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Algérie-France: Le ministre français de l'Intérieur attendu à Alger

par A.Z.

Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez est attendu en Algérie lundi prochain pour une visite qui devrait durer deux jours, où il aura à discuter avec le ministre de l'Intérieur Saïd Sayoud de plusieurs dossiers, dont la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF) touchant des ressortissants algériens, la lutte contre le terrorisme et le cas du journaliste sportif Christophe Gleizes, jugé et condamné par la justice algérienne.

Cette visite, confirmée par l'entourage du ministre français de l'Intérieur à l'AFP, jeudi dernier, était programmée depuis plusieurs mois, sans se concrétiser, à cause de la dégradation des relations diplomatiques entre les deux pays, avant d'être relancée après la visite, fin janvier, de la présidente de l'Association France-Algérie (AFA), Mme Ségolène Royal. Cette dernière avait, dès son retour à Paris, pressé le ministre français de l'Intérieur de se rendre à Alger, où il est attendu, a-t-elle souligné.

Selon l'AFP, M. Laurent Nuñez et son homologue algérien se sont même longuement entretenus par téléphone dans l'après-midi du jeudi 12 février pour préparer cette visite, attendue comme un premier signe de dégel des deux côtés de la Méditerranée.

Il y a quelques jours, M. Laurent Nuñez assurait avoir reçu une invitation de son homologue algérien et qu'il y «répondrait». «On travaille aux conditions de cette visite», avait-il expliqué sur BFMTV, se félicitant «de ce que les échanges sécuritaires aient repris entre les deux pays». Il se rendra en Algérie pour «parler de questions de sécurité, notamment la question des réadmissions, la question de la lutte contre le terrorisme, contre le narcotrafic…», détaillait-il alors. Début février, le ministre français avait affirmé attendre une amorce de réponse d'Alger aux demandes de Paris sur le retour dans leur pays des ressortissants algériens en situation irrégulière en France et sur le cas de Christophe Gleizes, ce journaliste sportif arrêté en mai 2024 et condamné à 7 ans de prison pour apologie du terrorisme.

La relation entre les deux pays s'était fortement dégradée depuis l'été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, reconnu comme un territoire à décoloniser par l'ONU.

«Un moment de désescalade de la crise»

M. Laurent Nuñez et son homologue M. Saïd Sayoud devraient également évoquer d'autres dossiers objets de tensions entre les deux pays, à commencer par l'admission des ressortissants algériens sous OQTF, le renseignement en matière de lutte contre le terrorisme ou encore les demandes d'extradition formulées à la France par l'Algérie. «Je trouve qu'il y a des signaux positifs qui se déclenchent des deux côtés», estimait récemment Sabrina Sebaihi, députée écologiste, à l'AFP. « D'un côté, on a le transfert de Christophe Gleizes à côté d'Alger'', le président algérien qui dit ‘'je reprends tous mes ressortissants''. De notre côté, le ministre de l'Intérieur dit : ‘‘moi je vais y aller''. «Peut-être qu'on est dans un moment de désescalade de la crise», a encore expliqué la députée des Hauts-de-Seine dans la proche banlieue parisienne, qui a rencontré à Alger le président de l'Assemblée nationale.

Le dernier déplacement d'un ministre de l'Intérieur en Algérie remontait à fin 2022, à la visite de Gérald Darmanin. Son successeur Bruno Retailleau avait cristallisé les crispations, créant régulièrement des situations conflictuelles, notamment autour de la libération de Boualem Sansal. L'ancienne candidate à la présidentielle française, Mme Ségolène Royal, s'était rendue en Algérie, fin janvier, où elle avait été reçue par le président Tebboune et avait obtenu l'autorisation de rendre visite à Christophe Gleizes. Ségolène Royal s'était posée en médiatrice lors de cette visite, initiée à titre personnel en tant que présidente de l'Association France-Algérie. Elle était venue plaider pour une «reconstruction de l'amitié entre la France et l'Algérie». Ce qui ne l'a pas empêché de dire haut et fort que la France, en tant qu'ancien pays colonisateur, doit s'excuser des crimes commis durant cette sombre période et que le «premier geste» d'apaisement qu'Emmanuel Macron «doit faire», selon elle, est la restitution des biens culturels spoliés pendant la colonisation française (1830-1962). Mme Ségolène Royal a également relevé qu'elle a été «très honorée» de s'être entretenue avec le président, et a assuré qu'il était prêt au dialogue «dès lors que le respect et la considération sont au rendez-vous».