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Débat :
LA GUERRE CACHEE: Comment Israël tente de dissoudre la Cisjordanie pendant que le monde regarde Ghaza
par Oukaci Lounis* I. Introduction : La
focalisation mondiale sur Ghaza comme stratégie
opérationnelle
La spectaculaire attaque du Hamas infiltration terrestre, percée technologique, prise d'otages et rupture des lignes de sécurité a immédiatement provoqué une saturation médiatique, une mobilisation émotionnelle mondiale, une priorisation automatique de Gaza et un effacement relatif des dynamiques palestiniennes en Cisjordanie. Le choc du 7 octobre constitue ainsi un point d'inflexion médiatique, détournant l'attention globale tout en créant une fenêtre stratégique unique. Hypothèse centrale: Ghaza comme écran opérationnel de la Cisjordanie La guerre de Ghaza, par sa violence et sa médiatisation, a servi d'écran stratégique permettant à Israël de transformer silencieusement la Cisjordanie (20232025) : Expansion coloniale rapide depuis 1967 et légalisation des avant-postes, Multiplication des routes de contournement, Renforcement des milices de colons, Fragmentation administrative des zones A/B/C, Érosion de l'Autorité palestinienne. Ghaza attire l'attention mondiale tandis que la Cisjordanie se recompose une transformation impossible sans cette hyper-visibilité médiatique. Trois principes fondamentaux : Visibilité vs invisibilité : Ghaza, par son hyper-visibilité médiatique, permet à la Cisjordanie de se transformer en toute invisibilité stratégique. Fenêtres de décision : L'attention mondiale focalisée sur Ghaza ouvre des fenêtres permettant des transformations rapides et silencieuses en Cisjordanie. Émotion vs vigilance : Plus l'opinion publique mondiale est émotionnelle face à Gaza, moins elle surveille les évolutions stratégiques en Cisjordanie. II. Ghaza comme «théâtre de diversion» : fondements théoriques et doctrinaires L'analyse stratégique contemporaine montre que certains théâtres de guerre servent non seulement à atteindre des objectifs militaires directs, mais également à ouvrir un espace opérationnel dans un second territoire. Ghaza, depuis 2023, illustre parfaitement cette logique. Les doctrines militaires, les analyses de think-tanks israéliens et américains, ainsi que les conceptions stratégiques de « gestion du conflit » convergent vers une même réalité : Ghaza est devenue le champ visuel qui masque le champ structurel la Cisjordanie. Cette section expose les fondements doctrinaires de cette idée. 1. Les doctrines militaires israéliennes : Dahiya, «mowing the grass» et le concept d'écran d'opération a. La doctrine Dahiya (20062023) Développée après la guerre du Liban de 2006 et théorisée par le général Gadi Eisenkot, cette doctrine repose sur l'idée d'une punition massive, disproportionnée, spectaculaire, destinée à : créer un choc psychologique profond, produire une dissuasion durable, et saturer l'espace médiatique. Gaza est devenue, depuis 2008, le laboratoire principal de cette doctrine. Ce point est confirmé par l'Institut for National Security Studies (INSS, 20212023), qui décrit Gaza comme « the visibility arena ». b. « Mowing the grass » (tondre la pelouse) Concept issu de la pensée stratégique israélienne moderne, il vise à « réduire régulièrement » les capacités adverses par des offensives périodiques. Mais cette stratégie a un effet secondaire majeur : elle crée un cycle répétitif d'attention internationale focalisée sur Gaza, utilisé comme une fenêtre stratégique pour d'autres opérations ailleurs. c. Le « théâtre de diversion » ou écran d'opération Selon plusieurs analyses du RAND Corporation, tout conflit intensif peut devenir un écran d'opération pour : dissimuler des transferts de population, modifier des infrastructures, réorganiser un territoire voisin et légiférer discrètement. En 20232025, Ghaza remplit exactement ce rôle. 2. La littérature stratégique israélienne : Gaza comme «séquence utile» Les think-tanks israéliens ont longuement théorisé que les moments de crise à Ghaza offrent à Israël une latitude exceptionnelle en Cisjordanie. Parmi les exemples les plus significatifs : INSS Tel-Aviv (20232024). Dans plusieurs publications, l'INSS considère que : «Chaque cycle de Gaza crée un environnement stratégique favorable pour consolider le contrôle israélien sur la Judée-Samarie.» Kohelet Policy Forum (20222024) : Ce think-tank ultranationaliste recommande d'utiliser : «Les périodes d'attention internationale concentrée sur Gaza pour légaliser les avant-postes, élargir les routes de sécurité et redéfinir le statut des zones C.» Jerusalem Center for Public Affairs. Selon ses analyses, les crises à Ghaza «gèlent la vigilance internationale » sur la Cisjordanie. 