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En s'effaçant, l'Histoire confirme que le monde n'a plus besoin de tuteur américain: Comment le Pétrodollar a bâti le Monde moderne
par Medjdoub Hamed* Comment
la situation économique mondiale va évoluer à court et moyen termes avec la
nouvelle politique menée par le président Donald Trump
; des taxes douanières tout azimut contre les pays auxquels reproche
d'enregistrer des excédents commerciaux massifs. Donc l'objectif de la
politique de taxes douanières en 2025-2026 repose sur une volonté affichée de
réduire le déficit commercial structurel des États-Unis et de favoriser la
production nationale.
Pour le président américain, les excédents commerciaux massifs de pays comme la Chine ou l'Union européenne prouvent que les accords actuels sont déséquilibrés et « pillent » l'économie américaine. Cependant, comment expliquer que les États-Unis achètent systématiquement plus de biens qu'ils n'en vendent à leurs principaux partenaires ? D'où vient l'argent pour financer les déficits commerciaux américains structurels ? Ils ne datent pas aujourd'hui ; ils datent pratiquement depuis les années 1960. Pour ne prendre que le déficit commercial des États-Unis (biens et services), pour l'année 2024, il s'est élevé à 918,4 milliards de dollars, selon les données officielles du Bureau of EconomicAnalysis (BEA). Ce montant marquait une hausse de 17 % (soit +133,5 milliards $) par rapport au déficit de 2023. De même, en comparaison avec l'année 2024, le cumul sur les 12 mois glissants s'achevant en novembre 2025 a atteint 936,45 milliards de dollars, signalant une aggravation continue malgré les politiques tarifaires, pour l'année 2025. D'autre part, si on prend les chiffres officiels de novembre 2025 sur les déséquilibres avec ses partenaires commerciaux que dénonce l'administration Trump, on constate qu'effectivement la situation s'est inversée. En effet, le solde commercial avec la chine pour le mois de novembre 2025 est de -14,7 milliards de dollars ; bien que la Chine est en déficit avec les USA, elle enregistre un excédent record de 1200 milliards de dollars sur l'année. Le Mexique, c'est son principal déficit bilatéral, le plus élevé pour ce mois ; il est de -17,8 milliards de dollars. Pour l'Union européenne, il est de -14,5 milliards de dollars avec les États-Unis ; son déficit est en forte hausse par rapport au mois précédent. Pour l'Allemagne, il est de -7,4 Mds $ ; pour le Canada, il est de 3,5 Mds $. (Chiffres extraits des rapports officiels publiés en janvier 2026 -Déficits Commerciaux des USA, Novembre 2025 - Milliards USD) Comment comprendre l'évolution du déficit de la balance commerciale des États-Unis qui ne cesse d'augmenter, à voir les chiffres de 2024 et 2025, alors que ses trois principaux partenaires commerciaux Mexique-Chine- Union enregistrent des déficits suite aux taxes douanières ? Et c'est là l'incompréhension. Ce qui signifie que la politique de réduction des déficits commerciaux américains par la taxation douanière des pays étrangers qui sont excédentaires ne marchent pas. Donc où est le véritable problème dans les déficits commerciaux américains qui sont structurels ? Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui, sur le plan économique, il faut remonter aux années post-Deuxième Guerre mondiale. Et la situation, à l'époque, était avant tout monétaire ; et c'est ce qui explique pourquoi les États-Unis ont anticipé l'après-guerre ; ils ont organisé une réunion internationale à BrettonWoods (USA), en juillet 1944. Les délégués des 44 nations alliées ont paraphé l'Acte Final de la conférence monétaire et financière des Nations Unies le 22 juillet 1944, au Mount Washington Hotel de BrettonWoods. C'est ainsi que ces 44 pays, en acceptant que seul le dollar soit convertible en or (au taux de 35$ l'once), leurs signatures ont acté la supériorité absolue du dollar. Ce qui est normal au vu des destructions de la guerre et surtout que le plus grand stock d'or mondial se trouvait aux États-Unis. Sans compter que l'Europe et le Japon, dévastés par la guerre, ruinés, se trouvaient pratiquement tous endettés envers les États-Unis ; d'ailleurs, le plan américain Marshall a été lancé, en 1947, pour aider à la reconstruction de l'Europe. On comprend pourquoi, à l'époque, la suprématie financière américaine, combinée à l'endettement européen, a permis aux USA d'imposer le dollar comme monnaie de référence. Mais la situation économique va évoluer en Europe et en Asie ; en 1958, les pays d'Europe procèdent à la convertibilité de leurs monnaies en or. L'année 1958 marque effectivement la fin de l'« ère de la pénurie de dollars » et le début d'un défi majeur pour l'hégémonie américaine, ce qui illustre parfaitement la racine historique