Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

BERBÉRIE ÉTERNELLE !

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Livres

Berbères Le songe d'Aylimas  - Roman de Mourad Chetti, Casbah Editions, Alger 2025, 349 pages, 1 500 dinars



Massinissa, Safanis Baal, Hanni Baal, Scipion, Aylimas, Titrit, Vermina, Tin Hinan, Gaia, Hanna le Grand, Hiempsal, Manastabal, Massiva, Syphax, Taghalit, Yugurthen...

Les Numides, le Gétules, les Ligures, les Carthaginois, les Romains, les Massaeylès, les Massylès...

Khirtan, Zama, Karthage, Rome, Le Grand Sud... Une foultitude de noms et de lieux. De quoi s'y perdre... avec délices tant on découvre la richesse de l'Histoire passée du pays. Bien sûr, le récit romanesque présenté ne remplace pas l'histoire. Comme le film historique, plus documentaire et le film-fiction. Mais il l'habite. Il redonne une voix intérieure à ceux que les sources réduisent à une fonction (Aguellid Suffète, roi, cavalier, allié, rebelle), et explore les zones grises : loyauté partagée, identités multiples, compromis invisibles, restituer le temps vécu, lent, hésitant, non téléologique, contrairement aux récits historiques écrits a posteriori.

Au départ, on a l'Aguellid Massinissa qui affecté par le suicide de Safanis Baal entre à Khirtan en vainqueur et organise le royaume, entendant réaliser le rêve d'Aylimas, celui d'unifier tous les Numides d'Afrique : Politique agricole, pacte avec les chefs Massaeylès à l'ouest du pays, association des Gétules à l'édification des territoires du Sud où il ira même rendre visite à la reine Tin Hinan qui l'accueillera les bras ouverts et une grande complicité s'installe finalisée par un pacte d'alliance. Le pays se modernise et entre dans une phase de prospérité et d'accalmie.

Massinissa, roi de Numidie est décédé à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans, en l'an -148. Ce fut un souverain puissant dont la renommée s'étendait dans tous les pays de la Méditerranée, depuis l'Espagne qui se souvenait de ses exploits de jeunesse jusqu'à l'extrême Orient où il se ménagea des amitiés avec Nicomède le roi de Bithynie. Il fut aussi un père et un grand-père attendrissant, béni par une nombreuse descendance, dont le plus jeune, à sa mort était âgé d'à peine quatre ans. Il fut toujours respectueux de sa parole comme de ses alliances.

Massinissa, fondateur de l'Algérie ? Pourquoi pas.

L'Auteur : Originaire de Collo (Chullu), Mourad (Denis) Chetti, a été d'abord professeur de Civilisations en début de carrière (Université de Constantine). Se spécialise par la suite en communication et en commerce international. Enseignant en management des entreprises, journaliste, chroniqueur... Déjà auteur de plusieurs ouvrages, tous consacrés à l'épopée «Berbère» : Berbères, le pays des Massylès (2017), Berbères : l'invasion des Massaesylès (2019), Berbères : le codex d'Aylimas (2020), Berbères : le songe d'Aylimas (2020), Berbères : la revanche de Massinissa (2022), Berbères : la cité des marchands (2023), Berbères : les tavernes de Gadès (2024). Il a aussi édité un autre ouvrage à l'étranger, Youva (Juba) : Le Berbère qui défia César.

Note : Ce 7ème opus de la Saga Berbère présenté, c'est aussi le dernier opus. De quoi inspirer plusieurs films.

Extraits : « Ce ne sont pas ceux qui pratiquent leur foi dans le respect de leurs cultes dont il faut se méfier, mais de ces nouveaux dévots qui pensent nous montrer la voie de la lumière avec de nouvelles vérités encore plus mensongères que les anciennes » (p 38), « La soumission de Vermina mit fin à la guerre fratricide entre Massylès et Massaeylès et Massinissa fut proclamé par l'ensemble des chefs berbères Aguellid des Aguellid » (p 190), « Kirthan (Note : Cirta... Constantine) était devenue la capitale d'un vaste royaume lequel il faisait bon vivre. La roi Massinissa... aurait pu mener une douceur de vivre au sein de son somptueux palais, baigné dans le faste de la cour et les flagorneries de courtisans. C'était mal connaître l'intrépide guerrier et l'infatigable cavalier qu'il était » (p190), « Une longue période de paix annonça une édification singulière du royaume des Massylès, comme jamais les Numides en avaient vu auparavant... Tandis qu'en Europe les armées s'entretuaient » (p 200), « Les Karthaginois vivaient ainsi que des étrangers au milieu des Berbères qu'ils n'ont jamais voulu assimiler, dans l'insécurité la plus absolue. Colosse aux pieds d'argile, les avides marchands vivaient dans un monde qui vacillait en permanence sur ses fondements » (p 303).