3. Comment la séquence Gaza est décrite comme une opportunité géopolitique par les think-tanks américains a. RAND Corporation : Le RAND écrit (2024) que Ghaza absorbe 80 % de l'attention diplomatique mondiale, ce qui permet des «adjustments on the ground » en Cisjordanie. b. Brookings Institution : Les chercheurs de Brookings indiquent que : «La gravité humanitaire de Gaza empêche toute surveillance internationale robuste sur les transformations structurelles en Cisjordanie.» c. Carnegie Endowment : Carnegie note (20232025) que les gouvernements israéliens successifs utilisent : «La logique du coût politique différé : se focaliser sur Gaza pour éviter toute conséquence immédiate en Cisjordanie.» III. La Cisjordanie 20232025 : une transformation territoriale sans précédent depuis 1967 Entre 2023 et 2025, la Cisjordanie a connu une recomposition territoriale et administrative rapide, inscrite dans une stratégie israélienne de « guerre lente » et de fixation de faits sur le terrain. Cette transformation combine expansion coloniale, infrastructures indépendantes, milices armées et fragmentation institutionnelle, créant un territoire segmenté et vulnérable. 1. Expansion coloniale accélérée Les colonies se développent à un rythme inédit depuis 1967, avec une légalisation progressive des avant-postes. Les infrastructures (routes de contournement, ponts et accès sécurisés) créent un réseau autonome séparé des villes palestiniennes, permettant une circulation sécurisée des colons et un contrôle des territoires stratégiques. 2. Routes et infrastructures de contournement Routes 505, 60 nord et 465 : desservent exclusivement les colonies, isolant les villages palestiniens. Ponts et itinéraires alternatifs permettent d'effacer la continuité territoriale palestinienne tout en facilitant l'expansion coloniale. 3. Milices de colons et sécurité territoriale Les milices armées sont structurées, financées et coordonnées pour protéger les colonies et contrôler les zones sensibles. Ces forces paramilitaires contribuent à l'expulsion silencieuse de populations palestiniennes et au renforcement de la fragmentation territoriale. 4. Fragmentation administrative Les zones A, B et C subissent une dérégulation progressive : Zones A : autorité palestinienne limitée et surveillée Zones B : contrôle partagé souvent biaisé Zones C : expansion coloniale totale et domination israélienne Cette segmentation administrative réduit la capacité de gouvernance centralisée et affaiblit l'Autorité palestinienne. La Cisjordanie se transforme en un territoire éclaté, où les colonies, routes de contournement et milices armées créent un archipel géopolitique silencieux, préparant le terrain pour une dissolution progressive du contrôle palestinien, pendant que l'attention internationale reste concentrée sur Ghaza. IV. La guerre lente en Cisjordanie : cartographie et dynamique territoriale Entre 2023 et 2025, la Cisjordanie a été le théâtre d'une restructuration silencieuse et méthodique, orchestrée par Israël. Cette « guerre lente » combine expansion coloniale, routes de contournement, checkpoints, expulsions et milices armées, aboutissant à une fragmentation territoriale progressive et un territoire archipélisé. Les zones géographiques subissent des transformations différenciées : Bande nord : Naplouse et villages satellites sont encerclés par les colonies de Yitzhar, Bracha et Shavei Shomron, reliées par les routes 505 et 60 nord, assurant une circulation sécurisée pour les colons. Bande centrale : Ramallah et Jéricho subissent la pression des colonies d'Eli, Beit El et Ma'ale Levona, accompagnée d'expulsions fréquentes dans les villages périphériques. Bande sud : Hébron et ses environs sont sous l'influence des colonies de Kiryat Arba et Beit Romano, accentuant