des tensions que le monde observe depuis 2026. La convertibilité des monnaies européennes marque le retour de la concurrence ; les banques centrales européennes ont commencé à accumuler des dollars en excédent grâce à leur reconstruction réussie. Et, en vertu des accords de BrettonWoods, ces pays (particulièrement la France sous de Gaulle) ont commencé à demander aux USA de convertir leurs dollars excédentaires en or physique. Compte tenu des dépenses américaines : forte consommation intérieure, dépenses dans la course aux armements et à la recherche spatiale avec l'Union soviétique, les guerres dans le contexte de la guerre froide, ont entrainé des dépenses qui dépassaient les capacités financières US, ce qui a amené la Banque centrale américaine (Réserve fédérale ou Fed) à imprimer plus de dollars que les États-Unis n'avaient d'or pour garantir la parité dollar-or. La compétition avec l'Union soviétique a maintenu une pression constante, forçant les États-Unis à justifier une augmentation des dépenses de défense pour sécuriser leur influence. Ce processus peut être compris comme une situation historique forcée pour les États-Unis, du fait de l'antagonisme qui sévissait entre les deux grandes puissances mondiales, à l'époque, durant la guerre froide. C'est ainsi que l'hémorragie de l'or américain, entre 1958 et 1971, a amené le président américain Richard Nixon, le 15 août 1971, à suspendre unilatéralement la convertibilité du dollar en or. Les États-Unis ne pouvaient plus honorer les demandes de conversion (notamment de l'Europe et de l'Asie). Les réserves d'or américaines sont passées de 20 000 tonnes en 1950 à environ 8100 tonnes en 1971. Le problème qui s'est posé pour les pays d'Europe c'est qu'ils recevaient des dollars que la Fed américaine imprimait mais les États-Unis n'avaient pas d'or pour garantir leur valeur. Donc, ils se sont trouvés à refuser les dollars US non convertibles en or. Après une tentative éphémère de maintenir des taux fixes réajustés (accords du Smithsonian), le système s'est effondré totalement en 1973, marquant le passage définitif au système de change flottant où la valeur des monnaies est déterminée par le marché. Mais, en octobre 1973, la situation va être bouleversée totalement par la guerre du Kippour. L'Arabie saoudite, par un accord secret avec les Etats-Unis, a quadruplé le prix du pétrole arabe, au motif de sanctionner les Etats-Unis pour leur soutien à Israël. En réalité, comme la monarchie saoudienne est sous la protection américaine, elle ne peut quadrupler le prix du pétrole sans l'accord des États-Unis. Précisément, le quadruplement du prix du pétrole arabe est « facturé uniquement en dollars US » depuis l'accord du pacte de Quincy, en 1945, entre l'Arabie saoudite et les États-Unis. Donc, en 1973, au début même de la guerre du Kippour, le « pétrodollar » fait son entrée dans le système économique mondial. Si, depuis le 15 août 1971, le dollar ne reposait plus sur rien de tangible, les États-Unis, en convainquant les pays arabes et OPEP de libeller le pétrole exclusivement en dollars US, forceront les pays importateurs de pétrole du monde, à accumuler les billets verts. Cette demande artificielle mais nécessaire transforme le pétrole en un « nouvel étalon monétaire » ; le dollar est passé d'une monnaie « garantie par l'or » (change fixe), à une monnaie garantie par le besoin vital d'énergie. Ce remplacement de l'Or par le Pétrole a permis de financer l'endettement américain de manière quasi illimitée. Cependant avec un deal avec l'Arabie saoudite. En échange d'une protection militaire, l'Arabie saoudite a accepté de réinvestir ses surplus de pétrodollars dans les Bons du Trésor américain. Et ce deal s'applique aux autres pétromonarchies arabes. Ce flux de capitaux, en fait un financement gratuit, a permis aux USA de maintenir de financer leur consommation et leur armée tout en creusant ce déficit que Trump dénonce aujourd'hui. Cependant, le pétrodollar a un double tranchant ; il est à la fois le moteur de la domination américaine et le ciment qui a empêché l'effondrement du commerce mondial après 1971. Et, dans cette « marche de l'histoire » que ne commande pas l'homme, ceci dit en passant, le pétrodollar a agi comme une force de stabilisation universelle tout en créant les déséquilibres que nous vivons en 2026. Les points positifs de ces forces de stabilisation universelle : - Le Pétrole comme « Ancre de Salut » de l'Économie Mondiale. Sans la transition vers le pétrodollar en 1973-1974, le monde aurait plongé dans un chaos monétaire total. - Il a évité le troc mondial. En imposant le dollar comme monnaie unique pour l'énergie, les États-Unis ont fourni un langage commun aux échanges. Cela a permis au Japon et à l'Europe de se reconstruire