Avis - L'histoire de la Numidie, romancée avec son héros, Massinissa. Un voyage dans le temps qui nous fait redécouvrir un passé certes parcouru de violences et de guerres, mais aussi de gloires et de puissance... et de héros.

Difficile à lire, car fourmille de détails, de personnages, de lieux, d'événements et de noms. Mais à lire avec patience car très, très instructif. Et, n'hésitez pas à feuilleter un dictionnaire ou parcourir Wikipedia pour retrouver les appellations contemporaines des lieux cités.

Citations : « Enfreindre l'équilibre naturel coûte beaucoup à toute la communauté. La nature ne demandera jamais à l'homme de lui donner autre chose que sa propre valeur » (p111), « La vie était là avant nous et elle sera là après nous ! On ne doit pas s'identifier à notre corps. On ne doit ni l'idolâtrer, ni le mépriser, mais en avoir un infini respect » (p195), « Quand la parole entre un couple est égale, elle apporte toujours la paix et la tendresse » (p 299), « Les empires que le commerce seul avait créés reposaient sur de fragiles bases. Pour les faire chuter, il n'était pas toujours nécessaire d'une révolution. Quelques-uns s'affaissaient d'eux-mêmes sous la corruption de l'or et d'autres tombaient par ricochet » (p 301).





Berbères - La Cité des marchands...: Roman historique de Mourad Chetti, Casbah Editions, Alger 2023, 316 pages, 1 500 dinars (Fiche de lecture déjà publiée en octobre 2023. Extraits pour rappel. Fiche complète in almanach-dz.com/histoire/bibliotheque d'almanach)



On a eu déjà trois ouvrages consacrés aux «Berbères». Après «L'invasion des Massaeylès», «Le pays des Massylès» et «Le codex d'Aylimas», dans ce quatrième volet, l'aguellid des Massaeylès, Gaïa, qui n'a d'autre choix que de s'allier avec la République des marchands, Karthage, et la famille royale des Massylès, s'exile à Hibboune, la royale.

Le pacte d'alliance prévoit que son fils Massinissa, prince des Massylès, aille poursuivre sa formation à Karthage en tant qu'otage royal, accompagné de la reine Titrit. Il y rencontrera Safanis Baal, la fille du général Azrou Baal, avec laquelle il nouera une idylle brûlante qui le poussera à provoquer à la fin de son instruction une offensive contre Syphax, dont il sortira vainqueur, sa mère toujours à ses côtés. Le général Astour Baal lui promet la main de Safanis Baal, dès son retour d'Espagne où la guerre entre Karthage et Rome fait rage. Pendant ce temps, le général Hanni Baal vole de victoire en victoire sur le sol romain...

Une chronique fourmillant de détails et romancée, dédiée à la Numidie, au temps de l'encor' prince héritier Massinissa (par la suite, il règnera durant 43 ans, autant que Ramsès II). (...)

Une chronique de deux héros puniques, le premier en devenir et qui va commencer, après un dur apprentissage des armes à Karthage («le meilleur entraînement militaire au monde et sans doute la meilleure éducation aussi» ), à voler de victoire en victoire sur le front ibérique. Toujours montant le même destrier, Tzil. Et ce, toujours prince et amoureux fou de Safanis Baal, sa promise ; le second celui de Hanni Baal parti conquérir la Gaule et l'Italie... et abattre Rome.

L'Auteur : Voir plus haut

Extraits : (...), «Si le Punique prédominait presque partout, Karthage était une cité où apparemment toutes les affinités du monde pouvaient se croiser, s'entrecroiser et se séparer sans aucun préjugé de supériorité, à part, peut-être, la foi de Baal, la religion des origines» (p 84), «Le Seksou n'est pas le fruit du hasard... Il a une dimension mystique, car il porte en lui l'empreinte de quatre éléments nécessaires à la transmutation alchimique. Le feu... la terre... l'eau... l'air» (p 159).

Avis- (...). Passionnant mais trop de détails sur la vie quotidienne ce qui éloigne de l'essentiel.

Citations : «La richesse sans but conduit à la corruption et à l'oisiveté. Ces deux vices qui affaiblissent le sentiment de patriotisme, avec le risque que cette puissance tombe entre les mains de personnes qui ignorent la destinée de la patrie» (p 97), (...), «La nature du Berbère est faite pour nous rappeler que si parfois ils deviennent nos alliés, on ne peut jamais les considérer comme des amis» (Un suffète Karthaginois, p 230) , «La désignation d'un dictateur est un recours utilisé uniquement en cas de péril extrême» (p 149), «Nous allons nous entretuer, fils. Le Berbère fera couler du sang berbère. Et c'est l'étranger à notre terre qui récoltera le fruit de ces affrontements» (Le roi Gaïa à son fils Massinissa, p 284)