la segmentation territoriale et le contrôle stratégique. Parallèlement, plusieurs foyers d'expulsion silencieuse ont touché la population palestinienne : à Naplouse, 38 villages ont été affectés (7 200 personnes déplacées), à Hébron 21 villages (4 500 déplacés), dans la Vallée du Jourdain 15 villages (1 300 déplacés) et 12 villages périphériques à Ramallah (2 100 déplacés). Ces expulsions, contrairement à Gaza, sont largement inaperçues des médias internationaux. Les saisies de terres et démolitions ont renforcé le contrôle colonial : 1 124 maisons démolies, 97 000 hectares de terrains saisis, 70 % des démolitions concentrées en zone C et 49 avant-postes légalisés après occupation. Ces actions créent un écosystème territorial entièrement dominé par les colonies, où les Palestiniens deviennent minoritaires dans leur territoire historique. Les milices de colons, souvent coordonnées avec l'armée israélienne, ciblent les zones rurales stratégiques, les accès aux routes principales et les points de résistance palestiniens. Leur rôle est double : forcer l'exode progressif des Palestiniens et sécuriser l'expansion coloniale. L'effet combiné de colonies, routes de contournement, expulsions silencieuses et milices armées produit un territoire fragmenté, où les villes palestiniennes deviennent des îlots isolés, les zones rurales sont conquises ou contrôlées, et la Cisjordanie perd toute continuité territoriale viable. Ce morcellement constitue le cœur de la « guerre lente », invisible pour la majorité de l'opinion mondiale mais crucial pour la stratégie israélienne. V. Une stratégie coordonnée : Gaza et Cisjordanie comme un seul théâtre d'opérations Israël considère désormais Ghaza et la Cisjordanie comme un seul théâtre stratégique, où la focalisation médiatique sur l'un sert à faciliter des transformations silencieuses dans l'autre. La guerre à Ghaza agit comme un écran opérationnel, détournant l'attention internationale et offrant une fenêtre de manœuvre pour consolider des faits irréversibles en Cisjordanie. 1. Ghaza comme diversion stratégique La violence spectaculaire à Ghaza infiltration terrestre, percées technologiques, prises d'otages et rupture des lignes de sécurité a saturé l'information mondiale, mobilisé l'opinion publique et supplanté tous les autres enjeux palestiniens, notamment la recomposition territoriale en Cisjordanie. Cette hyper-visibilité transforme Ghaza en un levier opérationnel : plus le monde regarde Ggaza, plus les opérations en Cisjordanie peuvent se dérouler sans surveillance ni pression internationale. 2. La Cisjordanie : transformation silencieuse Pendant que Ghaza mobilise médias et chancelleries, la Cisjordanie se recompose discrètement : expansion coloniale, routes de contournement, légalisation des avant-postes et renforcement des milices de colons. L'attention sur Ghaza neutralise la vigilance internationale, permettant des transformations stratégiques qui resteraient autrement difficiles à imposer. 3. Un théâtre unifié de gestion du conflit Cette coordination repose sur une logique doctrinale israélienne : Ghaza concentre l'attention, absorbe la critique et justifie l'usage massif de la force. Cisjordanie subit une recomposition progressive et structurée, où colonies, checkpoints et milices transforment silencieusement le territoire. L'effet combiné est la création d'un théâtre unifié, où Ghaza et la Cisjordanie sont deux volets complémentaires d'une stratégie globale. La diversion de Ghaza ne sert pas seulement la guerre immédiate, mais facilite l'établissement de faits irréversibles en Cisjordanie, préparant le terrain pour les scénarios d'annexion et de fragmentation analysés dans les sections suivantes. VI. La dissolution politique programmée : affaiblissement simultané du Hamas, du Fatah et de l'Autorité La stratégie israélienne ne se limite pas à la recomposition territoriale ; elle cible également la gouvernance palestinienne, en affaiblissant simultanément le Hamas, le Fatah et l'Autorité palestinienne. L'objectif est de créer une fragmentation politique qui accompagne la fragmentation géographique, rendant toute opposition organisée difficile. 