'indépendance ainsi que de démystifier sa morale bourgeoise, hypocrite et figée qui ne sait fabriquer que des frustrations et des frustrés.

Et c'est ainsi que pouvait se remarquer, dans les fêtes de célébration de mariage chez la vieille et bien conservatrice classe citadine , une frénésie débridée de danses, de déhanchements et de totale libération physique, mentale et peut être psychanalytique, s'emparer des jeunes et des moins jeunes , dès que le DJ ou l'orchestre entonnait une chanson Raî. Alors que, juste quelques minutes auparavant, dans la morgue des convenances des danses citadines où on exhibe plus les habits et apparats d'ostentation bourgeoise que soit même, c'est des corps figés, des corps sans vie, bien raides et sclérosés qui déambulent tristement où se meuvent seulement des bras encore raides, terminés par des foulards, qui cherchent encore à se mouvoir tristement en ne réussissant à faire que le jeu mimique des essuie-glaces !

Dès l'indépendance, le nouveau régime omnipotent qui s'est mis en place souhaitait culturellement museler la paysannerie et les masses rurales, pour mieux les inféoder. Contrôler le pays, signifiait avant tout inféoder et maîtriser cette même classe rurale qui représentait la majorité écrasante du peuple algérien et qui a été historiquement le fer de lance et le bras de la révolution anticoloniale algérienne. En effet, le pouvoir savait qu'en brisant la culture rurale dans l'œuf ainsi que ses valeurs solidaires, justes et revendicatives, il annihilerait dans l'œuf, ses potentielles revendications pour la légitime réappropriation de la terre spoliée, ses revendications sociales fondées et bien sûr ses justes revendications politiques , comme cela arriva, malgré tout et progressivement un 21 avril 1980, un 21 avril 2001, un 05 octobre 2008, puis un 22 février 2019.

Hommage à Abdelkader AZZA, l'ethnologue nationaliste algérien, père de l'exhumation et réhabilitation de la culture populaire rurale de l'Oranais

Hommage distingué, quoique seulement posthume, à la mémoire de Abdelkader AZZA, qui bien avant Mouloud MAMMERI qui s'est particulièrement et , peut être, un peu trop exclusivement consacré à la libération de la culture berbère, ce nationaliste et lettré algérien fut l'un des premiers ethnologues algériens à avoir consacré sa vie à exhumer et à réhabiliter l'art populaire rural algérien et sa poésie révolutionnaire que le colonialisme français, puis dans son sillage , la bourgeoisie ''citadiniste'' réactionnaire ont cherché à enterrer encore bien après la longue nuit coloniale.

Oui, distingué Hommage et entière reconnaissance de l'Algérie authentique à ce riche et singulier intellectuel algérien de la libération algérienne pour sa volonté de reconstruction de la nation algérienne brimée, déstructurée, dépersonnalisée jusqu'à être réduite en lambeaux par plusieurs siècles de spoliation et de destruction des hautes valeurs et patrimoines immatériels algériens.

Par la présentation publique, tout juste quelques mois après l'indépendance de son pays, de sa Thèse de Doctorat soutenue à l'Université de la Sorbonne et consacrée à Mostéfa BEN BRAHIM, Barde de la poésie populaire rurale oranaise, l'ethnologue révolutionnaire venait, mieux que mille Katibas de l'ALN, de poursuivre la reconquête réelle de l'Algérie profonde par la restauration d'une grande et significative partie de son patrimoine révolutionnaire populaire. Et cette grande bataille humaine, civilisationnelle et combien décisive, il l'a mena victorieusement dans un des hauts lieux et monuments symboliques de l'Empire français , La Sorbonne. Et cela, dans le dépit le plus extrême des nostalgiques de la colonisation et de leurs alliés réactionnaires issues des bourgeoisies compradores citadines !

