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Ghaza: Nouvelle tentative de bloquer l'aide humanitaire

par Mohamed Mehdi

Vendredi, 85e jour du cessez-le-feu, Israël continue de transgresser unilatéralement l'accord de Charm Al-Cheikh, en commettant, depuis le 11 octobre 2025, plus de 960 violations du cessez-le-feu, et de ne pas respecter le volet des aides humanitaires préconisé par le « plan de paix », dans ce qui semble être une démarche menée en total accord avec l'administration Trump.

Rien n'a changé dans l'attitude génocidaire d'Israël qui poursuit toujours ses attaques contre les civils de Ghaza, encouragée par le silence honteux des Etats-Unis et de l'Union européenne qui continuent de protéger l'entité sioniste et à lui fournir les armes pour massacrer davantage de femmes et d'enfants.

Dans son dernier rapport statistique, publié jeudi, le ministère de la Santé fait état de 2 nouvelles victimes, dont un martyr et un blessé, dans des attaques survenues lors des précédentes 24h (mercredi), ainsi que de la récupération d'un corps de martyr sous les décombres.

Le nombre de victimes depuis l'accord de cessez-le-feu du 11 octobre 2025 passe ainsi à 416 martyrs et 1153 blessés, et 683 corps de martyrs exhumés des décombres des bâtiments bombardés depuis le début du génocide. Quant au bilan cumulatif des victimes du génocide israélien à Ghaza depuis le 7 octobre 2023, il passe à 71.271 martyrs et 171.233 blessés.

Hier, des tirs de l'armée israélienne à Khan Younes ont fait un martyr et plusieurs blessés, a indiqué Al Jazeera. Une source médicale de l'hôpital Nasser, dans le sud de la bande de Ghaza, a annoncé à Al Jazeera le martyr d'un Palestinien et la blessure de quatre autres, dont un enfant et une femme, par les forces d'occupation israéliennes en dehors de leurs zones de déploiement, au sud et à l'ouest de Khan Younes. La même source médicale a précisé que les blessures de la femme étaient critiques.

Un correspondant d'Al Jazeera a rapporté de son côté que l'artillerie israélienne, positionnée le long de l'axe Mourad, qui sépare Rafah du reste de la bande de Ghaza, a tiré des obus sur les zones sud et est de Khan Younes. Il a également expliqué que, jeudi, des tirs provenant de casernes militaires installées dans les derniers immeubles résidentiels au nord de la ville de Rafah ont blessé quatre personnes vivant dans des tentes de personnes déplacées.

La lente agonie des malades du cancer à Ghaza

La situation humanitaire s'aggrave encore à Ghaza en raison du blocus imposé par l'entité sioniste qui permet l'acheminement de quantités insuffisantes de produits alimentaires aux apports calorifiques faibles, et empêche surtout l'entrée des abris et autres matériaux de construction pour héberger des milliers de familles sans toit en cette période de froid extrême, et restreint également la fourniture de médicaments, de consommables et de carburant pour les hôpitaux.

Un correspondant d'Al Jazeera a rapporté, hier, que les fortes pluies provoquées par la récente tempête ont entraîné d'importantes inondations dans les tentes de personnes déplacées du quartier d'al-Mawasi, de Khan Younes, qui en accueille un très grand nombre. Il a expliqué que l'accumulation d'importantes quantités d'eau de pluie a provoqué la formation de mares et de marécages.

Par ailleurs, dans une déclaration publiée mercredi, le Dr. Mohammed Abu Nada, Directeur médical, Centre de cancérologie de Ghaza, a alerté sur la « lente agonie » des patients atteints de cancer dans la bande de Ghaza, en raison de la « grave pénurie de médicaments anticancéreux », au refus de l'accès aux services de diagnostic et la fermeture persistante des points de passage les empêchant de se faire soigner à l'étranger qui constituent un cercle vicieux qui menace leur vie à chaque instant.

« Le seul moyen de sauver ces malades c'est qu'ils quittent la bande de Ghaza pour se faire soigner. Cela exige une action urgente de toutes les parties concernées afin d'assurer leur départ sûr et sans aucun délai », a-t-il ajouté.

MSF : Les nouveaux critères d'enregistrement des ONG, une «tentative cynique»

Claire San Filippo, coordinatrice d'urgence de Médecins Sans Frontières (MSF) pour la Palestine, a déclaré que la décision d'Israël d'interdire à des dizaines d'organisations humanitaires internationales d'opérer à Ghaza, en vertu de nouvelles exigences d'enregistrement, est une « tentative cynique et calculée » de bloquer l'aide humanitaire à un moment où les besoins sont immenses.

L'organisation humanitaire médicale ajoute que l'entité sioniste a ignoré ses demandes de rencontre concernant la question de l'enregistrement.

Fin décembre 2025, Israël a annoncé que 37 ONG humanitaires seraient interdites ou suspendues d'activité à Ghaza si elles ne respectaient pas les nouveaux critères d'enregistrement qui exigent que chaque organisation fournisse une liste détaillée de ses employés, y compris le personnel palestinien, ainsi que des informations d'identification personnelles pour les vérifications de sécurité.

Mme San Filippo a indiqué que MSF, qui a perdu 15 membres de son personnel lors d'attaques israéliennes dans l'enclave durant les deux années de la guerre génocidaire à Ghaza, a des « inquiétudes légitimes quant au manque de clarté sur la manière dont ces données sensibles seront utilisées, stockées et partagées ». Elle a précisé que les autorités israéliennes ont ignoré les demandes répétées de MSF de rencontrer les autorités à ce sujet.

« Subordonner l'accès à un territoire à la soumission de listes de personnel est scandaleux, c'est un abus de pouvoir flagrant. L'octroi d'une aide humanitaire n'est ni un luxe ni une faveur. C'est une obligation en vertu du droit international humanitaire », a conclu Mme San Filippo.

Le correspondant d'Al Jazeera English (AJE) à Deir al-Balah, Tareq Abu Azzoum, a rapporté, vendredi, que l'organisation International Medical Corps (IMC), qui a servi d'hôpital de campagne, pourrait cesser ses activités à Ghaza.