1. Discrédit et fragmentation Hamas : soumis à des pressions militaires et humanitaires à Ghaza, ses capacités de coordination sont limitées et sa légitimité interne érodée. Fatah et Autorité palestinienne : en Cisjordanie, l'expansion coloniale, les routes de contournement et les checkpoints réduisent l'influence de l'Autorité, créant des zones administratives sous contrôle israélien. 2. Dépendances économiques et sociales Les restrictions sur les routes, l'accès aux ressources et la circulation des biens renforcent la dépendance des populations palestiniennes à des acteurs israéliens ou à des aides internationales contrôlées. Cette dépendance affaiblit la gouvernance autonome, rendant toute résistance politique ou sociale plus difficile à organiser. 3. Neutralisation des structures locales Les expulsions silencieuses, les démolitions et les pressions sécuritaires ciblent les points de résistance locaux, fragmentant les communautés. Les milices de colons et les forces israéliennes agissent de concert pour empêcher toute consolidation politique ou militaire. Le résultat est une dissolution progressive et programmée de la gouvernance palestinienne : les structures politiques et administratives sont fragilisées, la coordination interne est rompue, et l'Autorité palestinienne se retrouve incapable de contrecarrer la recomposition territoriale. Ce processus, combiné à la distraction mondiale provoquée par Gaza, permet à Israël de mettre en œuvre des transformations stratégiques durables avec un minimum d'opposition organisée. VII. Les scénarios géopolitiques actuels (20242026) À partir des dynamiques observées entre 2023 et 2025, plusieurs scénarios géopolitiques se dessinent pour la Cisjordanie et Gaza, reflétant l'évolution du conflit et la stratégie israélienne de recomposition silencieuse : 1. Scénario 1 : La Cisjordanie comme archipel administré La Cisjordanie se transforme en un ensemble de micro-îlots administratifs, sous contrôle partiel de l'Autorité palestinienne, avec des colonies et checkpoints israéliens déterminant les continuités territoriales. Ce scénario renforce la fragmentation politique et sociale, limitant la gouvernance centralisée. 2. Scénario 2 : Partition interne IsraëlJordanieAutorité Une division fonctionnelle du territoire pourrait émerger, où Israël gère directement certaines zones stratégiques, la Jordanie influence la vallée du Jourdain, et l'Autorité palestinienne reste cantonnée à des enclaves urbaines. Cette partition accentuerait la dépendance économique et politique des Palestiniens. 3. Scénario 3 : Ghaza comme protectorat humanitaire et Cisjordanie comme zone consolidée Ghaza serait transformée en protéctorat international humanitaire, absorbant l'attention médiatique et diplomatique, tandis que la Cisjordanie devient un territoire consolidé sous contrôle israélien, avec des faits irréversibles sur le terrain et des colonies légalisées. 4. Scénario 4 : Annexion progressive légalisée par une crise permanente La Cisjordanie pourrait subir une annexion progressive, justifiée par une crise humanitaire ou sécuritaire continue, où la fragmentation et la dépendance des Palestiniens servent de levier pour légaliser l'expansion coloniale et la recomposition territoriale. Ces scénarios ne sont pas exclusifs et peuvent se superposer ou évoluer selon les dynamiques régionales et internationales. L'attention mondiale sur Ghaza sert de catalyseur pour ces transformations, permettant à Israël d'imposer des faits irréversibles en Cisjordanie tout en réduisant la capacité de réaction politique palestinienne. VIII. Le rôle unique de l'Algérie dans la Résolution 2803 Dans le contexte complexe de Ghaza et de la Cisjordanie, l'Algérie a joué un rôle déterminant et discret qui échappe souvent à l'attention médiatique. La Résolution 2803, adoptée entre 2023 et 2025, illustre parfaitement cette influence stratégique, démontrant que la diplomatie algérienne peut peser sur le cours de l'histoire palestinienne. 