Par son engagement philosophique, culturel, politique et humain ainsi que par ses travaux de recherches hautement scientifiques car étayés et construits par une recherche bibliographique et documentaire des plus minutieuses, Abdelakader AZZA avait réussi à rejoindre, à appartenir et faire corps désormais avec la grande lignée des penseurs et hommes d'action révolutionnaires tels l'Emir Abdelkader, issu de la petite contrée agro-pastorale d'El Guiatna sur les rives de l'Oued Bouhanifia (et non de Mascara, comme il est prétendument et faussement établi !) , de Cheikh El Mokrani, des Ouleds Sidi El Cheikh et de bien d'autres belles extractions de la culture populaire rurale algérienne. Mais c'est ainsi, pour les tenants de l'action et pensée contre-révolutionnaires et révisionnistes, qu'il est devenu la personne à contrecarrer, à isoler, à occulter à jamais de la culture officielle (pour l'anecdote ou pour l'Histoire, certains grands dirigeants et décideurs politiques de l'époque, ont ri sous cape, quand ils apprirent que Abdelkader AZZA avait consacré ses recherches universitaires à ''ces, ont-ils dit, troubadours ruraux''... à ces joueurs de Guellal, disaient-ils précisément et sournoisement. Pourtant une bonne majorité de ces décideurs étaient bien d'extraction rurale... mais ils ne s'en souvenaient peut être plus, croyant avoir réussi à passer la ligne de stigmatisation sociale et culturelle en prenant, le plus souvent, épouse et alliance chez les citadins !).

Quelques années, après la disparition en pleine force de l'âge de Abdelkader AZZA, son travail a commencé à redonner les bourgeons et fruits de cette civilisation rurale revivifiée après être durant des siècles été meurtrie par des sévices internes et externes. Ceci notamment par les reprises chantées des anciens textes de la poésie rurale et de son chantre Motefa Ben BRAHIM , mis en musique et interprétés par des chanteurs adulés tels Ahmed Wahbi, Blaoui El Houari, Ahmed Saber et de bien d'autres artistes modernes oranais jusqu'à éclore, après les années 70 dans le Raî et sa jeunesse prodige (Chab Khaled, Chab Hasni, Mami, Fadéla, Sahraoui, Bilal, Zahouania, etc...) comme un jaillissement merveilleux s'exécutant par une extraordinaire déferlante inimaginable jusque là qui a conquis des publics nationaux de toutes origines et cultures (arabe, kabyle, chaouia, sahraoui, maghrébin, etc...) ainsi qu'un public international large et de tout les continents du monde (Amérique du Nord, Europe, Japon, etc...).

Tout cela dans un succès et reconnaissance internationale particulière où a été porté bien haut le drapeau algérien et qui a vu les publics du monde entier célébrer cette Algérianité comme jamais cela n'a été vu auparavant, malgré la Chappe de Plomb et les interdictions de passage à la Télévision et Radio d'Etat effectives depuis l'indépendance jusqu'à 1985 ( date du 1ier festival du Raî de Bobigny en France, voir plus haut). Quant à la musique morte andalouse et officielle de la culture bourgeoise, elle peut aller se rhabiller définitivement dans sa morgue figée des cultures mortes et sans créativité. Cette forme de chanson et musique andalouse citadine n'est pas et ne sera jamais la culture populaire des Algériens bien qu'officiellement, et depuis l'indépendance, promue à coups de milliards par les financements de la collectivité nationale à travers ces multiples et incessantes festivals consacrés presqu'annuellement. Elle n'est et ne sera que la culture des nostalgiques d'un temps révolu et de déclin bu.

Contrairement à la société rurale oranaise qui a tellement subie du colonialisme français le long d'un long processus de dépossession des terres, de démantèlement des liens sociaux et familiaux et d'inféodation économique des ses populations qui a duré plus d'un siècle (le nord-ouest algérien à grandes plaines et riches terroirs agricoles a connu et subi le colonialisme le plus total et le plus abouti, comprenant entre autres une destruction extrême de ses structures, sociologiques, agraires et tribales préexistantes). Drame humain majeur qui a marqué profondément, et en premier, les populations rurales jusqu'à en faire une classe révolutionnaire : Cette classe sociale d'extraction agraire et rurale qui avait tout à gagner et plus rien à perdre s'est engagée corps et âme dans le mouvement national de libération.

C'est essentiellement elle qui a porté, nourri et animé la Guerre de libération. Et, à l'indépendance, son élan révolutionnaire devait la porter encore loin, dans le pays , loin en Afrique et loin dans le monde où son exemple rénovateur et prometteur a été reconnu. La bourgeoisie ''citadiniste'' n'a jamais été créative, ni révolutionnaire, ni universellement épanouissante par une quelconque et sincère contribution car ses horizons sont étroits et bien fermés.

