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Du Nil à la Méditerranée : pourquoi un axe: Alger-Le Caire-Riyad est désormais indispensable
par Salah Lakoues Par-delà
les crises apparentes, une recomposition silencieuse est en cours dans le monde
arabe et en Afrique. Elle ne repose plus sur des guerres déclarées entre États,
mais sur des conflits indirects, des milices supplétives et des alliances
opaques. Les récentes révélations de Reuters concernant un camp d'entraînement
en Éthiopie pour des combattants soudanais marquent un tournant dangereux.
Elles confirment que la fragmentation régionale n'est plus une conséquence du
chaos, mais une stratégie.
Le camp éthiopien : un signal d'alarme régional Selon une enquête approfondie de Reuters, un camp d'entraînement militaire secret a été établi dans la région éthiopienne de Benishangul-Gumuz, à proximité de la frontière soudanaise. Ce camp aurait la capacité d'accueillir jusqu'à 10 000 combattants, avec environ 4 300 membres des Forces de soutien rapide (RSF) déjà en formation début 2026. Toujours selon Reuters, les Émirats arabes unis sont accusés d'avoir financé la construction du camp, fourni un soutien logistique et des instructeurs, malgré leurs démentis officiels. L'aéroport d'Asosa aurait parallèlement été modernisé pour des usages militaires, notamment liés aux drones. Ces faits, s'ils sont confirmés dans leur totalité, constituent une internationalisation explicite de la guerre civile soudanaise, au cœur même de la Corne de l'Afrique, à proximité immédiate du Nil Bleu et du barrage de la Renaissance. Le Soudan et l'Éthiopie : pression indirecte sur l'Égypte La déstabilisation du Soudan ne peut être lue indépendamment de ses conséquences régionales. Un Soudan fragmenté : Affaiblit la profondeur stratégique de l'Égypte, Fragilise la sécurité du bassin du Nil, Ouvre la voie à des acteurs non étatiques armés aux frontières méridionales du monde arabe. L'alliance étroite entre les Émirats arabes unis et l'Éthiopie, déjà visible dans le soutien financier massif accordé à Addis-Abeba ces dernières années, confère à cette dynamique une dimension stratégique plus large, qui touche directement aux intérêts vitaux du Caire. Du Yémen à la Libye : une même logique de fragmentation Le camp éthiopien n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une continuité : Au Yémen, les Émirats ont soutenu des forces séparatistes du Sud, affaiblissant l'unité du pays et compliquant l'effort stratégique saoudien. En Libye, le soutien à des forces armées parallèles a contribué à la partition de fait de l'État. Dans la Corne de l'Afrique, la reconnaissance sélective du Somaliland participe à une balkanisation durable de l'espace régional. Dans chacun de ces cas, la méthode est identique : affaiblir l'État central, renforcer des acteurs armés non souverains et sécuriser des corridors stratégiques - ports, ressources, routes maritimes. L'Algérie : le contre-modèle Face à cette logique, l'Algérie demeure une exception stratégique. Issue d'une guerre de libération totale, dotée d'une armée nationale puissante et d'une doctrine de non-alignement active, elle rejette : La logique des proxies, La normalisation du chaos, La dissolution des États arabes et africains. Son attachement à la souveraineté, à l'unité territoriale et à la cause palestinienne lui confère une légitimité historique particulière dans le Sud global. Pourquoi un axe Alger-Le Caire-Riyad est aujourd'hui vital Aucun de ces États ne peut, seul, contenir les dynamiques de fragmentation en cours. Un axe stratégique entre Alger, Le Caire et Riyad est devenu indispensable Pour, en effet, défendre l'intégrité des États arabes, Mettre fin à la militarisation des conflits internes par des acteurs extérieurs, Rétablir la centralité des institutions nationales, Promouvoir des solutions politiques régionales, et non des arrangements imposés. Cet axe ne serait ni idéologique ni hégémonique. Il serait stabilisateur, fondé sur : La souveraineté, La sécurité collective, La coopération entre grandes nations arabes. Les révélations de Reuters sur le camp d'entraînement en Éthiopie doivent être prises pour ce qu'elles sont : un avertissement stratégique. Si la fragmentation devient la norme, aucun État n'est à l'abri. Face à cette dérive, l'histoire, la géographie et la responsabilité imposent une convergence entre Alger, Le Caire et Riyad. Non pour dominer la région, mais pour empêcher sa dissolution. Dans un monde en recomposition accélérée, la survie des États arabes passe par la solidarité des États, non par la guerre des proxies. |
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