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LA PLUS GRANDE DES MENACES

par M. Saadoune

Il est curieux, c'est même typiquement «spécifique», d'entendre des politiciens mettre en garde contre la politique. Comme si faire de la politique est une activité répréhensible, honteuse, une sorte de «kofr»… Et bien entendu, cette grave accusation de faire de la politique vient souvent de ceux qui ont un pouvoir ou des relais partisans de ceux qui sont au pouvoir. C'est une dangereuse pathologie liberticide.

 Quand un député FLN reproche à des députés d'un parti d'opposition d'aller au Sud et prendre langue avec l'association des chômeurs, il ne le fait pas parce qu'ils auraient fait des propositions intenables ou qu'ils auraient appelé à des débordements de rue. Il leur reproche tout simplement d'être allés «entendre» et «écouter» des citoyens, ce qui est, sans l'outrageuse spécificité algérienne, la moindre des choses pour des députés. Rencontrer des chômeurs, se mettre à écouter, à parler aux gens du Sud qui en ont des choses sur le cœur, c'est bien entendu faire de la politique basique. Seuls des esprits tordus peuvent y voir une volonté de «brouiller les cartes». Il faut aller vigoureusement à l'encontre de cette attitude criminalisant la politique. C'est une maladie qui appréhende les respirations naturelles des femmes et des hommes avec une suspicion maladive.

 Ces derniers jours, on a eu avec l'action menée par le Comité des chômeurs une illustration de cette surdétermination du regard policier sur l'approche politique. On aura entendu des accusations d'intelligence avec un «ennemi extérieur» proférées avec une légèreté d'autant plus insoutenable que dans la même foulée on reconnaît que les demandes sont légitimes. Quand des Algériens expriment pacifiquement des demandes légitimes, ils font de la politique. Et ils n'ont aucune honte à le faire. Ils le font car ils ont des avis sur les politiques publiques qui sont menées ; ils ont des avis sur les affectations des ressources, sur les personnes qui sont censées les représenter. Où est donc le mal ? Il n'est pas chez ceux qui essaient - malgré une scène politique tellement contrôlée qu'elle est devenue sans la moindre utilité - de créer une ébauche de débat public sur les politiques du pays.

 AU SUD, QUAND DES JEUNES REVENDIQUENT UN EMPLOI, ILS REVENDIQUENT AUTOMATIQUEMENT UNE FORMATION POUR POUVOIR ETRE EMPLOYES DANS LES ACTIVITES QUI SE DEROULENT DANS LA REGION. ET CETTE REVENDICATION INTERROGE CRUMENT LE FAIT QUE MALGRE LES ANNONCES, LES STRUCTURES DE FORMATION POUR LES METIERS UTILES POUR LE SECTEUR PETRO-GAZIER N'ONT PAS ETE INSTALLEES. LE DIRE ET LE REDIRE, C'EST BIEN FAIRE DE LA POLITIQUE. ET IL FAUT QUE LES JEUNES ALGERIENS APPRENNENT A SE DEBARRASSER DE LA REPULSION CONTRE LA POLITIQUE QUI EST… POLITIQUEMENT ENTRETENUE. IL FAUT DEFENDRE LA POLITIQUE COMME UN MOYEN DE RAISON POUR GERER DANS LA TRANSPARENCE LE PAYS ET SES RESSOURCES. C'EST LE SEUL MOYEN DE CONVAINCRE LES ALGERIENS D'ACCEPTER UN AGENCEMENT DES PRIORITES. DISCOURIR SUR LA MENACE ETRANGERE EN BAILLONNANT L'EXPRESSION ET EN ENTRAVANT LE DROIT DES ALGERIENS A S'ORGANISER ET A DEFENDRE DES IDEES ET DES PROGRAMMES EST UNE ABERRATION. L'ALGERIE A BESOIN DE CITOYENS QUI S'IMPLIQUENT ET EXERCENT DE MANIERE EFFECTIVE LEURS LIBERTES ET LEURS DEVOIRS. SI LA POLITIQUE ET SON COROLLAIRE LA CITOYENNETE N'ONT PAS DROIT DE CITE, ON NE LAISSE DE PLACE QU'AUX CROYANTS OU AUX NIHILISTES. C'EST CETTE OBSTRUCTION QUI EST LA PLUS GRANDE DES MENACES.