en vendant des produits manufacturés contre les dollars nécessaires à leur survie énergétique. - Il a été à l'origine de la Globalisation. La « demande artificielle » de billets verts a créé une liquidité mondiale sans précédent. Sans ce flux massif de dollars ex nihilo, l'expansion fulgurante du commerce international des 50 dernières années n'aurait jamais pu être financée. - L'Endettement Illimité a été le Prix de ce Salut ; c'est ce système d'endettement gratuit qui transformé les États-Unis en un « moteur à crédit ». - Le privilège « exorbitant » ou privilège du « consommateur ». Puisque le monde « doit » accumuler des dollars, les Américains ont pu importer le travail des ouvriers chinois, mexicains et européens en échange de papier. C'est ce qui a permis aux USA de rester le premier marché de consommation mondial, tirant la croissance globale. - Dès les années 60 et 70, Les Dragons et Tigres (Corée, Taïwan, Singapour) ont construit leur richesse sur l'accès illimité au marché américain. Les USA leur ont « donné » du papier (dollars) en échange de leur industrialisation réelle. - Depuis 2001, la Chine a accumulé plus de 3 000 milliards de dollars de réserves. Ces « papiers verts » américains ont permis à Pékin de construire des infrastructures, des trains à grande vitesse et de sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté. Enfin, le point négatif, essentiellement : - Le verrou des Bons du Trésor est arrivé à une limite. Le recyclage obligatoire des excédents arabes en dette américaine a permis de stimuler l'investissement mondial, mais au prix d'une bulle de dette qui atteint aujourd'hui des sommets. Plus de 120% du PIB américain. Au final, que peut-on dire du système « pétrodollar » ? De « sauveur » depuis 1973, il est perçu par beaucoup comme un frein dans le système économique mondial. Est-ce la fin du sauvetage de l'économie mondiale qui se préfigure depuis la politique menée par le président Donald Trump, en 2025 ? Et les taxes douanières qu'il impose à ses alliés (Europe, Mexique, Canada) et non-alliés (Chine) à qui il reproche d'avoir utilisé le dollar pour bâtir leur propre puissance au détriment de l'industrie américaine. La conséquence de ce qui va ressortir est étonnante. En effet, en taxant les importations, il réduit mécaniquement le flux de dollars vers l'étranger. Si le monde reçoit moins de dollars, il ne peut plus acheter autant de dette américaine. C'est la fin du mouvement perpétuel du « déficit sans pleurs » (concept forgé par l'économiste français Jacques Rueff, en 1963). « Le centre de gravité de l'économie mondiale bascule vers l'Asie ». La Chine et l'Inde, principaux moteurs de la croissance en 2026, ne veulent plus payer le « tribut » monétaire aux USA. En commençant à acheter leur pétrole en devises locales, elles retirent au dollar sa fonction de pivot énergétique. Même processus en Russie qui est en guerre en Ukraine. Peut-on dire qu'en 2026 et les années à venir, le processus de dé-dollarisation va se poursuivre ? Est-ce la fin d'un cycle ? Le système vacille aujourd'hui pour au moins trois raisons majeures : - Les pays du BRICS+ qui cherche à se libérer de l'emprise du dollar en utilisant leurs propres monnaies. - L'Arabie saoudite accepte désormais d'étudier des paiements en Yuan ou en d'autres devises, brisant le pacte de 1973-1974. - Et enfin, la transition énergétique. Le déclin progressif du pétrole au profit de l'électricité et de l'hydrogène affaiblit le lien entre le billet vert et l'énergie mondiale. Que peut-on dire de la marche de l'histoire avec ce déséquilibre monétaire qui a servi de moteur universel à l'humanité ? Et aujourd'hui, en 2026, cette réalité est plus frappante que jamais. Le « privilège exorbitant » ou « privilège du consommateur » américain a été, en réalité, le plus grand programme de transfert de richesse et de développement industriel de l'histoire de l'humanité. On peut considérer le Dollar comme le « Capital d'Amorçage » mondial. En effet, sans la volonté des États-Unis de s'endetter massivement (déficit) pour acheter des produits étrangers, les « Miracles économiques » asiatiques n'auraient probablement jamais eu lieu. Cependant, on ne peut s'empêcher de dire que la marche de l'histoire a ainsi été tracée ; on ne peut croire que l'homme commande son destin ; les États-Unis en fait n'ont été qu'un « instrument de l'histoire » utilisé pour poursuivre le développement de cette humanité. Aujourd'hui, le paradoxe qui survient depuis 2025 est que « le moteur veut s'arrêter » ; et c'est la politique de Donald Trump qui veut y mettre fin à ce mécanisme au nom du « protectionnisme », sans réaliser que c'est ce mécanisme qui a fait des États-Unis la puissance centrale. L'incompréhension de Trump, c'est qu'en imposant des