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Algérie-Niger : un partenariat stratégique pour un Sahel autonome et intégré

par Salah Lakoues

En février 2026, le retour réciproque des ambassadeurs algérien et nigérien marque un tournant historique. Bien plus qu'une simple normalisation diplomatique, cette étape scelle un partenariat stratégique centré sur l'énergie, le développement socio-économique et l'intégration régionale, capable de transformer les équilibres du Sahel et de répondre aux enjeux d'un monde multipolaire où l'Afrique ne peut rester spectatrice.

Contexte de la réconciliation

Les tensions remontent à avril 2025 lorsque l'Algérie abat un drone malien à Tinzaouatine, provoquant le rappel des ambassadeurs des trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES : Niger, Mali, Burkina Faso) et une réponse réciproque d'Alger.

Pendant près de dix mois, les relations bilatérales restèrent gelées, malgré la proximité géographique et historique des deux pays : 950 km de frontière partagée et des intérêts communs stratégiques. Dès janvier 2026, un changement de paradigme s'est amorcé : le ministre algérien des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, est reçu par le général Abdourahamane Tiani et le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine à Niamey pour relancer les projets énergétiques majeurs. Le 7 février, le président Abdelmadjid Tebboune exprime son «grand respect» pour Tiani et l'invite officiellement en Algérie. Cinq jours plus tard, les ambassadeurs reprennent leurs postes, concrétisant un choix stratégique fondé sur la fraternité, la coopération et la vision régionale.

Un partenariat énergétique au coeur du Sahel

Le bloc pétrolier de Kafra (nord du Niger, réserves estimées à 260 millions de barils) et le gazoduc transsaharien (TSGP) (4 200 km, Nigeria–Niger–Algérie) sont les pierres angulaires de ce rapprochement.

70 % du TSGP est déjà achevé côté nigérian et algérien, mais les 1 000 km nigériens avaient stagné pour des raisons diplomatiques et logistiques.

La relance via Sonatrach, Sonidep et NNPC assure un potentiel de 200-500 millions $/an en royalties, 5 000-10 000 emplois directs, et la production de 90 000 barils/jour.

Des comités de suivi trimestriels garantissent l'exécution rapide et sécurisée des projets.

Schéma pédagogique :

[ Nigeria ] —— 1000 km ——> [ Niger ] —— 3200 km ——> [ Algérie ] ——> Export Europe

TSGP = colonne vertébrale énergétique et intégration régionale

Développement socio-économique concret

Au-delà de l'énergie, la coopération se traduit par des projets concrets au service des populations :

Zone - Projet - Objectif - Agadez

Institut islamique, centre d'hémodialyse

Santé et formation - Tchirozérine - Polyclinique - Accès aux soins - Arlit

Centrale solaire hybride 10 MW - Énergie locale et emplois - Zinder

Lycée Professionnel réhabilité

Formation technique pour le secteur pétrolier

Ces initiatives génèrent emplois directs et indirects, renforcent la souveraineté nigérienne, et favorisent la diversification économique dans des zones clés du Sahel.

Une vision stratégique adaptée au monde multipolaire

Les dirigeants algérien et nigérien ont pleinement conscience du nouveau paradigme géopolitique: les grandes puissances (USA, Russie, Chine) redéfinissent leurs zones d'influence sans intégrer l'Afrique. Pour y répondre, Tiani adopte une stratégie pragmatique et courageuse, fondée sur:

La coopération économique bilatérale, dépassant les tensions passées et les divergences régionales L'éloignement des problématiques qui entravent le dialogue, pour faire sens dans un contexte multipolaire

La volonté de transformer la route transsaharienne et le TSGP en leviers d'intégration régionale, garantissant que les pays sahéliens deviennent maîtres de leur destin

Ainsi, l'Algérie devient un facteur d'unité, et le Niger un acteur central d'un Sahel résilient, capable de coopérer avec toutes les puissances sans dépendance excessive.

Effets sur la région et l'AES

La réconciliation Algérie-Niger a des répercussions importantes :

Elle affaiblit les fractures au sein de l'AES (Mali et Burkina Faso) en montrant que la coopération pragmatique peut l'emporter sur l'isolement.

Elle favorise un modèle de développement autonome, centré sur l'énergie, la formation et la diversification économique.

Elle montre qu'il est illogique que deux pays partageant 950 km de frontière restent isolés l'un de l'autre dans un monde multipolaire où la souveraineté économique est un levier stratégique.

Un levier pour l'unité africaine

Le partenariat Algérie-Niger pose les bases d'une intégration africaine concrète :

TSGP et route transsaharienne = colonne vertébrale économique et énergétique

Revenus sécurisés, emplois créés, infrastructures vitales

Sahel autonome, résilient et capable de négocier dans un monde multipolaire

Message clé :

La coopération stratégique entre l'Algérie et le Niger illustre que l'Afrique peut maîtriser son destin, générer prospérité et stabilité, et transformer ses corridors économiques en véritables leviers d'unité régionale et continentale.