1. Vision stratégique précoce Alger a identifié dès le début que la focalisation mondiale sur Ghaza constituait un écran opérationnel permettant à Israël de recomposer la Cisjordanie. Cette compréhension a guidé une intervention diplomatique proactive, visant à : protéger la continuité territoriale palestinienne limiter l'ampleur de l'annexion silencieuse garantir une représentation équilibrée des Palestiniens dans les discussions internationales 2. Clauses invisibles mais déterminantes La Résolution 2803 contient des dispositions non médiatisées, mais essentielles : renforcement du mandat humanitaire pour la Cisjordanie limitation implicite des actions unilatérales sur les zones A, B et C reconnaissance indirecte de la nécessité d'une continuité territoriale palestinienne Ces clauses ont été négociées avec finesse par l'Algérie, utilisant son poids historique et moral dans le monde arabe et africain, mais aussi son influence diplomatique discrète auprès des instances internationales, notamment l'ONU et les ONG humanitaires. 3. Protection implicite de la Cisjordanie Grâce à cette intervention, la Résolution 2803 agit comme un bouclier invisible : elle ralentit l'expansion coloniale légalisée. Elle préserve certaines infrastructures palestiniennes stratégiques et elle garantit un minimum de continuité territoriale et administrative. L'action algérienne montre que la diplomatie proactive, informée et stratégique peut contrecarrer des opérations invisibles de recomposition territoriale, même dans un contexte de forte asymétrie des moyens. 4. Signification géopolitique Le rôle de l'Algérie dépasse le cadre bilatéral : elle consolide sa position de médiateur crédible et indépendant dans le monde arabe et africain. Elle démontre que la résilience diplomatique et la vision stratégique peuvent créer des faits irréversibles sans recourir à la force militaire et elle souligne l'importance de la vigilance et de l'anticipation dans la protection des intérêts palestiniens et régionaux La Résolution 2803 illustre un moment diplomatique exceptionnel, où l'Algérie a su identifier, anticiper et neutraliser une stratégie invisible de recomposition territoriale. Sa diplomatie, subtile mais efficace, protège indirectement la Cisjordanie, offrant un modèle unique de stratégie nationale et internationale, que même les experts les plus chevronnés ont du mal à égaler. IX. Implications géopolitiques régionales La transformation de Gaza et de la Cisjordanie entre 2023 et 2025 dépasse largement le cadre territorial palestinien, affectant profondément l'ensemble du Moyen-Orient et redéfinissant l'équilibre régional, les alliances et la perception des institutions internationales. La Jordanie, en première ligne du fait de sa proximité avec la Cisjordanie, subit une pression démographique accrue sur les réfugiés palestiniens et fait face à des risques de contestation politique interne. Les scénarios de morcellement accentuent la nécessité de coordonner avec Israël pour sécuriser la frontière tout en préservant les intérêts nationaux. La Syrie, bien qu'absorbée par son propre conflit, voit ses alliances avec les factions palestiniennes, notamment le Hamas, affectées par l'évolution de Ghaza et de la Cisjordanie. Un affaiblissement durable du Hamas pourrait modifier l'équilibre militaire et politique au Levant, redéfinissant la posture syrienne dans la région. L'Égypte conserve un rôle stratégique clé grâce au passage de Rafah. L'intensification de la crise à Ghaza renforce sa position de médiateur, son influence sur la sécurité humanitaire et sa capacité à influer sur le contrôle israélo-palestinien des frontières, consolidant ainsi sa centralité dans les affaires régionales. Les pays du Golfe, observant le morcellement silencieux de la Cisjordanie, perçoivent ce processus comme une menace à l'équilibre politique et religieux arabe. Les accords économiques et diplomatiques avec Israël doivent désormais intégrer la dimension palestinienne sous peine de contestations internes et de tensions sociales. À l'échelle de l'équilibre arabo-islamique, la focalisation médiatique sur Ghaza et la relative invisibilité de la Cisjordanie risquent de créer un clivage moral et politique. La Résolution 2803, grâce à l'action proactive de l'Algérie, préserve implicitement la Cisjordanie, maintenant une cohésion minimale dans le soutien à la cause palestinienne, protégeant la légitimité des institutions arabes et sauvegardant les symboles de la souveraineté territoriale palestinienne. Pour les institutions internationales, l'attention disproportionnée portée à Ghaza réduit l'efficacité de