Ses rêves et épanchements sont incontestablement myopes et ne voient pas plus loin que ses propres intérêts. Ils s'arrêtent, en effet, le plus souvent ou ne regardent que vers le faux passé sublimé , la maison ou villa cossue et repue de faïences et de fioritures, l'argent du commerce et sa fructification aussi acharnée que démesurée et enfin les limites étroites d'une communauté irrémédiablement fermée sur elle-même... Une communauté où les seuls Maîtres restent l'argent et les tenants du pouvoir en place avec lesquels il faudrait s'acoquiner, et pourquoi pas frayer pour faire alliance !

Voilà, Si Abdelakader AZZA, ne dit-on pas, que ''la lumière se fait sur les tombes''... En effet, cela est encore le cas, pour les érudits et prodiges de ta sorte, dont le moule semble aujourd'hui bien cassé et dont le seul tord est d'avoir été en avance sur leur temps ... Sur le temps de ses contemporains vite ''citadinisés'' et embourgeoisés !

Reposes en Paix dans la Lumière et grandeur de la mémoire populaire, Si Abdelkader AZZA, car ton inspiration juste et ton édifiant travail d'exhumation et de réhabilitation du patrimoine populaire et immatériel enfoui ont été bien féconds.

Notes & Sources :

(1) « L'exemple pédagogique algérien de ratage de la révolution agricole et sociale: Pays décolonisé depuis 57 ans et ne subsistant que par la rente pétrolière et sa prédation » (1ère partie) , Hassan Taki El Benaissi Publié dans Le Quotidien d'Oran le 27 - 04 - 2019 https://www.djazairess.com/fr/lqo/5276134

(2) « L'exode rural est-il seulement une exclusion de la terre ou correspond-il plutôt, à des exclusions culturelle, sociale et politique des populations rurales algériennes ? » (Suite et fin), Hassan Taki El Benaissi Publié dans Le Quotidien d'Oran le 28 - 04 - 2019 https://www.djazairess.com/fr/lqo/5276189

(3) Née le 8 mai 1923 à Tessala , arrière-pays agricole de piémont pauvre proche de Sidi Bel Abbes . Orpheline très tôt, elle s'installe à l'âge de vingt ans à Relizane. A cette époque, la jeune Saâdia va de quartier en quartier, dort dans les hammams. Quelquefois, elle fait la bonne pour des ménages français. Survient la Seconde Guerre mondiale, Rimitti suit un groupe de musiciens Hamdachis. Elle rencontre le déjà célèbre Cheikh Mohamed Ould Ennems. Elle se met en ménage avec lui et il l'introduit dans le milieu artistique en la faisant enregistrer à Radio Alger. Mais, la 1ère fois où elle se fait remarquer, c'est au cours d'un de ces nombreux cérémonials qu'elle effectue à Sidi Abed, près de Oued Rhiou. Un jour, une pluie torrentielle empêche la représentation. Saâdia, en compagnie de ses musiciens et des cheikhs Hamada et Bouras, court se réfugier dans une « cantina » pour y boire un café. L'apercevant et la reconnaissant, des clients l'accueillent avec enthousiasme, flattée, elle offre une tournée mais, ne parlant pas français, elle s'en sort grâce à quelques mots qui lui revinrent subitement à l'esprit : « Remettez un panaché, madame (...). » Et le public, croyant qu'elle disait son nom, l'ovationna en criant » Rimitti, Rimitti ! ». Depuis elle porte ce patronyme comme un étendard et c'est sous ce nom de Cheikha Remettez Relizania que sort, en 1952 chez Pathé, une rondelle de cire comportant trois titres : « gasmou Tiaret », « Trig Tmouchent » et « Er-raï Er-raï ». C'est en 1954 qu'elle connaît son premier succès national avec « Charrak Gattà » (Pathé). Mythe entre les Mythes, on s'arrache la » bienheureuse » (Saâdia) pour animer les fêtes de mariages et des circoncisions ». En auteur prodigieusement fécond, aucun sujet n'a échappé à la sagacité de la Cheikha... Elle qui avait osé chanter dans les cafés juifs, en pleine guerre de libération, une ode à l'émir Abdel Kader, va subir, dès l'indépendance, les foudres de la censure du FLN. Aujourd'hui, à 70 ans passés, se proclamant la « Oum Kaltoum » de l'Algérie, Rimitti ne se satisfait qu'a moitié d'une consécration internationale. Dans son pays ravagé par la violence, elle est toujours interdite d'antenne et de salle de spectacles. La Hadja, qui s'était produite en France une 1ère fois en 1979, retourne régulièrement à Oran où elle a établi ses quartiers d'été. Elle ne buvait ni ne fumait depuis longtemps et vivait dans une modeste chambre d'hôtel dans le 18ème arrondissement de Paris (sources : africultures.com).

