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L'eau, source de toute vie: Restaurer les cycles hydrologiques pour sécuriser le développement du Sud
par El Habib Ben Amara* La
réussite durable des politiques de développement du Sud, dont il convient de
saluer l'ampleur et l'ambition des projets structurants engagés par le
Président de la république, repose aussi sur un facteur discret mais
déterminant : la capacité des territoires à capter, stocker et recycler l'eau.
L'Algérie a engagé, ces dernières années, des chantiers structurants d'une ampleur remarquable : exploitations minières, relance agricole, programmes de logements, développement des Hauts Plateaux et du Sud, renforcement de la sécurité alimentaire et territoriale. Ces orientations traduisent une vision stratégique claire et une volonté politique affirmée de bâtir un pays productif, stable et souverain, capable de répondre aux défis du présent et de l'avenir. Pour que ces investissements majeurs produisent pleinement leurs effets dans la durée, une condition transversale s'impose, indépendamment des secteurs concernés : leur articulation fine avec la réalité hydrologique du territoire national. Dans un pays majoritairement aride et semi-aride, cette réalité est indissociable d'un élément central : le cycle de l'eau. En tenir compte ne relève ni d'une approche idéologique ni d'un luxe environnemental. Il s'agit d'une exigence de rationalité, de sécurité économique et de bonne gouvernance, pleinement compatible avec les orientations actuelles de l'État. Le Sud algérien : un territoire façonné par l'eau et ses dynamiques Le Sud algérien - des Hauts Plateaux à la steppe, jusqu'aux marges sahariennes - est souvent appréhendé à travers la rareté de l'eau. Cette lecture mérite d'être complétée par une analyse plus fine des dynamiques hydrologiques qui structurent ces territoires. Les précipitations, bien que peu fréquentes, peuvent être intenses et constituent un apport réel. L'enjeu majeur réside moins dans leur quantité que dans la capacité des sols et des territoires à les capter, les ralentir et les transformer en réserves utiles. Lorsque les sols sont protégés, structurés et vivants, l'eau s'infiltre, alimente les nappes superficielles et soutient les cycles biologiques. À l'inverse, des sols appauvris ou compactés favorisent le ruissellement rapide, l'érosion et la perte de cette ressource précieuse. Ce décalage explique le paradoxe bien connu de pluies soudaines suivies de périodes de stress hydrique. Les cycles de l'eau : un levier naturel au service du développement Le cycle de l'eau est souvent réduit à sa dimension atmosphérique. Or, un acteur essentiel intervient à l'échelle locale : le sol vivant et la couverture végétale. Une part importante des précipitations s'infiltre dans les horizons superficiels du sol, constituant une réserve stratégique souvent qualifiée d'« eau verte ». Cette eau soutient les racines, les micro-organismes et l'activité biologique, avant d'être partiellement restituée à l'atmosphère par l'évapotranspiration, contribuant ainsi à la régulation climatique locale. Dans les steppes, les zones agricoles et les oasis du Sud, la préservation et la restauration de cette fonction hydrologique représentent un levier puissant pour renforcer la résilience des territoires, en parfaite cohérence avec les politiques de valorisation des espaces arides engagées par l'État. Sécheresses et inondations : une approche territoriale intégrée Les épisodes d'inondations observés dans certaines zones urbaines du Nord, comme les déficits hydriques chroniques des Hauts Plateaux et du Sud, relèvent d'un même défi structurel : la capacité des territoires à gérer efficacement l'eau lorsqu'elle est disponible. Renforcer l'infiltration, ralentir les écoulements et favoriser la recharge naturelle des sols permet de réduire les risques, de protéger les infrastructures et d'optimiser les investissements publics. Cette approche territoriale intégrée complète utilement les politiques hydrauliques existantes. Agriculture : consolider la souveraineté par la qualité des sols La souveraineté alimentaire constitue une priorité nationale affirmée. Les projets agricoles du Sud mobilisent des moyens importants et ouvrent des perspectives considérables. Leur durabilité repose cependant sur un facteur clé : la capacité des sols à stocker l'eau et à la restituer progressivement aux cultures. Un sol vivant agit comme une réserve naturelle, limitant l'évaporation, réduisant la pression sur l'irrigation et sécurisant les rendements. Intégrer la santé des sols comme indicateur central de performance agricole, c'est renforcer la rentabilité des investissements et transformer chaque pluie en atout productif. Steppe et élevage : un pilier de l'équilibre territorial La steppe algérienne joue un rôle majeur dans l'équilibre économique et social du pays. La restauration progressive de ses fonctions hydrologiques - par des aménagements légers, adaptés et maîtrisés - permet d'améliorer la production de biomasse, de soutenir l'élevage et de renforcer la stabilité des territoires. Ces actions, complémentaires aux programmes publics existants, constituent un levier direct de développement local et de cohésion sociale. Villes et habitat : intégrer l'eau dans la conception urbaine Les programmes de logements et d'urbanisation, notamment dans le Sud et les Hauts Plateaux, sont essentiels au développement national. Leur performance à long terme peut être renforcée par une meilleure intégration de l'eau de pluie dans la conception urbaine. Favoriser l'infiltration, le stockage et la réutilisation des eaux pluviales contribue à réduire les risques d'inondation, à améliorer le confort thermique et à diminuer les coûts de gestion, tout en valorisant les investissements réalisés. Sahara et oasis : s'appuyer sur des savoirs éprouvés Le développement du Sahara s'inscrit au cœur de la vision stratégique nationale. Les sociétés oasiennes ont historiquement démontré qu'en ralentissant les flux - eau, sable, vent - il est possible de bâtir des systèmes durables et productifs. Adapter ces principes aux projets contemporains permet de renforcer la résilience des infrastructures, de prolonger leur durée de vie et d'inscrire le développement saharien dans le long terme. Conclusion : le cycle de l'eau, un socle discret de la souveraineté Dans un pays aride, la souveraineté repose autant sur la vision politique et l'investissement que sur la maîtrise fine des équilibres naturels. Placer la restauration des cycles de l'eau comme principe transversal des politiques publiques ne signifie pas changer de cap, mais consolider les orientations engagées, sécuriser les investissements et renforcer la résilience nationale face aux défis climatiques. L'eau obéit à des lois physiques immuables. Travailler avec elles, c'est offrir à l'État les meilleures conditions de réussite durable de ses projets. *Chercheur en eau et territoire arides |
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