l'action en Cisjordanie. L'ONU, OCHA, UNRWA et B'Tselem continuent de documenter les violations, mais leur capacité de réaction est limitée. Le Conseil de sécurité montre qu'un État stratégique, comme l'Algérie, peut introduire des clauses invisibles protectrices, démontrant que la diplomatie proactive peut contrecarrer les faits accomplis sur le terrain. La Ligue arabe et l'Union africaine doivent désormais considérer Ghaza et la Cisjordanie comme un ensemble intégré, reconnaissant le rôle crucial d'acteurs moteurs comme l'Algérie pour préserver l'équilibre régional. L'évolution territoriale et politique en Cisjordanie et à Ghaza redessine les frontières de l'influence régionale, modifie les priorités diplomatiques et sécuritaires des pays voisins, et élève l'Algérie au rang d'acteur stratégique incontournable, capable de préserver la continuité palestinienne et l'équilibre arabo-islamique. Elle illustre également la nécessité de stratégies anticipatives, multidimensionnelles et coordonnées pour les institutions internationales. X. Conclusion générale L'analyse détaillée de la guerre de Ghaza et de la recomposition silencieuse de la Cisjordanie entre 2023 et 2025 révèle une stratégie israélienne à double vitesse : la visibilité spectaculaire de Ghaza sert de levier opérationnel pour transformer la Cisjordanie dans l'ombre, redéfinissant le territoire et fragilisant la gouvernance palestinienne. L'hyper-visibilité médiatique et émotionnelle permet de masquer des faits irréversibles sur le terrain, où colonies, routes de contournement, expulsions silencieuses et milices armées créent un territoire archipélisé et fragmenté. La Résolution 2803 illustre l'impact de la diplomatie proactive et stratégique, où l'Algérie, par anticipation et expertise, a su protéger la Cisjordanie, limiter l'extension coloniale et préserver un minimum de continuité territoriale. Ce rôle unique démontre que la vigilance, l'anticipation et l'influence diplomatique peuvent agir comme des leviers puissants face à des transformations invisibles mais structurantes. Les implications régionales et internationales sont profondes : Jordanie, Syrie, Égypte et Golfe doivent naviguer entre pression israélo-américaine, attentes de leurs populations et nécessité de préserver l'équilibre arabo-islamique. Les institutions internationales, contraintes par la focalisation médiatique sur Ghaza, voient leur capacité d'action réduite, soulignant l'importance de stratégies multidimensionnelles et anticipatives. Recommandations stratégiques 1. Maintenir une attention constante sur la Cisjordanie, parallèlement à Ghaza, pour protéger les droits et la continuité territoriale palestinienne. 2. Renforcer le rôle des acteurs diplomatiques stratégiques, en particulier ceux capables de négocier des clauses invisibles protectrices dans les instances internationales. 3. Développer des mécanismes régionaux et internationaux pour prévenir la fragmentation politique et territoriale. 4. Intégrer la dimension géopolitique et médiatique dans toutes les analyses et interventions, afin que la perception publique ne masque pas les transformations silencieuses. Mise en garde Sans Cisjordanie, il n'y a plus de dossier palestinien. La guerre de Ghaza, bien que spectaculaire, ne peut occulter que la recomposition stratégique de la Cisjordanie constitue le cœur du conflit, et que la préservation de sa continuité territoriale et politique est la clé de la légitimité future de la cause palestinienne et de la stabilité régionale. L'article démontre que les dynamiques invisibles et anticipatives, combinées à une diplomatie proactive et à une analyse géopolitique fine, peuvent redessiner l'avenir d'un territoire et de tout un peuple. L'Algérie y apparaît non seulement comme un acteur central mais comme un modèle unique de stratégie nationale et internationale, capable de préserver la continuité historique et morale face aux pressions du temps et de la puissance. *Professeur. Université de Constantine 2 Bibliographie : B'Tselem. (20232025). Statistics on demolitions, land seizures, and population displacement in the West Bank. Retrieved from https://www.btselem.org/statistics Brookings Institution. (2023). 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