Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Algérie-Niger: Un retour à la normale et un impact régional

par A. Z.

La visite effectuée en Algérie par le président du Niger, le Général d'Armée Abdourahmane Tiani, a replacé dans l'ordre naturel les relations entre les deux pays et balisé la voie à une dense coopération dans divers domaines, notamment économiques et sécuritaires. Dans ce cadre, l'expert en géopolitique et en géoéconomie, Arslane Chikhaoui, a confirmé une vision partagée par les observateurs dans les deux pays, en estimant que le réchauffement des relations entre l'Algérie et le Niger marque un retour naturel à la normale, à la stabilité et à la sérénité entre deux pays liés par l'histoire, la géographie et des intérêts stratégiques communs. « C'est le retour à la normale, le retour à la sérénité et le retour à la stabilité dans les relations entre les deux pays », a-t-il affirmé, hier, lors d'une intervention à l'émission « L'invité du jour » de la chaîne 3 de la Radio algérienne, à l'occasion de la visite du président nigérien en Algérie, qui s'est étalée sur deux jours (dimanche et lundi), précisant que la terminologie diplomatique utilisée pour qualifier cette visite n'était pas anodine.

Pour cet expert, il s'agit d'une dynamique qui traduit une volonté politique claire de renforcer la coopération bilatérale et de consolider la confiance mutuelle. Relevant dans ce sillage qu'« on parle d'une visite de travail et d'une visite d'amitié. Le travail signifie que des dossiers précis ont été traités à très haut niveau, tandis que l'amitié renvoie à la fraternité, donc à la construction de la confiance, sans laquelle aucune relation durable entre États n'est possible ». Poursuivant son intervention, il a souligné que cette confiance renouvelée constitue aujourd'hui le socle de la relation algéro-nigérienne, rappelant que « les deux chefs d'État ont réaffirmé leur attachement aux principes fondateurs de leurs relations, notamment le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la solidarité face aux menaces communes ». « Chaque mot a son importance, surtout lorsqu'il s'agit de souveraineté et de non-ingérence. Ce sont des principes fondamentaux hérités du non-alignement et des bases mêmes de l'État algérien. »

Dans un contexte de recomposition géopolitique et géoéconomique mondiale, Arslane Chikhaoui a expliqué que la notion de souveraineté ne se limite plus à l'espace physique. « Aujourd'hui, la souveraineté doit être respectée à la fois sur le plan territorial et dans l'espace digital. La non-violation des données et la protection contre les attaques cybernétiques font désormais partie intégrante de la sécurité des États », a-t-il soutenu. Cette approche globale de la souveraineté renforce, selon lui, la pertinence du partenariat entre l'Algérie et le Niger. Un partenariat et un rapprochement qui auront inéluctablement un impact régional dans « une dimension symbolique et stratégique majeure pour l'ensemble du Sahel », a-t-il soutenu. Rappelant dans ce contexte que les turbulences politico-militaires et les conflits de faible intensité ont fragilisé la zone sahélo-saharienne, créant un climat d'instabilité et d'incertitude. «Le Niger, notamment dans sa partie sud-ouest, fait face à de fortes pressions sécuritaires. La reprise des relations permet de désamorcer les risques d'implosion et de contenir les menaces communes», a-t-il estimé.

L'Algérie, acteur de stabilisationrégionale

Et d'insister sur « la nécessité de conjuguer développement économique et sécurité pour lutter efficacement contre le terrorisme, le narcotrafic, les trafics humains et d'armes ainsi que les migrations clandestines ». Ajoutant que «sans stabilité, il n'y a pas de développement. Et sans développement, l'instabilité se propage, avec des flux migratoires incontrôlés vers les pays voisins et au-delà». L'expert a également mis en avant le rôle central de l'Algérie comme acteur de stabilisation régionale à travers une diplomatie de proximité appuyée par une diplomatie économique, énergétique et minière. « L'Algérie avance calmement mais sûrement. Elle défend, avec le Niger et d'autres pays voisins, une aire d'intérêt commun qu'il est essentiel de préserver face aux appétits d'acteurs extrarégionaux », a-t-il indiqué. Considérant que cette stratégie de long terme est la clé d'une stabilité durable dans l'espace sahélo-saharien, où certains pays tentent de vendre des mirages dans la région avec des velléités de parasiter les relations diplomatiques entre l'Algérie et les pays du voisinage.

M. Chikhaoui n'a pas manqué d'aborder la relance du projet du gazoduc transsaharien (TSGP) qui, selon lui, constitue un axe central du renforcement de la coopération économique et énergétique entre l'Algérie et le Niger. Selon l'expert, « le retour à une coopération économique active entre Alger et Niamey correspond à un retour à la normale et à une logique de stabilité régionale ». Porté par Sonatrach, le TSGP vise à faire transiter le gaz à travers le territoire nigérien avant son acheminement vers l'Algérie et les marchés européens. Pour Chikhaoui, « ce projet n'est pas uniquement énergétique, il est avant tout structurant, car il crée de l'emploi local et stabilise les régions frontalières », soulignant que les frontières ont historiquement été « des zones naturelles d'échanges commerciaux et humains » et que leur développement économique est une réponse durable aux défis sécuritaires et migratoires. Le Niger tirera un bénéfice direct du passage du gazoduc, notamment à travers des redevances et des dividendes, et il ne reste que la pose des pipelines qui traversent ce pays pour que ce mégaprojet atteigne une phase très avancée pour son exploitation (toutes les infrastructures étant prêtes au Nigéria et en Algérie).

Rappelons dans ce cadre la récente visite du ministre algérien des Hydrocarbures à Niamey à la tête d'une importante délégation, où il a été reçu par le Président Tiani. L'expert a expliqué dans ce sens que « le Niger pourra profiter soit de royalties financières, soit de retombées en nature, ce qui représente un investissement à long terme pour son économie ». Cette approche tranche avec les anciennes logiques d'exploitation, car « il ne s'agit plus de siphonner les ressources, mais de bâtir un partenariat gagnant-gagnant ». Pour l'Algérie, le TSGP renforce sa position d'acteur énergétique majeur et son rôle de trait d'union entre l'Afrique et l'Europe. « Il y a un retour sur investissement évident pour l'Algérie, mais surtout une vision africaine de coopération et de solidarité », insiste Chikhaoui. Selon lui, « ce projet montre que l'Afrique est capable de se prendre en charge et de répondre elle-même à ses défis économiques et géopolitiques ».