(4) Cheikha Djénia est née en 1954 à Marhoum, un village proche de Saïda. Très jeune, elle est contrainte de se marier, mais à 17 ans, elle fuit le domicile conjugal. Elle fait ses débuts artistiques dans les années 1970 en animant des mariages et des soirées. Sa musique est pure traditionnelle, accompagnée de flûtistes de renom tels que Cheikh Sammouri, Cheikh Atou, Mohamed Mir et Mohamed El-Ksasbi. Elle chante le raï traditionnel mais surtout le bédoui, deux styles typiques d'Oranie. Dans ce milieu elle rencontrera Zouaoui Kis-Khannous, greffier au tribunal de métier le jour mais aussi un parolier et berrah (dédicateur et animateur de soirée) le soir, qui deviendra son mari et avec qui elle aura 5 enfants. Au milieu des années 1980, elle modernise son style qui va la faire entrer dans une nouvelle ère de succès. Elle animera plusieurs grandes soirées dans l'Ouest algérien et aussi des concerts internationaux notamment en Europe. Malgré le succès, Cheikha Djénia a traversé pas mal d'épreuves dans sa vie, connaissant des contraintes surtout dues à la censure politique et médiatique de ce style de musique qui était gênant car il ne concordait pas aux principes sociaux et éducationnels du pays. En 2003, une tragédie s'abat sur la chanteuse avec la mort subite de son mari.

Cheikha Djénia (el Hakania bint Saïda) qui veut dire (la Vraie, la fille de Saïda) comme elle est appelée et ça pour la différencier à Cheikha Djénia Sghira qui veut dire la petite (ou la jeune) qui a repris son nom et son style pour perpétuer la maîtresse. Elle décède en 2004 à la suite d'un accident de voiture sur la route reliant Sidi Bel Abbes à Tlemcen, entre les localités de Ben Badis et Aïn Tallout (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cheikha_Dj%C3%A9nia).

(5) Le jazz est un genre de musique né aux États-Unis au début du XXe siècle par les noirs américains. Cette musique vient du croisement du blues, du ragtime et de la musique classique. L'une des caractéristiques du Jazz est d'utiliser l'improvisation et de donner une grande place au rythme.

(6) Le Rhythm and Blues (s'écrit aussi « Rhythm ‘n' Blues »), ou R&B (aussi écrit « R'n'B » ou « RnB », pour la même prononciation), est un genre de musique populaire afro-américaine ayant émergé dans les années 1940... Le genre mêle des éléments sonores en provenance du Gospel, du Blues et du Jazz.

(7) Le Reggae est lancé en Jamaïque à la fin des années 1960 dans un contexte de forte émulation entre petits producteurs de musique. Il est le fruit de nombreuses rencontres et de métissages : évolution du ska puis du rocksteady, il trouve ses racines dans les rythmes et musiques blanches coloniales qu'on faisait jouer aux esclaves (polka, mazurka, scottish, quadrille mais aussi musiques de types militaires avec fifres et tambours), les formes culturelles et musicales du XIXe siècle comme le Kumina, le Junkanoo ou le Revival Zion qui se traduisent dans les musiques traditionnelles caribéennes (mento puis calypso), mais est aussi très influencé par le Rhythm and Blues, le Jazz et la Soul music (la musique américaine est alors très en vogue en Jamaïque). À ces influences s'ajoute celles de musiques africaines, du mouvement rasta et des chants nyabinghi, qui utilisent les tambours dérivés des cérémonies Buru afro-jamaïcaines. Ce métissage ne s'arrêtera pas là : de nos jours, nombre de styles s'inspirent, intègrent ou reprennent le style Reggae de par le monde. Le Reggae est maintenant une musique universelle, comme le souhaita son principal ambassadeur, Bob Marley ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Reggae).

*Université d'Oran 1