taxes pour réduire le déficit, il cherche à empêcher l'importation du travail étranger ; mais ce faisant, il réduit le flux de dollars vers le reste du monde. La question qui se pose : si les USA cessent d'être le « consommateur en dernier ressort », qui achètera la production de l'Asie ou de l'Europe ? En 2026, la croissance mondiale ralentit (prévue à 3,1 % par le FMI) précisément parce que le moteur du déficit américain commence à faiblir. Cependant, rien n'est plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue, mais rien n'est plus nécessaire qu'un système qui a rempli sa mission. Pendant huit décennies, le pétrodollar n'a pas seulement été une monnaie ; il a été le tuteur indispensable d'une planète en reconstruction, le carburant financier qui a permis à l'Europe de renaître et à l'Asie de s'éveiller. Mais en ce début d'année 2026, les rouages grincent : le « privilège exorbitant » de l'Amérique, autrefois moteur du développement mondial, semble avoir atteint son terme naturel. Aucun « processus humain » n'est pérenne dans la marche de l'histoire. Cette marche est, dans un certain sens, « métaphysique » ; elle doit se renouveler pour que son sens demeure et traverse le temps. Le système du pétrodollar a rempli sa fonction historique : il a permis de reconstruire l'Europe après 1945, de développer l'Asie et de favoriser l'émergence fulgurante de la Chine. En échange de « papier vert », les USA ont offert au monde la possibilité de s'industrialiser. Le déficit américain n'était pas une faille, il relevait des nécessités de l'histoire ; il était un outil de développement planétaire. Aujourd'hui, l'accumulation de dollars par les pays émergents ne se fait plus avec la même confiance. Les banques centrales mondiales, notamment celles des BRICS, préfèrent désormais l'or physique au « papier vert », craignant que ce privilège ne se transforme en arme de sanctions. Le processus de dé-dollarisation n'est pas une simple rébellion, mais l'« acte de naissance d'un système multipolaire ». En 2026, alors que Washington taxe ses anciens partenaires, le monde semble dire : « Merci pour l'amorçage, mais nous allons désormais bâtir notre propre système sur des bases réelles (or, énergie, technologie) et non plus sur votre dette ». Le « Grand Reset » monétaire - accumulation d'or et monnaies numériques souveraines - est le signe que le monde n'a plus besoin du « crédit américain » pour croître. Tout processus qui se termine passe généralement par une transition difficile. C'est pourquoi le « déficit sans pleurs devient un déficit avec larmes ». Nous assistons à la clôture d'un cycle où l'Amérique a « consommé » le monde pour mieux le transformer. Cette marche, commandée par l'histoire, nous mène vers une éthique de la souveraineté réelle. L'heure n'est plus à l'endettement auprès d'un seul émetteur, mais à la construction d'un nouvel ordre fondé sur des actifs tangibles, où la puissance se mesure à la capacité de production et non plus à la seule capacité d'émission monétaire. Dans ce basculement du monde, l'Europe et l'Afrique font face à deux destins liés par la fin du tuteur monétaire. Pour l'Europe, le défi est celui de la souveraineté technologique et énergétique. Longtemps protégée par l'ombre du dollar, elle doit désormais transformer son euro en une monnaie ancrée sur sa propre puissance industrielle et ses investissements stratégiques. L'heure n'est plus à la consommation de crédit, mais à la production de valeur. Pour l'Afrique, ce changement de paradigme est une opportunité historique. Dans un monde qui revient aux bases réelles (or, minerais, énergie), le continent africain n'est plus la périphérie du système, mais son réservoir de croissance. La fin de l'hégémonie du dollar permet de renégocier les échanges sur la base de la valeur intrinsèque des ressources plutôt que sur des taux de change dictés ailleurs. Si l'Amérique a été le tuteur financier du XXe siècle, le XXIe siècle appartient aux continents capables de transformer leurs richesses naturelles et leur capital humain en puissance réelle. Le monde de 2026 et les années à venir n'est plus celui de la dette, mais celui de la matière et de l'esprit. S'il fut, depuis 1945, et après l'avènement du pétrodollar en 1973, l'architecte du développement mondial et de l'industrialisation des émergents, il s'efface aujourd'hui devant un nouvel ordre fondé sur le réel : l'or, l'énergie et la technologie. En 2026, l'heure n'est plus à la dette, mais à l'émancipation des continents. De la montée en puissance des BRICS au réveil stratégique de l'Afrique et de l'Europe, la fin de l'hégémonie du dollar n'est pas une crise, mais l'aboutissement logique d'un cycle de l'Histoire. *Chercheur |
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